‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 13 sur 381 · CHAP. XIH. LK ROI ET LE ROYAUME. I · texte numérisé non relu

CHAP. XIH. LK ROI ET LE ROYAUME. I

occupait ce posle de confiance depuis le 3 février 1422. Mais le 6 août suivant, Arthur de Richemont obtenait que celte nomination fût annulée et l'évèque de Clermont reprenait les sceaux qu'il g-arda jusqu'à la fin de novembre 1428. La Trémoille étant alors tout-puissant, par son influence, Martin Goug-e fut définitivement écarté, et Regnault de Chartres prit dans le conseil du roi la place qu'il conserva jusqu'à sa mort.

Ces deux personnages étaient au plus fort de leur faveur pendant que la Pucelle accomplissait sa mission libératrice. Trouva-t-elle auprès d'eux un accueil encourageant? La secondèrent-ils dans ses efforts si patriotiques, comme elle avait le droit de l'espérer? A ces questions, les historiens répondent à peu près tous nég'ativement. La Trémoille ne visait qu'à g-arder sur le jeune monarque l'empire qu'il avait su conquérir'. Lui qui écartait du gouvernement avec un soin jaloux les princes du sang, ne pouvait voir que d'un œil inquiet l'intervention d'une jeune fille appelée « de par Dieu à délivrer Orléans, à mener sacrer Charles à Reims et à chasser les Anglais du royaume ». Pour ce ministre aml)itieux, il fallait que Jeanne servît uniquement à consolider ou à accroître son crédit. Selon ce que ses intérêts demanderaient, il serait pour elle ou contre elle : c'est contre elle qu'il fut habituellement.

I. Le fait suivant donnera une idée des générosités — on pourrait dire des faiblesses — du roi Charles VII envers son favori La Trémoille. Celui-ci étant tombé entre les mains des Anglais, le Roi lui donna en dédommagement le château de Meille, en Poitou, et 100.000 écus d'or. De fait, « le Poitou était comme une propriété à lui (La Trémoille), par le moyen des partisans qu'il y entretenait à sa solde. » J. Quicheuat, Aperçus nouveaux..., pp. 26-27. — P. Anselme, Histoire (jénéiihxjique de Ui Maison de France, t. IV, p. 1G4.

RegnauU de Chartres, dans les commencements, n'afficha pas d'hostilité à l'endroit de la Pucelle. Placé à la tête de la Commission de Poitiers, il la laissa conclure dans un sens favorable à la mission de la jeune Lorraine. Mais après la levée du sièg-e d'Orléans, et surtout après le sacre de Reims où il avait rempli l'un des rôles les plus flatteurs, le chancelier vit avec peine Jeanne marcher sur Paris et entreprendre la campagne de Tlle-de- France. Plein de confiance en lui-même, il comptait résoudre les difficultés pendantes par son habileté et sa diplomatie. A son avis, pour qu'elles fussent résolues, il suffisait que le duc de Bouro^oo-ne consentît à traiter avec le roi de France. C'est pourquoi tous les efforts, toutes les démarches du chancelier tendirent vers ce but. De là son éloignement pour une action militaire; de là l'opposition qui aboulit à l'échec de la tentative sur Paris. Lorsque Jeanne fut tombée entre les mains des Anglais, Regnault de Chartres en éprouva un plaisir qu'il n'eut pas la pudeur de dissimuler. S'il ne fut pas assez mauvais chrétien pour se réjouir de sa captivité, il fut assez mauvais Français pour ne pas flétrir la conduite des bourreaux de Jeanne et pour écrire aux habitants de sa ville archiépiscopale que la sublime jeune fille n'avait eu que le sort qu'elle méritait'.

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