Procès, t. I, |). loG
2. Jean Chautiiîh, Procès, I. IV, p. gi ; — - Pergeval de Cagny, op. cit., p. 32.
.Monslrelet et Georges Chastellain, foc. infra cit., disent qu'après une première et seconde attacjue infructueuses, « la Pucelle manda toutes les garnisons de Las^ny et autres forteresses de là entour », pour avoir raison de la résistance de Franquet, « lesquelles y vinrent en grand nombre atout couleuvrines, arbalestres et aultres habillcmens de guerre, et reprinrenl la tierce batlaille encontre Franquet». Ce qui est surprenant, c'est (jue J. Charlier et P. de Cagny, dans leur récit, ne nomment même pas i'ranquet.
CHAP. XXVII. LA SORTIE DE COMPlÈGNE, /(4 1
Les Bourguignons vanlaieul sou courag^e elle douuaieuL pour « un liomme de vaillante conduite' ». Ils ne parlaient pas de sa rapacité et de sa cruauté.
La Pucelle se proposait de l'échang-er contre un Parisien de sa compag-nie tombé entre les mains des Anglais, qui tenait un hôtel à l'enseigne de l'Ours. De son côté, le bailli de Senlis et les juges de Lagny réclamaient la personne de Franquet pour le juger et faire un exemple. On informa Jeanne que le Parisien prisonnier était mort. Elle laissa alors la justice faire à Franquet son procès, lequel dura (|uinze jours. L'accusé avoua ses méfaits ; il « confessa être meurtrier, larron et traître»; en conséquence de quoi il fut condamné et décapité.
Les Bourguignons furent extrêmement irrilés de celte exécution. Ils conçurent contre la Pucelle une haine mortelle, l'accusant d'être la cause de la mort de ce vaillant homme".
Chez les Anglais, il y eut surtout accroissement d'alarmes et d'inquiétude. L'échec de Paris n'avait pas dépouillé la libératrice d'Oiléans du prestige que lui avaient valu, aux yeux des ennemis du royaume, les campagnes de la Loire, de Reims et de l'Ile-de-PVance. Capitaines et simples archers ne pouvaient se défendre d'une terreur superstitieuse lorsqu'il était question de combattre les troupes commandées par la Pucelle. A la seule pensée de l'avoir pour adversaire, les armes leur tombaient des mains, a Plusieui's affirmaient avec serment cjuc, à la vue de son étendard, ou en entendant prononcer sou
1. MoNSTRELET, 1. II, cluip. Lxxxiv ; t. IV, p. 384- — G. Chastellain, op. cit., ])p. I\[\i-!\I\Z.
2. Procès, t. I, p. i58; — Meyer, historien flaiiiand, cité parE. Richer, Histoire de la Pucelle, livre I, f" 82.
44^ JEANNE ET SA « MISSION DE VIE )) . PHASE GUEURlÈRE.
nom, le courag'e leur manquait pour se défendre, la force [)0ur bander leur arc el frap[)er les assaillants'. »
Déjà, Tannée précédente, quelques jours après la levée du sièg-e d'Orléans, le duc de Bedford recommandait aux capitaines des places maritimes de la Normandie d'arrêter au passage les hommes d'armes qui, saisis de frayeur, pour n'avoir pas à combattre la Pucclle, cherchaient à g-ag^ner l'Angleterre^.
Dans le cours de cette année, bon nombre de seigneurs et sujets anglais avaient pris rengagement de passer d'Angleterre sur le continent, à une épo(jue déterminée, pour guerroyer contre les ennemis de leur roi. Le moment venu, il s'en présenta si peu que les autorités anglaises re<;urent l'ordre de rechercher les réfractaires et de les expédier sur le théâtre de la guerre, sous peine de dégradation et d'emprisonnement. Une proclamation royale chargea les magistrats de Londres de les mettre en demeure de s'exécuter, sous menace de confiscation de leurs armes et coursiers, et sous peine d'emprisonnement.
C'est un texte curieux que celui tle cet édit (pi'on trouve dans le grand ouvrage de Rymer, FœJr/'(i, conuentiones, etc.. 11 a pour titie :
« Proclamations à faire contre les capitaines et soldats retardataires que teirifient les enchantements de la Pucelle », et est ainsi conçu ^ :
« Le Roi aux magistrats de Londres, salut.
« Comme on nous a donné à entendre que beaucouj) de capitaines et de soudoyers.