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moment où les troupes fran(;aises se lo^^eaient autour de la place, et se mirent à escarmouclier contre elles. Mal feur en prit, car quelques vaillants capitaines et hommes d'armes les reconduisirent rudement et les ohlitçèrent de rentrer en grande hâte dans la ville".
FRÈRE RICHARD LE CORDELIER ET JEANNE d'aRC.
Si le roi d'Any-leterre et le duc de Bourgogne comptaient de chauds parlisans dans la ville de Troyes, il y avait aussi beaucoup d'habitants dont les sympathies étaient acfjuises à la cause de Charles el à celle du rovaunie. De ce nombre était l'évècpie Jean Laii^uisi-, son l"r(*re Gilles, son beau-frèi"e Guillaume Mole, un des principaux de la ville, et la plupart des ecclésiasti(jues ])lacés sous son autorité'. Livré ;'i lui-même, le jx'tijde eût été plutôt fran(;ais que bouig^uignon ou ang-lais; il ne fallait qu'une occasion, qu'un incident pour qu'il se prononçât ouvertement en faveur de la cause nationale. Or, justement celte occasion se [)résenta, cet incident se produisit.
Au moment où le roi Charles faisait appel aux sentiments patriotiques des bourgeois de la cité troyenne, un
1. Jean Ciiartier, Procès, t. IV, p. 72; — Journal du siège, p. 109.
2. Jean Laiguisé (ou L'Es;uisé) était né à Troyes même. Il fut élu évèque de Troyes, le 5 juin i/|26. Charles VII l'envoya en mission au concile de Baie. 11 mourut à Paris en \t\'ôo. On rapporta sa dépouille mortelle à Troyes. Son épitaphe le (pialifie de « priulenlissimiis et nohiiis (lominus (pii Ecclesiani Trecensem laudabililer per ■.i[\ annos admiuislraVit ». (Idllia clirisliaua, I. Xll, colounos Ji/|, 5i5.
moine cordelier très connu, très populaire dans l'Ile-de- Fi'ance et dans toute la Champagne, frère Richard, se trouvait dans ses murs. Qu'était-ce que frère Richard? Venait-il d'Espagne ou d'Italie'? Il était français, vraisemblablement. Edmond Richer, qui a pu le savoir par les archives de l'Université de Paris, dit qu'il « se nommait Roch Richard et qu'il fut licencié en théologie en i4io ' ».
Frère Richard était cordelier de l'observance. Il reconnaissait hautement pour maître « frère Vincent » Ferrier et « frère Rernard » de Sienne^; Vincent Ferrier, le missionnaire dominicain dont les sei'mons sur l'antéchrist et le jugement dernier faisaient pâlir les fidèles de frayeur; Rernard de Sienne, qui prêchait la puissance et la douceur du grand nom de Jésus, et qui, à Viterbe, en 1426, après chaque prédication, offrait aux adorations de la foule toute transportée le nom divin écrit en lettres d'or sur un tal)leau et entouré de rayons lumineux^.
\S historien de l'Église gallicane dit qu'il faut voir* dans frère Richard « un de ces hommes extraordinaires que Dieu envoie de temps en temps pour lanimer la piété des peuples^ ». S'il suffisait, pour justifier cet
1. D'après \'allet de Viriville [Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, traduit en franrais, inU'oduclion, p. xlvi), il aurait été italien. L'opinion de Ilicher parait mieux fondée.