Jean Hogikk, op. ri/., p
•2-]C} .IKANNE ET SA (( MfSSION DE VIE )) . PHASE GLÎERKiÈllE.
plaisir auquel elle ne s'a! tendait pas. Elle retrouva dans la ville de Châlons des gens de son village, de son cher Domremj : Gérardin d'Epinal, dont elle avait ten>i un enfant sur les fonts baptismaux; Jean Morel, un de ses parrains, et trois autres compalrioles. Elle ap[)rit de leur bouche que .lac(|ues d'Arc, son |)ère, comptait la icjoindre à Reims. A .lean .Morel ellt; donna un habil i-ou^-e qu'elle avait porté. Son ancienne connaissance, (iérardin d'Epinal, lui demanda si, dans la bataille, elle ne craig-nait [)as les coups de lance. Jeanne répondit qu'elle ne craignait (pie les irafties'.
Tout en poursuivant sa marche de Chàlons sur Reims, Charles VII n'était pas sans inquiétude. Il n'ig^norait pas la démarche tentée auprès de ses compatriotes pai' le défenseur intraitable de la cause anglo-bourg'uiynonne, Pierre Cauchon, évèque de Beauvais. Vers la fin du mois de mai précédent, ce prélat était venu à Reims réchauffer les sentiments antifrançais de ses habitants, et le :^0 mai, jour de la Fèle-Oieu, il avait présidé la procession et poi'té le Saint-Sacrement dans les rues de la cité'. Ou'allait-il advenir, se demandait Charles, si les Rémois Oj)posaient de la résistance?
— N'avez crainte, igentil Dauphin, lui répondait Jeanne; les bourgeois viendront au-devant de vous. Avant que
1. Procès, t. II, p. 423. — L'auteur d'une Histoire du diocèse de Laon (1788), D. Le Lonç, dit, p. 869, que Charles VU, étant à Chàlons, fit le pèlerinau^e de Notre-Dame-de-l'Kpiue. D'après M. le chanoine Lucol, archiprèlre de Chàlons {Jeanne. d'Arc en Cluunpdgne, opuscule de 21 patines), .Icanne l'y aurait accompagné. Conjecture respectable, mais (|iraiHMiii document contemporain n'autorise.
2. Mémoires de Pierre Coqnuult^ t. III, p. 0^2. — Henri Jadaut, Jeanne' (V Arc à Reims, p. 20. In-8<>, Reims, 1887.
CHAP. XXIi. LA CAMPAGNE DE REIMS. LE SACRE. 277
VOUS soyez sous les murs de leur ville, ils ferout leur soiiiiiissioii.
— Mais, repreuait le Roi, s'ils résistent, nous n'avons ni artillerie, ni machines de guerre pour mener un siège.
— N'importe, répliquait la jeune guerrière, marchez toujours et ne doutez de rien. Si vous voulez agir virilement, vous serez bientôt maître de tout votre royaume '.
i^e langage que Jeanne tenait au gentil Dauphin, elle n'avait cessé de le faire entendre aux capitaines et aux gens de guerre depuis le commencement de l'expédition. « Allez hardiment, leur disait elle, et ne craignez rien; tout tournera hien ; vous ne trouverez personne (jui veuille vous nuire; vous ne rencontrerez pas même de résistance". »
Tantôt à l'avant-garde que conduisaient le maréchal de Boussac et le sire de Rais, avec La Hire et Poton de Xaintrailles pour lieutenants, tantôt à l'arrière-garde, le plus souvent au corps de bataille près du Dauphin et du duc d'Alençon', la jeune guerrière entretenait dans tous les cœurs la confiance en l'heureuse issue de la campagne. Ce qui était bien fait pour affermir l'armée dans ce sentiment, c'était la facilité avec laquelle les châteaux et forteresses qu'on rencontrait sur la route se mettaient en l'obéissance du Roi. Dès qu'on signalait une de ces places^ Jeanne envoyait des hérauts dire à ceux du dedans : « Rendez-vous au Roi du ciel et au gentil roi Charles. » Et les hommes d'armes et leurs capitaines, « ayant cognoissance des grans merveilles avenues et
I. f'idfr.s. t. m, [1. iiS. i)(''|)f)sition du président Simon (lliarles. ■2. Ihiil., [). •yd. |)('|)osili(m de (Jol)ert Thiljault.
3. MoNSTRKLET, liv. Il, (11. LMIi; I. IV, p. 887; PeHCEVAL DE
CA(iNY, /^roccs, t. IN', pp. i8-i().
278 JEANNE ET S.\ (( MISSION DE VIE )) . l'HASE GUERRIERE.
faites par la Piicelle, se ineltaienl fraiiclieinent en l'obéissance du Roi. Et ceux qui refusaient, Jeanne y allait en personne, et esloit toujours devant à parler aux harrièrières; et tous lui obéissaient'. »
({ Pour se faire une idée de l'audacieuse trouée que Jeanne venait d'accomplir, il faut se représenter l'état du pays environnant. A cin(| lieues au sud se trouvait Epernay, qui tint |)()ur les Anglais jusqu'au 23 octobre i/f^f). A huit lieues au nord, toute la comté de Hetliel était le domaine propre des IJour^uij^nons. Le duc en personne était à I^aon, apj)uyé sur ses villes fidèles de Picardie et de Flandre, Aussi la délivrance fut-elle pour les Ilémois un viai coup de lliéàlre". »>
Cependant, on approchait de Reims. De crainle que les habitants ne refusassent de lui ouvrir leurs portes, le L)au[)liin s'arrêta à cinq lieues de la ville, à Sept- Saulx-^, et il se log-ea dans un château qui servait aux archevêques de résidence d'été. Quelle ne fut pas la surprise et tout ensemble la joie de (Iharles VII loisqu'on lui annonçja, le jour même, une députation de notables bourj^eois qui venait lui remettre les clefs de leur ville, et l'assurer de leur pleine et enlièie soumission '? Assurément, c'était la meilleure et la plus ag^réable réponse qu'ils pussent faire aux lettres du Roi, à celles