A JARGEAU. ENCORE FRERE RH;HARD
A[)rès la prise de Sainl-Pierie-le-Moutier, avant le siège de La Charité, Jeanne eut occasion d'aller à Monlfaucoii-en-Berry-' pour piendre sans doute (juehjue mesure relative à l'expédition (pii se préparait. Dans cette localilé, une a\enturièi"e nommée Catherine de La Uochelle vint la trouver. Cette Catheiine se disait envoyée et inspirée de Dieu et s'était présentée en cette qualité à la cour de Charles VIL Elle prétendait avoir reçu d'en
les fossés (te La Cliarilc pour (jue l'assaut réussît. Jeanne répondit (ju'elie n'en avait rien fait. [Procès, t. I, p. loy.)
1. Berri parle de cet échec en des termes (|ui n'étaient assurément pas de lui. « Et là (devant La Charité) furent environ un mois, et se levèrent honteusement. » {Procès, t. IV, p. 4l)) Quelle douleur eût ressentie la Pucelle si elle s'était vue accusée d'une retraite honteuse!
2. Vallet de ViuiviLLE, I/istotre de Char/es Vil, t. II, p. 12G.
3. Montfaucon-en-Berrv, une dos places demeurées fidèles à Charles N'II, à huit lieues de iJouri-es.
haut mission de réclamer les Irésors d'arg"ent ou d'or que pourraient posséder les sujets du prince, et de les oblig-er à les livrer afin de payer les hommes d'armes (jue la Pucelle avait sons son commandement. Il fallait (pie le Roi lui haillât trompettes et hérauts pour faire crier cet avertissement. Quant à ceux qui refuseraient d'apporter leurs trésors et qui en auraient de cachés, elle les connaîtrait bien et elle saurait trouver les dits trésors
Frère Richard, qui avait un faible pour les visionnaires, insistait pour -qu'on mît Catherine à l'épreuve et qu'on lui donnât les moyens de remplir sa prétendue mission. Moins confiant et plus sag-e, le Roi fit prier Jeanne de donner d'abord son avis sur le cas de cette femme. Catherine était mariée et mère de famille, et elle avait quitté ses enfants et son mari pour se rendre à la cour. La Pucelle lui demanda quel signe elle pouvait donner de la vérité de sa mission : Catherine lui exposa ses rêveries. La Pucelle lui dit aussitcM que ce qu'elle avait de mieux à faire, c'était « de retourner simplement rejoindre son mari, faire son ménage et nourrir ses enfants ». Toutefois, pour agir en toute prudence, Jeanne considta ses Voix. Sainte Catherine et sainte Marguerite lui répondir-ent que la femme en question n'était qu'une aventurière, et que ses prétendues apparitions n'étaient « que folie et tout néant' ».
L'incrédulité de Jeanne indigna fort Catherine de La Rochelle. Car, insista-l-elle, « ce qu'elle racontait était la vérité. Une dame blanche, vêtue de drap d'or, lui apparaissait la nuit et lui commandait ce qu'elle avait à faire ».