‹ Histoire compléte de Jeanne d'ArcChapitre 18 sur 41 · ERREURS DE J. QUIGHERAT SUR CE SUJET · texte numérisé non relu

ERREURS DE J. QUIGHERAT SUR CE SUJET

lignes chacune, ce n'est pas trop pour une question de cette complexité et de cette importance.

Néanmoins, en ces cinq pages, le critique français fait de terrible besogne : elles lui suffisent pour exécuter la Pucelle, et pour justifier P. Gauchon.

D'après Quicherat, le long formulaire inséré au Procès ne serait pas un faux; par conséquent :

Jeanne se serait reconnue coupable des crimes qu'il énonce ;

Elle aurait, entre autres choses, été schismatique et elle aurait erré de plusieurs manières en la foi ;

Elle se serait livrée à des pratiques démoniaques ;

Elle aurait renié véritablement ses apparitions et révélations;

Elle aurait pris l'engagement de ne plus les soutenir;

Le tout sous la foi du serment.

Mais Jeanne ayant violé son serment, peu après l'abjuration, en reprenant l'habit d'homme et en se remettant à soutenir la vérité de ses apparitions et révélations, elle devenait, par cela même, coupable de parjure;

Par cela même aussi, le cas du relaps éclatait indéniable;

Et P. Gauchon, en livrant Jeanne au bûcher, n'a rempli que son devoir.

Nous voilà donc, de par l'explication du paléographe français, en présence de deux portraits historiques déconcertants :

Jeanne d'Arc, pauvre fille, rêveuse, versatile, ambitieuse à sa manière, s'attribuant une mission imaginaire de libératrice, inventant ses apparitions, feignant ses révélations, les soutenant opiniâtrement d'abord, puis les

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reniant sans vergogne et s'inquiétant peu, soit en sa rétractation, soit après, de devenir coupable de parjure;

Pierre Gauchon, légiste austère, sacrifiant au Droit toutes autres considérations, ambitieux néanmoins et violent, formaliste irréprochable autant qu'habile, consciencieux jusqu'au scrupule, jusqu'à condamner au supplice du feu et à faire brûler vive, quoique le Droit l'autorisât à ne livrer aux flammes que son cadavre, une fille mineure, pauvre paysanne abandonnée; Pierre Gauchon, en définitive, l'idéal du magistrat intègre, du prélat incorruptible, du juge honnête homme!

Nous ne disons pas que J. Quicherat ait crayonné luimême ces deux esquisses et qu'il ait apposé sa signature au bas ; mais c'est bien lui qui, dans ses Ape7xus nouveaux, en a fourni les traits. Pour se représenter de cette sorte les physionomies de P. Gauchon et de sa victime, il faut qu'il ait rencontré sur son chemin des faits bien singuliers et qu'il ait obéi à de bien puissantes raisons. Essayons de nous rendre compte de ces raisons et de ces faits, et recherchons si les uns et les autres s'appuient sur des textes aussi nombreux, aussi peu contestables, aussi nets que les textes qui ont servi de fondement et d'appui à notre démonstration.

Avant d'entrer en matière, qu'on nous permette une simple remarque. S'il y a eu un historien de la Pucelle familiarisé avec les sources de son histoire, et les possédant à fond, c'est bien J. Quicherat. L'on doit donc s'attendre à ne trouver, dans un livre qui porte son nom, aucune erreur de textes de quelque conséquence, puisque c'est lui qui le premier a fait connaître ces textes au grand public, et qu'il ne les a édités qu'après les avoir

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