Chronique de fa Pucelle, j). 3oo
3. Extrait des comptes de la ville d'Orléans : « Payé à Jacquet Compaing, le héraut, pour avoir été à Selles, devers la Pucelle, le /|e jour de juin, dire nouvelles des Anglais, G livres 8 sous parisis. » (Procès, t. V, p. 2O2.)
aïeule une lettre des plus intéressantes, dans laquelle il leur raconte cette entrevue et celle qu'il eut encore le 6 juin avec la jeune guerrière.
L'aïeule de Gui et d'André de Laval avait été mariée dans sa jeunesse au fameux Bertrand Du Guesclin. André de Laval avait fait ses premières armes à la bataille de la Gravelle, gagnée en se[)teml)re i4^3 sur les Anglais, et il y fut armé chevalier, quoique âgé de douze ans seulement. Jeanne de Laval, en renvoyant guerroyer contre les ennemis de la France, lui avait remis Tépée du connétable breton : « Dieu te fasse, lui ditelle, aussi vaillant que celui à qui cette épée était. » Et le comte d'Aumale lui aurait adressé les mêmes paroles en l'armant chevalier.
André de Laval ne dégénéra pas : il fut successivement amiral et maréchal de France. La barounic; de son frère Gui fut érigée en comté par Charles YII, au sacre de Reims'.
C'est ce dernier qui écrivit aux dames de Laval l'intéressante lettre que nous allons rapporliM* n peu près tout entièie".
« Mes très redoutées Dames et Mères, (( Depuis que je vous écrivis de Sainte-Catherine de
1. E. Devekle, Jeanne d'Arc à Selles-en-lierrij. — André de Laval tomba en 1428 entre les mains des Anglais : il dut payer une rançon de 2/j.ooo écus. Il était seigrneur de I^ohéac et de Rets. — Gui de I^aval, seii^ncur de Laval, de Vitré, de Gavre, etc., était qualifié d'écuyer banncret. I^es deux frères moururent la même année, i/|80. (P. Anselme, Histoire généalogique de la maison de France, t. VII, pp. 72-74.)
2. L'original de cette lettre, longtemps conservée aux Archives de la Chambre des Comptes, est perdu. Le texte publié parmi les suites à l'Histoire de Charles VII, de Denys Godefroy, n'est iju'une copie.
cil. XIX. CAMPAGNE DE LA LOIRE. PREPARVTION. I () I
Fierbois vendredi dernier, j'arrivai le samedi à Loches et allai voir monseigneur le Dauphin (celui fjui fut Louis XI) au chaslel, à l'issu des vêpres, en l'église collég^iale : c'est un très g-racieux seigneur, bien formé et bien agile, de l'âge d'environ sept ans.
« Le dimanche', j'arrivai à Saint-Aignan, où était le Roy, et envoyai quérir le seigneur de Trêves, pour savoir quand plairait au Roy (jue j'allasse devers lui. Et j'eus réponse que j'y allasse sitôt qu'il me [)lairait; et (le Roy) me lit très bonne chère (très bon visage), et me dit moult bonnes paroles. Et quand il allait par la chambre ou parlait avec un autre, il se retournait chacune fois devers moy, et disoit que j'estois venu sans mander, et qu'il m'en sçavoit meilleur gré. Et quand je lui disois que je n'avois pas amené telle compagnie que je désirois, il respondit qu'il suffisoit bien de ce que j'avais amené, et que j'avois bien pouvoir d'en recouvrer un plus grand nombre.
« Et dit le sire de Trêves à sa maison au seigneur de la Chapelle, que le Roy avait été bien content de mon frère et de mov. Et à aucun de ses parents, il n'avait jamais fait si bon accueil. Et cependant, disait-il, il n'est pas avare de bon accueil et de bon visage.
« Le lundi, je quittai le Roy pour venir à Selles en Berry, à quatre lieues de Saint-Aignan. Le Roy fit venir au-devant de lui la Pucelle, qui était auparavant à Selles. Disaient aucuns que c'était en ma faveur, pour que je la visse. Et fit ladite Pucelle très l)on visage à mon frère et à moi. Elle était armée de toutes pièces, sauf la tète, et elle tenait la lance à la main.