JEANNE EST-ELLE PARTIE DE DOMKEMY SANS EN RIEN DIRE A SON CURÉ
Si Jeanne est partie de Domremy sans rien dire à ses parents de ses desseins, a-t-elle fait de même pour son confesseur? Tout d'abord on serait porté à le conclure de la réponse qu'elle fit à ses juges dans la séance du 12 mars, à Rouen.
ogO LA JEUNESSE DE JEANNE D ARC.
— N'avez-vous pas parlé, lui demandaient-ils, do vos visions à votre curé ou autre homme d'Église?
— Non, lépondit Jeanne, mais seulement à Rohert de Baudricourt et au Roi. Mes Voix ne me forçaient pas de le cacher, mais je craignais de le faire connaître par crainte des Bourguig-nons, de peur que mon voyage ne lut empêché ; par spécial, je redoutais beaucoup que mon père n'empôchât mon départ. » (Procès, t. I, p. 128.)
Il n'est nullement contraire à la vérité historique de penser que Jeanne, en répondant de la sorte, a voulu bénéficier du droit dont jouit tout pénitent de couvrir d'un secret inviolable ce qu'il a dit en confession, et qu'elle a tenu à se soustraire aux questions indiscrètes qu'on lui aurait adressées sur ses communications avec ses confesseurs.
Le sire de Boulainvilliers, dans la lettre déjà citée, dit de ses apparitions : « Jour et nuit, elles se montraient à la jeune fille, elles se renouvelaient et elle gardait le silence. Elle ne s'en ouvrit à personne, si ce n'est à son curé. » (Procès, t. V, p. 117.)
Il y a donc toute raison de croire que Jeanne a eu la prudence de consulter son confesseur et curé sur ces apparitions et ces voix extraordinaires, d'autant plus qu'elle avait en lui une confiance des plus grandes. Elle a pu en faire part également à ses autres confesseurs, soit à Neufchâteau, soit à Vaucouleurs.