I. Froiss.vrt, loc. cit
-J-i HISTOIRE DE LA B. JEANNE D ARC.
L'industrie flamande tirant d'Angleterre toute la matière première de ses draps, les fabricants du pays furent grandement alarmés. Jacques d'Artevelde, bourgeois de Gand et brasseur de bière, entreprit de porter remède au mal. Ce remède consistait à rétablir les anciennes relations commerciales entre la Flandre et l'Ang'leterre, et à entraîner dans ce mouvement toutes les communes flamandes. Le lo juin i338, un traité rédig-é en conséquence était conclu entre les Flamands et les Anglais. A partir de ce jour, le véritable souverain en Flandre fut Jacques d'Artevelde et non le comte Louis deNevers. Au mois de janvier i34o, le brasseur de Gand sig'nait^ au nom des communes flamandes, une alliance formelle avec Edouard IIL A cette occasion, Edouard ne se contenta pas de joindre à son titre de roi d'Angleterre celui de roi de France, il unit de plus sur son blason les armes de France à celles d'Ang'leterre.
Trois événements considérables marquèrent la première phase de ce duel entre la France et sa rivale : la bataille navale de l'Écluse (i34o), la bataille de Crécj (13/46) et la prise de Calais ( i347); les trois furent funestes aux armes françaises.
En juin de l'an de grâce i34o, une flotte de plus de cent quarante navires attendait, près du port de l'Ecluse, en Hollande, le moment où Edouard aborderait le continent, dans l'espoir de le surprendre et de s'emparer de sa personne. Le monarque anglais, informé de ces préparatifs, prit ses précautions en conséquence. Les vaisseaux français, quand Edouard parut, étaient enfermés dans le port : les Anglais attaquèrent sans hésiter. Depuis six heures du matin (24 juin i34o), on combatlit avec acharnement de part et d'autre. Sur l'heure de midi.
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deux cents navires llatiKuids \inrent en aide aux Anglais et décidèrent la victoire'. Avant la bataille, le corsaire génois Barbavera, allié des Français, n'avait pas manqué de faire oi)server aux deux chefs de la flotte française le dani>er auquel ils s'exposaient en demeurant enfermés dans le port. Pour luij il g'ag-na la haute mer avec ses g-alères et échappa au désastre. Les deux chefs payèrent de leur vie leur imprudence. L'un, Hugues Ouiérel, amiral en lilre, fut ég-orgé par les Flamands; l'autre, Nicolas Béhuchet, trésorier de Philippe VI, fut pendu au mât de son propre navire.
De la bataille de rÉcluse à celle de Crécy il y eut plusieurs trêves : la première fut conclue en cette même année i34o; les autres le furent en i342, i343, i3/|4- Le roi d'Angleterre rompit celle-ci en i345.
En juillet de cette année i345, Edouard III perdit un auxiliaire précieux : Jacques d'Artevelde était mis à mort par ses concitoyens en son hôtel de Gand'* Le 2 juillet de l'année suivante, le monarque anglais s'embarquait à Southampton avec une trentaine de mille hommes et envahissait la Normandie. Pendant un mois, il parcourut cette province en vainqueur, pillant et ravag-eant sur son passag-e, villes, bourgades et campagnes. Il vint ensuite à Mantes et à Poissy, et ses soldats poussèrent jusqu'à Neuilly et Saint-Cloud. Cependant Philippe VI avait rappelé son armée d'Aquitaine et mandé à Saint-Denis ses principaux alliés, les ducs de Hainaut et de Lorraine, les comtes de Blois et de Flandre, et le vieux roi Jean de Bavière. Alors Edouard gagna la Picardie, passa la
1. Pour les détails de celle l)ataille, voir Froissart, t. t, livre I. I '"6 partie, chap. cxx-cxxiir, pp. loS-ioy.
2. Sur cette mort, voir Froissart, t. I, ihiil., chap. ccxlviii.
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Somme el \iiil atlcndrc son i-i\al à Crécy, à riiif] lieues d'Abbeville.. dans le corn lé de Ponlliieu.
Le samedi 26 août, Philippe el ses alliés parlirent d'Abbeville pour livrer bataille aux Anglais : ils les trouvèrent en ordre de combat, disposés en trois corps. Sur l'ordre du l'oi de France, les arbalétriers génois, au nombre de quinze mille, engag-èrent l'action; mais les archers anglais leur répondirent si rudement que les Génois, au lieu de marcher à l'ennemi, revinrent en arrière, faisant obstacle au corps de bataille des Français. « Or, sus, tuez toute celle ribaudaille, cria Philippe irrité; elle nous empêche d'avancer. » Cette mesure ne fit qu'accroître le désordre déjà fort grand parmi les troupes françaises. Les Anglais, frais el dispos, ayant affaire à une armée ébranlée et fatiguée par la marche du matin, eurent la partie belle. Les seigneurs qui accompagnaient Philippe se battirent vaillamment, mais ils ne sauvèrent que l'honneur. Le vieux roi de Bohême, qui était aveugle, demanda à « férir un coup d'épée ». Ses barons lièrent son destrier aux leurs, et, se précipitant au plus épais de la mêlée, ils frappèrent et succombèrent ensemble.
Ce fut alors un égorgement eflVojable. Nul n'était pris à rançon ni à merci. Onze princes, deux archevêques, quatre-vingts seigneurs à bannière, douze cents chevaliers, des milliers d'hommes d'armes jonchèrent le sol de leurs cadavres. Le roi de France ne pouvait s'arracher à ce spectacle. Messire Jean de Hainaut, voyant le danger d'être fait prisonnier auquel s'exposait le monarque, car il n'avait guère qu'une soixantaine de combattants avec lui, saisit le cheval de Philippe par la bride et l'entraîna loin du champ du carnage. « Si vous avez perdu celte fois, lui dit-il, vous recouvrerez une autre. »
ANGLAIS RT FRANÇAIS DR l3"i8 A l/j^C). yf)
Arrivé au château de la Broje par une luiil des plus noires, Philippe VI demande l'hospitalité. « Oui est là?» interrog"e le châtelain. « Ouvrez, ouvrez, châtelain, répond Philippe, c'est l'inforluné roi de France. »
A minuit, Pliilip{)e et ses barons repartirent : « Ils chevauchèrent tant que, au point du jour, ils entrèrent en la bonne ville dWmiens'. »
Le désastre de Grécy portait un coup funeste à la cause française; la prise de Calais, survenue en août i347, fut peut-être d'un avantag-e plus considérable pour les Anglais, qui furent ainsi mis en possession, sur la terre de France, d'une place forte et d'un port à proximité de la côte d'Ang-leterre.
Le 3 septembre i346, Edouard III se portait devant Calais. Par deux fois, en juin et en juillet i347, Philippe tenta de secourir les assiég-és. Repoussé la première fois, la seconde il n'osa pas livrer bataille. Le 2 août, il revenait à Amiens et licenciait ses troupes. Les habitants de Calais, qui depuis déjà longtemps souffraient cruellement delà famine, n'eurent plus qu'à se rendre. On sait à quel prix le vainqueur mit cette capitulation (4 août i347)- Le plus riche bourgeois de la ville, Eustache de Saint- Pierre, et cinq autres des plus considérés vinrent en chemise, la tête nue, la corde au cou, se mettre à la merci d'Edouard III. Le roi s'apprêtait à livrer ces courageux citoyens au bourreau, lorsque la reine, se jetant à ses genoux tout en larmes, implora leur grâce. C'est (( pour le fils de sainte Marie, s'écria-t-elle, et pour l'amour de moi! » Edouard garda quelques instants le
I. FaoïssAKT, t. I, livre I, iie partie, chap. gclxxxi-ccxciii, pp. 232-
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silence. « Ali! Dame, répondil-il, j'aimerais mieux que vous fussiez autre part qu'ici! Je vous les donne; faites-en à votre plaisir'. »
Les six bourg-eois de Calais eurent la vie sauve, mais la ville fut peuplée d'Anglais et elle demeura dans leurs mains plus de deux cents ans; elle ne fut rendue à la France qu'en janvier i558.
Le 22 août i35o, Philippe de Valois mourait âgé de cinquante-neuf ans, laissant la France dépeuplée par la peste noire qui la ravagea de i347 "^ ^^^9- La cession du Dauphiné par Humbcrt II au profit du petit-fils de Philippe VL Charles V, et l'acquisition de la ville de Montpellier, payée 120.000 écus d'or au deinier roi de Majorque, furent une compensation aux pertes que venait d'éprouver le royaume.