I'ei\(:j.val de Cac.nv, l*rncès, t. I\', p
n'einpcclia pas le comte Jean d'adhérer quelque temps au traité de Troyes; cependant il ne tarda pas à se rallier au Dauphin. En i42g, ce qui le préocciqiait c'était la (jueslion du pape légitime; il y avait à se prononcer entre trois prétendants et le comte d'Armagnac ne savait auquel entendre. De la INIarch*; d'Aragon où il se trouvait en ce moment, il se souvint de Jeanne, soit qu'il eût eu l'occasion de la voir à Chinon, Poitiers ou Orléans", soit qu'il la connût seulement par les choses merveilleuses qu'elle venait d'accomplir-. I^a teneur de la lettre qu'on va lire ne [»ermel pas de douter (jne le comte d'Armagnac n'attribuât à la Pucelle des connaissances particulières de même ordre que la mission exceptionnelle dont elle paraissait chargée. Il lui écrivait donc ce qui suit :
(( JMa très cmièue dame,
« Je me recommande humblement à vous et vous supplie pour Dieu que, attendu la di\ision (pii en présent est en sainte Eglise nniveisal, sur le fait des papes (car il y a trois conlendans du papat : l'un demeure à Homme «pii se fait appeler Martin quint, auquel tous les rois chiesliens ol)éissenl ; l'autre demeure à Paniscole, au royaume de Valence, le(juel se fait appeler Clément \'ll"; le tiers ((roisième) on ne scet [on ne sait) où il demeure, sinon seulement le cardinal de Saint-Estienne et peu de gens avec lui, lequel se fait nommer pape Benoist XIIIl". Le premier qui se dit pape Martin, fut esleu à Constance par le consentement
1. C'est ce qui semjjje résulter des ternies tle la lettre de Jeanne : ^/on très cliier et bon ci/ni.
ciiAP. XXV. — l'Échec de paris. SGq
de toutes les nacions des clirestiens; celui qui se fait appeler Clément, fut esleu à Paniscole, après la mort du pape Beuoist XIII'', par (rois de ses cardinaulx; le tiers [troisième) qui se nomme pape Benoisl XIIII, à Paniscole, fui esleu secrètement, mesmes par le cardinal de Saint-Eslienne) ; veulliez supplier à Noiro-Seigneur Jhésuscrist <|ue, par sa miséricorde infinité, nous veulle par vous déclarier qui esl, des trois dessusdits, vray pape, el aucpiel plaira (|ue on obéisse de ci en avant, ou à cellui (pii se dit Martin, ou à celluy qui se dit Clément, ou à cellui (pii se dit Benoisl ; et auquel nous devons croire, si seciètement ou par aucune dissimulacion, ou publique manifeste (ou secrètement^ ou par une soumission publique et manifeste)] car nous serons tous prestz de faire le vouloir el plaisir de Notre Seigneur Jliesucrist.
« Le tout vostre conte d'Armignac. »
Jeanne ne lépondit à celte lettre que le 22 aoùl ; sa réponse était cou(;ue en ces termes :
« Jhesus -{- Marfa.
« Conte d'Armignac, mon très chier et bon ami,
« Jelianne la Pucelle vous fait savoir que vosire messag'C est venu par devers moy, lequel m'a dit que l'aviez envoie par deçà pour savoir de moy auquel des trois papes, que mandez par mémoire, vous devriés croire. De laquelle chose ne vous puis bonnement faire savoir au vray pour le présent, jusques à ce (|ue je sove à Pai is ou ailleurs, à requoy {en repos); car je suis pour le présent trop empeschiée au fait de la guerre ; mes (mais)
quant vous sarez (sanrps) que je seray à Paris, envoicz ung" message pardevers nioy, et je vous feray savoii* loiil au vray auquel vous devez croire, et (ce) (jue en aray (aurai) sceu par le conseil de mon droit urier et souverain seigneur, le lloy de tout le monde, et (ce) (pie en aurez à faire, à tout mon pouvoir. A Dieu vouscommans (recommande); Dieu soit garde de vous'.
« Escript à Compiègne, le xx!!** jour d'aoust. »
Les réponses de .leanne à ses juges, quand ils l'inlerrogèrent sur celle letlre du comte d'Armagnac", laissent entendre clairenuMit (pie le messsager du comie (Mail chargé de consulter la jeune I^orraine sur des points différents de celui qui est indirpié dans la lettre. « Elle dit au messager d'à Ures choses que ce qui est contenu dans la copie de sa lettre, et ces choses ne furent pas mises pai" éciit. »
Quant au fait des trois papes, sur lequel portait la consultation, la Pucelle déclarait avec serment au tiihunal de Rouen « (pi'elle n'a jamais écrit ni ordonné d'écrire sur ce sujet^ ».
1. Procès, t. I, pp. 24'», 246. — Ces deux lettres furent eitées aux articles XXV'I, XXVII, XXV'III du Réfjuisitoire ; Jeanne n'en a pas contesté l'authenticité. Vallet de Viriville se deman:le comment les Anglais avaient pu se procurer ces deux lettres du comte d'Armagnac et de Jeanne. Il n'est pas éloigné de penser que le comte d'Armagnac lui-même les aurait livrées : affaire de politique et de précaution. Peu scrupuleux, Jean IV y aurait vu un moyen de ménager le Régent et de s'assurer ses bonnes grâces. Cette appréciation de l'historien de Charles V'II lui est personnelle et demanderait à reposer sur autre chose que sur une simple conjecture. (Procès de condamnafion de Jeanne d'Arc, traduit par Vallet de Viriville, p. i48, note 5.)