‹ Histoire Complete de la Bienheureuse Jeanne d'ArcChapitre 302 sur 381 · Procès, t. III, loc. cit · texte numérisé non relu

Procès, t. III, loc. cit

échelles s'appIif|Henl contre les remparts, toute résistance devient inutile, et la ville est emportée. A la faveur du désordre inévitable qui suit tout assaut, les Français victorieux s'apprêtaient à piller l'église et à enle\er tous les objets de prix. Jeanne, survenant, s'y opposa avec la plus grande énergie; elle fit si bien que l'église, avec tout ce qu'elle contenait, fut respectée'.

La soumission de trois ou quatre petites places du voisinage qui obéissaient au duc de Bourgogne suivit la prise de Saint-Pierre-le-Moutier. Restait à venir à bout de La Charité-sur-Loire. Avant d'en entreprendre le siège, la Pucelle, voyant (pie la cour et les minisires de Charles ne se mettaient point en peine de lui procurer les secours dont elle avait besoin, fît appel au patriotisme des villes fidèles. Le 7 novembre, de concert avec le sire d'Albret, elle écrivait aux habitants de Clermont-Ferrand, le 9 à ceux de Riom, afin qu'ils lui vinssent en aitle. Vraisemblablement, les deux lettres étaient rédigées à peu près dans les mêmes termes.

C'est de Moulins qu'est datée la lettre que Jeanne écrivit aux habitants de Riom. La présence de la Pucelle en ce chef-lieu du Bourbonnais a provoqué maintes conjectures au sujet des rapports que des critiques à l'imagination prompte ont supposé exister entre Jeanne et sainte ('olette de Gorbie'. Pour voir la réformatrice franciscaine et s'entretenir avec elle, la vierge de Domremy se serait rendue en cette ville, et sainte Colette lui aurait

1. Procès, t. III, p. 28. Déposition (le RéginaU Thierry, chirurgien du roi. — Voir Jaladun de la Bvixrr:, Jeanne d'Arc à Sui/it-Pierrele- \fontier, brochure in-S» de 68 pages; Nevers, 18G8.

2. FivANGis André, La vérité sur Jeanne d'Arc, pp. 3o8-3i2; ia-80. Paris, i8(j5; — Fhangis Pérot, Jeanne d'Arc en Bourbonnais, brochure in-80 de 2G pages. Orléans, 1889.

4rO JEANNE ET S.V (( MISSION DE VIE )) . IMIASE (iHElUUÈUE.

communiqué des révélations (jui la concernaienl. Ces liypollièses ne sont nullenioiit comprometlantes ; mais elles ne sont que des liypotlièses, et aucun document sérieux ne leur sert de fondement.

La lettre que nous allons reproduire est d'une provenance un peu plus authentique. Voici en (juels termes la Pucelle parlait aux liahilanls de la ville de l\iom :

(( Chers et bons amis, vous savez comment la ville « de Sainl-Pierre-lc-Mouslier a été prise d'assaut; et, à (( l'aide de Difu, ay inlenlion de faire vuider les autres <( places qui sont contraires au Roy. Mais pour ce que « jj^rant des()ense de pouldres, t rail et autres habillements « de g"uerre a eslé faicle devant ladicle ville, et que les « seig;^neurs qui sont en ceste ville et moy en sommes peti- « (emeni pourvus pour aler mectre le siège devant la Cha- « rite, où nous alons présentement, je vous prie, sur tant « que vous aymez le bien et honneur du lloy, que vueillez « incontinant envoyer et aider pour ledit sièi^e, de poul- (( dres, salpcstre, souffre, trail, arbalesles fortes et « d'autres habillements de guerre. Et en ce faictes tant (( que, par faulte desdicles pouldres et autres habille- (( menis de guerre, la chose ne soit longue, et que on « ne vous puisse dire en ce eslre négligens ou refusans.

<( Chers et bon amis, nostre Sire (seigneur) soit garde « de vous.

« Escript à Moliiis (Moulins en Bourbonnais) le neuf-

« viesme jour de novembre.

^ « Signé : Jehanne. »

Sur l'adresse : « A mes chers et bons amis les gens « d'église, bourgeois et habitans de la ville de Riom'. »

I. Procès, l. V, pp. 146-148. — C'est de Moulins pareillement et

CIIAP. XXVr. DANS LA HAUTE-LOIRE. 4^'

Par(iciilarilé rare autant (ju'intéressante, l'orii^'-inal de cette lettre de la Piicelle aux habitants de Riom a été conservé. On le découvrit en i844 parmi les papiers de rJK'itel de ville de Riom. Il est sig-né de la main même de Jeanne; mais la forme hésitante des lettres fait voir qu'on dut lui t^uider la main. La lettre avait été scellée d'un cachot de cire rouge. L'empreinte en a été détruite. Le revers porte la marque d'un doigt et le reste d'un cheveu noir qui avait été mis dans la cire'.

On ignore ce ([ne répondirent et offrirent les habitants de Riom. Il y a lien de croire qu'ils ne se laissèrent pas vaincre en générosité par les habitants de Clcrmonl. Ceux-ci envoyèrent « deux quintaux desalpêlre, uncjnintal de soufre, deux caisses de traits, et, pour la personne de Jehanne, une épée, deux dagues et une haclie d'armes" ».

La Pticelle adressu-t-elle une requête semblable à ses chers Orléanais.,,? Si elle le fit, ce ne fut pas en vain, car les Registres des comptes de la ville font mention de diverses dépenses se rapportant au siège de La Charité. Ainsi, Jeanne vit arriver d'Orléans une compagnie de quatre-vingt-neuf hommes d'armes, dont deux joueurs de couleurrines, commandés par le capitaine Jehan

le 9 noveml)re que le seiçiieiir d'All)ret écrivit aux habitants de Riom la lettre qu'où peut voir dans J. Quicherat, t. V, pp. i48-i5o.

1. J. Quicherat dit avoir vu et tenu dans ses mains l'original de cette lettre de Jeanne. Procès, t. IV, p. 147. — I^e cheveu eng'aîi;é dans la cire du cachet étail-il de Jeanne d'Arc? On peut le croire, mais aucun document n'y oblis^e. En 1888, ce cheveu et le cachet furent enlevés; il ne reste plus (lu'un peu de cire. (M. le chanoine C-ocHARu, E.ris/e-t-il des relii/ues de Jeanne d'Arc? p. 20, note 3. Brochure in-8t), Orléans, 1891.)

2, Procès, t. IV, p. 146.

4l2 JEANNE ET S.V (( MISSION DE VIE ». PHASE GHEKKIÈRE.

Voiau, et un cordelier, Frète Jacques, (jui faisait aussi partie « cludit voyage' ».

Il en fut de ce siège comme de celui de Paris. Les Voix de Jeanne la laissèrent libre de l'entreprendre. Ses juges lui demandant, à Rouen, si elle était allée « devant La Charité à la suite d'une révélation, elle répondit que non; elle y était allée par le conseil des gens de guerre et à la requête de son Roy : ce ne fut ni contre, ni [)ar le commandement de ses Voix'^ ». Si elle eill élé libre d'agir à sa g^uise, elle fût allée plutôt dans l'Ile-dc-France ; mais elle s'en rapporta à l'avis des capitaines^.

Les habitants de la Charité eurent grande frayeur au début du sièg"e. Pourtant ils t'iaienl bien approvisionnés et bien fortifiés. « Inutile de résister, » disaient-ils, « car celle fille est sorcière. » Et Perrin<;t Grasset, le chef de la garnison, de leur répliquer : a Allons donc! sa sorcellerie, c'est notre lâcheté. »

Ce Perrinet Grasset ('*tait un capitaine de fortune qui disait ne reconnaître d'autre supérieur que le duc Philip[)e, et qui ne se gênait pas pour refuser de lui obéir et en faire à sa tôle. Quant aux seigneurs du parti bourguignon, même les plus ('levc's, il les irailail avec arrogance. Le seigneur de la Trémoille s'en allant, muni d'un

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