‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'Arc (volume 2)Chapitre 91 sur 306 · Siméon Lucie, Jeanne d'Are à Domremif, pp · texte numérisé non relu

Siméon Lucie, Jeanne d'Are à Domremif, pp

/(. Par suite des hostilités qui régnaient entre les capitaines bour-

l()L\ LA JEUNESSE DE JEANNE DAUC.

En 1428 paraît s être produite l'alerte qui effraya le plus les bous habitants de Doinremy. A ce momenl, Antoine de Veryy, seigneur Bourguignon, à qui la journée de Crevant avait valu la réputation d'un grand capitaine, tenait la campagme. Le 22 juin 1.428, il recevait du gouvernement anglais, dont il avait embrassé le parti, l'ordre d'en finir avec la ville et le château de Vaucouleurs, et de les réduire. Il se mit en mesure d'exécuter sans délai les instructions qui lui étaient données. Le !-'■ juillet suivant, les troupes nécessaires étaient réunies et il les passait en revue à Saint-Urbain, localité peu distante de Vaucouleurs'. Quelques jours après, sur le soir, on sig-nalait dans les environs de Domremy la présence d'une troupe nombreuse de Bourguignons. Les habitants, redoutant de voir leur petit village mis à sac,

g-uignons et les capitaines l'raneais, un deuil avait frappé les proches de la Pucelle établis à Sermaize. Le comte de Salni, gouverneur du Barrois, vint assiéger cette place et la prit d'assaut (avril i/i23). A ce siège, un coup de bombarde tua CoUot Turlaut, gendre de Jean de Vouthon et cousin de Jeanne par alliance. (E. de Bouteiller et G. DE Braux, op. cit., pp. 4"' 5.)

1. J. (JuicnEu.vT, Aperçus iioiweau.r sur l'Iiisloire de Jeanne d'Arc, pp. i2-i3. In-80, Paris, m.d.cccl.

Cette attaque de Vaucouleurs par les anglo-bourguignons était la conséquence de la campag'ne menée contre tes places françaises séparées du royaume aux limites extrêmes nord-est de la France, et qui en mai 1428 avait obligé Guillaume de Flavy, capitaine de Baumont en Argonne, à rendre les clefs de la place à Jean de Luxem- Ijourg après un siège de quelques mois. Voir dans Guillaume Flavy, de M. Pierre Champion, les pages 1/1-22 sur la « campagne de l'Argonne ».

Antoine de Vergy, qui tenta de s'emparer de \'aucouleurs, était gouverneur de Cham|)agne et capitaine de Langres {Op- cit., p. 22).

Ajoiildiis ipir II- sii-c de \\'v:.';\ et ses lriiu|>cs irciilrèrciit p;is à Vaunmleurs. \'\\ Irailc' iulcrvint dont on i^nui'c les rlausc;-,. Baudricourl ne quitta pas la i'oricresse et elle denicui'a frauraise.

s'enfuirent en grande liàte vers Neufchâteau, avec leurs bestiaux et ce qu'ils purent emporter. Neufchâteau appartenait au duc de Lorraine, lequel était l'allié des Anglo-Bourguig-nons; les fugitifs savaient qu'ils y seraient en sûreté.

Les parents de Jeanne d'Arc firent comme leurs concitoyens. Dans le trajet, Jeannette conduisait et surveillait les animaux. Ils reçurent l'iiospitalité chez une honnête femme surnommée la Rousse, qui tenait une hôtellerie '. Toujours laborieuse et vaillante, la Pucelle se mit en devoir de venir en aide à son hôtesse, dans les embarras (jue cette immigration inattendue multipliait; mais elle le lit spontanément, gracieusement, sans se proposer, sans demander et sans recevoir une rémunération quelconque. Uniquement occupée aux soins de la maison, durant son séjour à Neufchâteau, elle « n'alla jamais aux champs" ».

Ce fut, on le sait, l'une des calomnies les plus opiniâtrement soutenues par le promoteur du procès de Rouen, et accréditées chez les chroniqueurs inféodés au parti anglo-bourg-uignon-', que Jeanne d'Arc avait été servante d'auberge à Neufchâteau, et qu'elle y avait vécu dans une familiarité suspecte avec les jeunes gens et les hommes d'arm(;s. Les témoianases unanimes des coin-

I. Déposilioii (le Jean Jac(]uard, lal)oureur de Greux^ t. XV, p. 776/6'. Procès, t. II, p. 4^3.

Un acte de i4i2 a fait connaître le mari de cette femme. Il avait nom Jean Waldaires. Il prêta de farinent à des compatriotes, plus partisans du roi de Fi'anee ipie du duc de Lorraine. {Jeanne d'Arc à Doinrcinij, p. 18.").)

■1. Procès, t. I, p. 214.

3. Ibid. Kéijuisitoire, art. viii, t. I, p. 214. — Monsthelet , ('.lir<tiii<fui', liv. II, cliap. l\ii.

I()6 I.A JEUNESSE DE JEANNE d'aRC.

patriotes de la Pucelleà l'enquête delà réhabilitation ont fait justice de cette calomnie. « Jamais, déposait Béalrix, veuve Estellin, Jeannette ne fut au service de personne, sinon de son père ' »; pas plus à Neufchâtcau qu'à Domremy, Greux et autres localités. Jamais, durant le séjour des siens en cette petite ville, elle ne s'éloig-na de son père et de sa mère. Hauvielte, la préférée de Jeanne, qui s'y était réfugiée comme elle, déclarait devant les commissaires de l'enquête que son amie resta constamment avec ses parents, et qu'elle ne cessa de la voir en leur compag-nie ".

Dans les loisirs que ses occupations lui laissaient, la fille de Jeanne d'Arc se rendait à l'église et y priait. Elle se confessa deux ou trois fois à des religieux de l'Ordre de Saint-François -\ C'est alors, d'après les écrivains qui font de la Pucelle une affiliée de la famille franciscaine, qu'elle serait entrée dans le Tiers-Ordre.

Combien de temps Jeannette et les siens demeurèrent-ils à Neufcliàteau ? Une quinzaine de jours, d'après Jeanne elle-même^. Est-ce pareillement alors qu'un jeune homme de cette localité, frappé des qualités et de l'extérieur de la jeune fille, l'aurait demandée en mariage, et, par dépit du refus qu'elle lui opposa, l'aurait traduite devant l'official de Toul, où Jeanne n'eut pas de peine à le confondre? C'est assez vraisemblable, mais

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