Procès, t. I, p
4. Entre Domremy et Vaucouleurs. il y a deux Burey : l'un dit Burey-la-Côle, à G kilomètres de Domremy et i5 environ de ^^^ucouleurs ; l'autre dit Burey-en-Vaulx, à iG kilomètres de Domremy et à 5 de Vaucouleurs. C'est Burey-en-Vaulx (|ui serait désigné par Durand Laxart dans sa déposition, sous le nom de Burey-lc-Petit. (Cf. f.nic- VELLE, Jeanne à Ihirey-le-Pelit, p. v. l'.!'ocluire in-8'i, Nancy, iHyQ.)
CHAP. VI. A VAUCOULEURS. aA*)
;icconij);iL;nait ses frères. PIrs (riinc fois ceux-ci, le iiiomenl du retour arrivé, laissèrent leur sœur à Burey, car elle paraît avoir été tendrement aimée de son oncle, de sa tante et de ses deux cousins. Uei document mis au Jour j)ar un descendant des frères de Jeanne d'Arc, M. G. de Oraux, [»arle d'une « Ionique demourance que Jehanne la Pucelle aurait faile » à Burey <■' en la maison (le Jehan le Voyseid, mari d'Aveline' ». D'autre part, l'intérêt que prendra Laurent Laxart aux communications de sa jeune parente, sa condescendance à la seconder, ses voyages à Vaucouleurs, Nancy et Saint- Nicolas-du-Port, dont nous allons parler, dénotent de son côté un attachement à Jeanne que des relations rares seraient hors d'état d'expliquer.
Le 3 mai 1428, ce cousin par alliance que la fille de Jacques d'Arc appelait son oncle, sans doute à cause de la disproportion d'àg'e^, — il avait seize ans de [>lus qu'elle, — vint à Domremy demander au père et à la mère de sa jeune cousine la [)ermission de l'emmener à Burey avec lui. En cela Laxart déférait à un désir que Jeanne avait trouvé moyen de lui faire savoir^. Ce qu'elle projetait dans le secret de sa pensée, c'était d'aller à Vaucouleurs, comme ses Voix le lui avaient recommandé, d'obtenir une audience du capitaine de la chàtellenie, Robert de Baudricourt, et elle comptait sur le maii de sa cousine pour l'y accompagner. Arrivée à
1. E. DE BouTEiLLER et DE BuAux, Nouvelles recherches sur la Jamille de Jeanne d'Arc, enquête du 8 octobre i555, pp. 6i-65.
2. Cet usage est encore en vigueur dans le pays lorrain. M. Boucher nr. iAIoi.ANDON, dans son livre, L(i famille de Jeanne d'Arc, pp. i46- 147, en cite des exemples.
?}. Déposition de Durand Laxart, Procès, t. IT, p. /|/|4; — de Mengelle, l'enime Joyart, ihid., p. 43o.
Biircy cliez ses proclies, clans les liiiit jours qu'elle y passa, la jeune tille découvrit son projet à Laxart'. Au bout de ce temps, elle lui révéla ce (ju'elle n'avait encore révélé à personne, ni à son père, ni à sa mère, ni même, en dehors de la confession, à messire Guillaume Front, son curé. Quand elle eut conté ses desseins à son oncle, — pour nous conformer au lang-age de Jeanne elle-même nous ne le désig-nerons pas autrement, — quand elle eut ajouté qu'elle devait aller en France « pour le plus grand profit du Dauphin" » qu'elle ferait sacrer et couronner, qu'il fallait à tout prix que le capitaine de Vaucoulcurs l'y fît accompagner, son oncle, surpris au delà de toute expression par une semblable confidence, ne savait à quoi se résoudre. Ses perplexités étaient d'autant plus g-randes qu'il ne pouvait douter de la sincérité de la jeune fille, et qu'il savait à quoi s'en tenir sur sa piélé si saine, son jugement si droit, son bon sens parfait.
Pour vaincre ses hésitations, Jeanne lui dit :
— N'a-t-on pas annoncé que la France serait perdue par une femme et qu'une femme ensuite la sauverait?
— C'est vrai, on l'a annonct', répondit Laxart.
— N'a-t-on pas ajouté, reprit Jeanne, que cette femme serait une Pucelle des Marches de Lorraine?
— On l'a dit encore.
— Eh bien ! cette Pucelle, c'est moi. Mes Voix me l'ont assuré "\
Laxart, saisi par l'accent de vérité qui ressortait du ton de sa jeune parente, lui répondit alors :
i. Procès, t. I, p. 53.
2. Déposition du chevalier Albert (rOurclies, Proci\s,\. II, p. /i5o.
3. Procès, t. Il, pp. /|4/|, /|47- — Ouoi(jue le tex(c passe cette réponse sous silence, elle est indicpiéc tout naturellement.
GHAP. VI. A VAUCOULEURS. 201
— Soit! mon eiifaiil ; lions irons à Vanronicnrs.
La cliàlellenie de Vaucouleurs forinail une enclave française enlre le dnclié de Lorraine et le Barrois. Depuis 1342, Vaucouleurs appartenait au royaume. C'était la dernière forteresse que Charles VÎI eût conservée à l'extrémité orientale. « de même qu'il avait réussi à carder le Mont-Saint-Micliel à l'extrémité occidentale ^ ».
Le capitaine qui commandait alors à Vaucouleurs avait nom Robert de Baudricourt. Partisan dévoué du Dauphin, il avait « en la place foison de gens d'armes faisant guerre tant aux Bourguignons fju'anx autres ennemis du roi* ».
1. SiMÉON Luge, Jeanne d'Arec à Doniren\i/, p. 54.- — Aujourd'hui, Vaucouleurs est un des chefs-lieux de canton du département de la Meuse, arrondissement de Commercy. Sa population est d'environ 2.600 âmes.
2, CousiNOT DE MoNTREUiL, Chroniqiie de la Piicelle , p. 271. In-i2, Paris, 1869, édition de Vallet de Viriville.
La famille à laquelle appartenait Robert de Baudricourt, quoi(jue établie en Champagne avant le quinzième siècle, tirait vraisemblablement son nom de la localité lorraine de ce nom, aujourd'hui dans le canton de Mirecourt, département des Voso^es. Le père de Robert, Liébaud de Baudricourt, était g-endre du bailli de Chaumont, chevalier, chambellan du duc de Bar et gouverneur de Pont-à-Mousson. Robert était capitaine de Vaucouleurs depuis 1420. Il fut, après le traité d'Arras, nommé bailli de Chaumont. S'il fut fidèle au roi son maître, plus d'une fois il prit part à des coups de main et à des entreprises en elles-mêmes peu honorables; par exemple, quand, en la compagnie du Damoiseau de Commercy, il détroussait des marchands lorrains. (Siméon Luck, Jeanne d'Arc à Domremy , p. 70.) — Deux versions circulent sur sa fin. Selon la première, il serait mort vers 1433 ou 1434, à Toul, prisonnier et excommunié pour avoir envahi les terres du Chapitre. (E. de Bouteiller et G. de Braux, Nouvelles recherches sur la famille de Jeanne d'Arc, Introduction, xxviii, XXIX, d'après le père Benoît, historien de Toul.) Selon la seconde version, qui paraît solidement établie, après la bataille de Bulgnéville, où il fut fait prisonnier, il resta assez longtemps entre les mains du
'■iO'2 !.A JEUNESSE DE JEANNE D ARC.
Vcvs le I .'^> mai, fric (ic rAscciisioii de Noli'c-Scii^iKMii-, Jeanne, acrompayiKÎe de Durand Laxarl, se [)r(''senlail (levant lloherl fie Baudiic(iur!. Elle le reconnut au milieu de ses gens, rjuoi(|iie rien ne le distinguai : ses \^oix le (( lui firent connaître" ». S'adressant aussit(")t à lui, elle lui dii, « (lu'elle venait de la {)art de sou Seigneur pour ([u'il uiaiulàt au l)au[)iiin de se bien tenir et de ne pas cesser de guerroyer contre ses ennemis; qu'avant la mi cai'ème, le Seigneur lui donnerait secours; qu'après tout, le royaume n'ap])arlenait pas au Dauphin, mais à son Seii^ncur"; néaumoitis, son Seigneur voulait (pie le Dauphin fût fait roi et eût le royaume en counnende^; qu'en dépit de ses ennemis il régnerait et qu'cdlomème le ménei'ait sacrer ''^ ».
— Ouel est celui (jue lu aj>pelles Ion Seigneui'? demanda Baudricourl.
vain(|u(MU'; rendu à la lilici'té, il vi'cut ([iiol([iies années encore et ne mourut (|u"en i454 ou il\:)5. M. Léon Mougenot, dans son Etude sur Jeanne. d'Arc et le sieur de Bdudricourl, cite plusieurs documents et témoig-nag-es prouvant que ce personnage était vivant en août i454. Qu'il eût vécu encore deux ans, et il eût pu raconter, par-devant les Commissaires de la réhabilitation, la réception qu'il avait l'aile à la Pucelle. (N'oir V Etude citée, [)p. ii<')-i3o, et Jolibois, Dictionnaire de la Haute-Marne.)