‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 85 sur 172 · CRITIQUES UU PREMIER VOLUME · texte numérisé non relu

CRITIQUES UU PREMIER VOLUME

M lA ■EUXlin PAIT».

I J'ai pris, dans mon Prospectn»^ l'engagement de pubKer les critiques (impartiales et consciencieuses qu'on voudrait bien m'adresser au sujet démoli lUMuirc de Bordeaux. Jusqu'ici j'ai tniu ma parole, et j'espère m\ montrer toujours liiJèle. Si j'ai avancé des erreurs, je voudrais qae les tiommes instruits les relevassent et me les tissent coiinaitre ; il sepeotqneje ne m'aperçoive pas de mes fautes et de mes défauts; Dais noe puérile vanité ne me portera jamais à désirer qu'on les cache; si des bommes savants découvrent dans mon travail des erreurs , des I inexactitudes, comme j'écris pour le public, je désire qu'il les connaisse ; c'est le seul et le meillenr moyen de s'assurer de la vérité, que je recherche dans mes pénibles labeurs et que je serai heureux de jtublier. Personne, que je sache du moins, n'a relevé une seule inexactitude de quelque valeur dans mon travail; il y en a cependant deux qui se sont glissées dans le second volume [K^^ partie) et que je m'empresse de porter à la connaissance du public, moi-même; elles sont sans importance, et mes lecteurs , an moins en général, s'en seront aperçus facUement; c'est pour moi un devoir de les signaler.

velame, 4^ partie, page 21, ligne 4y on fit que Jeanne Darc était (les environs irOrWana. C'est une erreur. Jeanne iJarc naquit, eu 1412, à Doinremy, près de Vaueouleurs, en Lorraine.

.1 la paye 151, noie, ou lit : Louis Xll, père de Fr/uiçois r% il faut lire : Louis XII, beau-père.

A la page 4ô6, ligne 9, il y a une faute typograpbique : Au lien de GêM9^ il faut lire Gaulois (les habitants de Gand).

J'ai reçu des lettres de plusieurs savants de Bordeaux et des dëpar^ tements voisins , au sujet du premier volume de la deuxième partie , par lequel j'ai commencé la série de mes puhlications. L'éloge forme le caractère distinclif de ces lettres ; elles n'ont rien de particulier, l ien de remarquable, sous le rapport historique; on n'y trouve que quelques rares observations sur le plan, sans portée, sans intérêt réel pour les lecteurs; je ne crois pas devoir les fiûre imprimer.

11 y en a une surtout que j'ai promis de publier ; je m'empresse de

le faire, ('.'«'sl une l éclamalKHi inspirée pat" un seiilimeiit qnc j'Iionori'. el quoique ma responsabilité puisse s'abriler derrière Je Cfiurrirr Franfaû, 7 juin 4793, qui raconte le fait, la publication de la lettre suh Tante proavera à Thonorable M. FasUeau-Duplantier mon empressenicnt à désavouer toute intention de vouloir le blesser on de lui dépUIre. Si le fait est vrai , la sévérité de mon appréciation, comme historien, serait facilement comprise et aussi facilement défendue; le petit-fib. jaloux , à juste titre, de riioiineur dt' son f,Taml-pi're, s'inscrit en faux ( outre le fait. Mon appréciation n'ayant plus, par ruiiM 'n'<*'^t, de raism d'être, je doib savoir bon gré à l'auteur de cette lettre des ellurla qu il fait pour modifier, k cet égard, mes idées et celles du public. Voki la lettre :

Monsieur O'Beilly,

Dans le premier volume de la S"»** partie de votre HUtcire ie Bêr^ dmud, je lis ces mots : « Duplanlier fut traité de lAclie \kïv Dut os, cl » cette injure est restée sur la mémoire de ce député, comme i cmpreinle » du fer sur Tépaule du criminel. »

Duplantier est mon grand-père; je dois donc, à ce titre, rectifier une erreur que je veux bien croire involontaire. Le fait auquel vous Mtes allusion est rapporté dans le Moniteur du 7 juin 1793. Ifoo grand-père, repoussant les idées de fédéralisme, qu'il croyait aussi désastreuses pour le pays que les théories sanglantes des Jacobins, donne sa démission. Diicos monte à la tribune et s'( xin iiue ainsi : « Le citoyen qui a eu h taiblcsse d'âme de donner sa démission dans un utslunt où de nouveaux dangers viennent assaillir la patrie, a l'âme honnête et pure, mais il n'est pas, par son courage» au niveau des difficiles fonctions qui lui ooi été confiées. )»

En étudiant les causes des événements qui s'accomplissaient à e&te époque, il serait facile d*expli((iier tout à la fois la démission de Duplantier et l'exallaiiou île Ducos à l'égard de ce derniei\ qui ne vou/a/' ni du li'dt'ralisinc ni de la terreur, et qui iiéaiinioins (tant est i.'iMiitlcla force de la vertu j, obligeait son adversaire politique à rendre liomaiagc à son âme honnête et pure.

Remarquez, au surplus, la parfaite convenance des reprocbes <le Ducos, dans une assemblée oii les orateurs s'adressaient constammeot des injures aussi grossières que blessantes. En rabsencede Duplaotier* Pa^auel, duni il ne partageait certes pas les convictions, répliqua

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tiliVIiatomclU : « Il esl iiiiporlant de di^truirc les impressions que pourrait faire le discours du préopipanl, «et qui, continuant, s'écria: « Non. Duplanlicr n'csl point un lâche, etc. »

Moins que tout autre. Monsieur, vous auriez dû méconnaître le caractère énergique de Duplantier et son dévoûmcnt à la république; ses antécédents à la Convention nationale devaient vous être connus. Devant continuer l'histoire de Bordeaux , son nom doit revenir bien souvent sous voire plume. En 1795, 96 et 97, il fut nommé Président du département de la (iironde; par son énergie et ses talents, il comprima les menées des royalistes, et la tranquillité ne fut pas troublée un seul instant. Homme de science, il créa plusieurs sociétés savantes, constitua l'Aradémic de Bordeaux, etc., etc. En 1798, élu député, II fut peut-être le inend)re le plus important du conseil des Cinq-Cents; le Moniteur fait foi de ses travaux.

J'ose espérer. Monsieur, que ces cx{i1ications modifieront vos idées sur le caractère de mon firand-pèrc , et qu'on ne pourra pas taxer de faible le conventionnel qui, tidèle à ses convictions républicaines, fut proscrit par Robespierre, président du département de la Gironde, député au conseil des Cinq-Cents, le quatriènie en nom sur la liste de proscription du 18 brumaire, et qui préféra linirsavie dans l'obscurité et le travail que de souiller sa boilche par un parjure.

Daij^niez ajiréer, .Motisieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Fasileau-Dipla-ntiei».

Après la publication du premier volume (î"" partie), Son Émincnce le Cardinal Donnet m'a fait l'honneur de ni'adresser une lettre que la Caienne, journal de Bordeaux, a publiée dans ses colonnes. .M'étant enga^é à donner au publie un ouvrage sérieux, impartial et consciencieux, ju désire que ce même public sache ce qu'en disent des hommes de iiu-ritc. La publication des critiques n'est pas seulement un acte de loyauté et dv. franchise de ma part; c'est un devoir; je le remplirai de mon mieux. Voici la lettre de Son Kminonce le Cardinal-Archevêque :

Uordeaux, t5 janvier 18î>7.

MOKSIEi n LE GCRË ,

BaiLS une lettre insérée au troisième volume de mes Acîes, je parlais •les travaux historiques dus à votre plume infatifiahle. .le veux faire

aiijuui-d'bui davanlajje eu vous disant toute la satisfactiuu que 'a fait | éprouver la lecture de votre premier volume de VBkt^e it ietu j (2»e partie}. j

Jusqu'à ce jour, le» divers autews qui ont abofdé félude de jMNpw • dont vous «écrivez l'histoire, se sont crus ohIiji(''s il nrhorcr le •apeau (l'une opinion politique à laquelle ils ont raiipnrti' tous les faits jusles ' iHéncnicnts, sorte de lit «le l'i neuste dans li qui l ils éleudaieii ioifuiment les lioiiimes et les choses, sans trop ^'iiiquiétei' «le la v(' é jiliilosophique ou iiiittorique. Tout le monde convicDdia que vous a 'z suivi une autre marche, que vous avet procédé sans passion, sans il pm. sincèrement et lionnâtement.

Je vous ai lu pendant le cours de la tournée qne je viens le faire dans le Bazadais. Ces lieux sont encore pleins du souvenir de ^ « vâ> les studieuses, et l'on sait ("'trc reconnaissant du monument lii: loriquf que vous a\ ez élevé , pendant votre séjour à Saint-Câme, à h gloire de cet intéressant pays.

Je comincnre , Monsieur le Curé , par \ous téiitiler de ia feri icté de style el de l'analyse animée , quoique calme , avec laquelle vous présentes celle belle protestation des curés de Bordeaux, au siya de h coustituUeu civile du Clergé; Un seul, dont il est inutile de proDonter le nom, abandonna ses frères. Après avoir rappelé consacra les dernières années de sa vie au repentir et répara noUemont sa faute . vous faite'; bien de terminer ce chapitre pnr cette mnxiine qui est «le tons les temps : « l.'apostasic n'a qu'un jour de triste gloire et des m- » lii'e.s di- honte et de nn'pris (p. l'23). «

Ce qu'il y a évidemment de plus soigné comme exposition et comme rédaction, est ce qui a rapport aux Girondins. Les nombreux tngami» que vous avec empruntés à ces msjpiiliqoes orateurs rendaient votre tflche difficile, Il faut le recomullre. Aussi vous étcs^-vons aidé quelquefois du travail de M. de Lamartine et de H. Thiers : vous êtes loin d'avoir usi' trop souvent de ce moyen, et vous mérites d'être loué pour le stjle et l'exposition de vos saisissants épisodes.

Je rappellerai pai-tieuliricinent les deux coups d'œil d'ensemble sur les (jiroudms, qu'on lit an\ papes iîG, 278 et 374, 377. Vous u»e demanderez ce que j'eniends par deux coups d'oeil d'ensemble; ordinairement on n'a besoin d'en mettre (prun ; et voilà précisément le début de composition que je trouve dans quelques parties de votre ouvrage.

Pardonnez-moi ce iiclit mouvement d'oi^eil national , Monsieur \»t

duré, itiais ii me semble que c'est ivar là seulement que vous laissez deviucr votre origine élraugère. Il y aurait eu avantage pour yous de faire marcher de froni toutes les parties de votre travail. Vous voulez mettre en saitlie les célèbres figures des Girondins, triboiis de talent, mais dépODrvns de la haote intdlisence qui est nécessaire à eeax qui gouvernent tes peuples. Que faites-vous pour cela? Voua consacrez une scric «le notices distittctcs à rcs noms. Vous interrompez le récit des faits Instnriqiu's |ioiii- j^lacer entre deux chapitres qui se suivent chronologiqucnieiil k-s six biographies compiles, d'où il résulte qu'il y a des faits f des luoU saillants, qui se trouvent jusqu ù Irub fuiâ dans ce mAiiie volume (1;. Voue derei dmer cette liberté de tangage : il n'y a que la médiocrité qui ne saurait la comprendre. Puisque votre si^ est fait , il ne me reste plus qu'à vous exprimer les éloges que méritent votre long et consciencieux labeur, ainsi que rosagetrèa-souvent heureux triiiic langue qui ne fnt pas celle de vos prenn'ères années. Il y a bien iuii^'tcnips que vous vous servez de la nôtre : aussi peul-on vous riMiilri' la ju.stit i.- iju il n'y a point d'anBlicismc dans votre style. Ce qu'une critique miiiulicusc pourrait vous reprocher, ce serait une rcpélilion trop fréquente des mêmes expressions dans l'ironie, el une sorte d'empressement oaîf à frapper fort , parce que vous êtes sûr de

(I) Son Éminflwe, dont le goût éparé et les coDnilisaiMes iitièniries aoat ptiftitement cennos et irès-faooAfablenient siqirédèB iMrt«gt «n Fntae», a ttea

voulu , selon ses bienveillantes habitudes envers les littérateurs et les artistes, rncouragcr mes fjïblcs eOiirts et ni'érl.iirer âc ses eonseils. J'en sins prf>rnndémeBl lecoonai&saûl cl je m'eflbrccrai toujours de niérilcr l'apprubatiuti li'un prino: de l'Élise qui s'estime heureux, h t>aris comme h Bordcsaz, de pouvoir protéger, honorer el récompenser le» amis des arts et des belles-lettres.

Lp plan (t(ii)t Son Éniinenee le Car(linal-Archevô(|ue de nordiMiix, csl cer- Uineuicnt le plus simple , le plus logique, maiâ le plus difficile d'exécution; c'était (Tiliord le JOieB ; mais do moment que je mis la nala à reuvre , je compris les difficultés que faunis à sumoatcr, si Je voulais llitire mireber do fhmt des purtios si pi ti ^)l•Jlno^^nes , des talent» si variés, des caractères si diffi'ronls , des Mfnenients qui surgissaient si complexes et cependant si ètrnngement divcrsiliés. Je crus devoir el pouvoir modifier mon plan ; j'ai Tait intervenir les Girondins, dans le cours de mu narration, toutes les Ibis que leur présence éuit nécessaire; mais il me parut naturel et nécessaire de mettre h l'avant-st-ènc ces géants de la [^role, ces grands acteurs du sanglant drame de 1793; mp< nnti. i s hin-rapîiiqitos ne snnt qu'une galerie, où ils paraissent iodividuellement , et tour tt tour, avec leurs physionomies partieuliisres; mes kclaars pourront mieux les 7 voir et par ceoeèquont Mieux les «onaaltre.

frapper juste, sans Toas tnellre en peine de frapper avec grftee, variété

ou distinction.

Il y n \u\ Cftiiipliriictit t\n\)n ya'ut faire à un laïque, et qui ne se penl gutrc adrcisi^cr ù un iirctte. Ccst l'éloge delà sincérité, de la pureté de la fui, du zèle ardent pour l'Église, de l'aoïour pour le vrai, de la liaiiie pour le mal ; cette dernière qualité a répandu beaaeonp de moavement , d'éclat et de salataires mordants sur la peinture que vousavex faite (p. a68-370} de la moiiicipalité terroriste de 93 k Bordeaux, dirigée par Isabeau et Tallien, et si horriblement servie pur Lacoiube.

Je répète que ee qu'il y a de nnvux dans le volume, littérairement parlant, ce snnf les notices biograpltiqucs.

I,a plus sdi^'iit'c est rrlle consacrée an jiliis ( Tlèbre des Girondins, h Vergiiiauil ip. 378; , tluiil l'apathie ualurdie, interrompue par de prodigieux éclats, lui donne une si étrange physionomie. — Guadet vient ensuite (p. 410) avec son austérité républicaine , son éloquence moîBS parée , mais plus profonde ; — Gensonné {p. 429}, Inen plus terne, mais mordant, sarcastique; — Grangenenve [p. 434], le meilleur de tous assurément (et il l'a prouvé par le courage héroïque qui l'a rendu supérieur h l.i faihlp«;<:f naturelle de son cnractÎTc , le meilletir df tous di!>-ji', parrc (ju'il y avait chef lui vertus cbrétienin'-^ «lniit lo autres n'avaient plus qu'un Miiutiiir, que l'upprocbe de la niurt a pu seuk ranimer. M. Uollaud disait de lui que c'était une grande âme ; et, quoi* qull fAt la moins brillante de ces six grandes figures, il méritait cet éloge.

Je ne puis vous dire, Ifonsienr le Curé, avec quelle satisfaction j'ai lu cette dernière étude, si consnlanie pour le cœur de quelqu'un que Je suis en possession d'estimer cl d'aimer depuis mon arrivée à Bordeaux.

Viennent enfin Ducos 'p. I4fi^ et son bcnn-fn-rc Fonfrède (p. fi5T ;lc premier moins briliaut que le second, l'un et autre iuspii'aiil le plus poignant intérêt.

Ce qui est émouvuit au dernier degré , c'est le révefl de la Ibi ptas on moins prononeé dans ces Ames prêtes à paraître devant Dieu, c'est le discours de Vergniaud à la suite du dernier souper et du suicide de

Vala/é, c'est enfin la probabilité de la confession de ces infortunés

(p. 470). Voilà un morceau d'histoire véritablement lrè.s-beau , et où notre cher Monsieur O'Heilly a été électrisé par le sujet. Je louerai aussi volontiers votre i cMinit' ^^énéral p. -ÎOI-lGi , qui constitue le troisième coup d'u;il d'eusembie. il €unlicnl une pari raisuiuiable do réprobation. J'y trouve cependant quelques expressions laudatives <)e

trop. Vous savez les justes ivpiDohps ({iio M. do Laninriinc a encourus à cet endroit; vous avez voulu lunil-rtre , là comme eu d'autres passages, concéder quelque chose à la popularité de ces noms dans la contrée qui les a tus naître ; J'aurais préféré que vos éloges ne fussent nette* ment adressés qu'aux talents, et qu'on en eût été plus sobre quand il s'agissait de certaines appréciations. Je veux cependant ajouter que ce reproche s'adresse surtout à quelques adjectifs dont vous n'avez pas assez mesuré la portée, ni par suite usî^ez restreint l'emploi.

Telles sont, mm cher Curé, les iiii]ircssiuu> qui' j'ai renies de la r lecture de votre livre. Je suis persuadé que vous les accueillerez ( oninic venant de la personne qui vous est le plus cordialement et le plus inaltéreUement dévouée.

Agréez, etc.

EERÂTA.

Page 7. ligne 14, au lieu de : ne pfm viMriir, Uscx : n'e»plui $oNir,

a, au lieu d«! : impruiemment, llaes : kmtuiemmtia.

i, jii lieu di> : consacré , lisez : cotMUtit.

15, aa U0U de : «^a, Iîmz : terait.

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