FIN DU TOME TROISIEME
note i , page 105.
Décret de t assemblée f qui règle les /ormes dans lesquelles le Corps-Législatif pourra déclarer la patrie en danger (du 5 juillet 179a, sanctionné le 8 du même mois).
« L'Assemblée nationale , considérant que les efforts multipliés des ennemis de Tordre à la propagation de tous les genres de troubles dans les diverses parties de l'empire , au moment où la nation , pour le maintien de sa liberté , est engagée dans une guerre étrangère , peuvent mettre en péril la chose publique , et faire penser que le succès de notre régénération politique est incertain ;
« Considérant qu'il est de son devoir d'aller au-devant de cet événement possible , et de prévenir, par des disposition» fermes , sages et régulières , une confusion aussi nuisible à la liberté et aux citoyens que le serait alors le danger luimême ;
« Voulant qu'à cette époque la surveillance soit générale, l'exécution plus active, et surtout que le glaive de la loi soit
sans cesse présent à ceux qui, par une coupable inertie, par des projets perfides ou par l'audace d'une conduite criminelle, tenteraient de déranger l'harmonie de l'état;
« Convaincue qu'en se réservant le droit de déclarer le danger, elle en éloigne l'instant, et rappelle la tranquillité dans l'arae des bons citoyens ;
« Pénétrée de son serment de vivre libre ou mourir, et de maintenir la constitution ; forte du sentiment de ses devoirs et des vœux du peuple , pour lequel elle existe , décrète qu'il y a urgence ;
» L'Assemblée nationale , après avoir entendu le rapport de sacommission des detize , et décrété l'urgence t décrète ce qui suit :
« Art. 1 er . Lorsque la sûreté intérieure ou la sûreté extérieure de l'état seront menacées , et que le Corps-Législatif aura jugé indispensable de prendre des mesures extraordinaires, elle le déclarera par un acte du Corps-Législatif conçu en ces termes :
« Citoyens , la patrie est en danger.
« 2. Aussitôt après la déclaration publiée, les conseils de département et de district se rassembleront, et seront, ainsi que les municipalités et les conseils-généraux dès commanes , en surveillance permanente ; dès ce moment aucun fonctionnaire ne pourra s'éloigner ou rester éloigné de son poste.
« 3. Tous les citoyens en état de porteries armes, et ayant déjà fait le service de gardes nationales , seront aussi en Itat d'activité permanente.
« 4. Tous les citoyens seront tenus de déclarer devant leurs municipalités respectives le nombre et la nature de* armes et des munitions dont ils sont pourvus : le refus de déclaration , ou la fausse déclaration , dénoncée et prouvée , seront punis par la voie de la police correctionnelle , savoir,
dans le premier cas , d'un emprisonnement dont le terme ne pourra être moindre de deux mois , ni excéder une année , et dan» le second cas d'un emprisonnemant dont le terme ne pourra être moindre d'une année ni excéder deux ans.
« 5. Le Corps-Législatif fixera le nombre des gardes nationales que chaque département devra fournir.
« 6. Les directoires de département en feront la répartition par district et les districts entre les cantons , à proportion du nombre des gardes nationales de chaque canton .
« 7. Trois jours après la publication de l'arrêté du directoire , les gardes nationales se rassembleront par canton , et sous la surveillance delà municipalité du chef-lieu; ils choisiront entre eux le nombre d'hommes que le canton devra fournir,
« 8. Les citoyens qui auront obtenu l'honneur de marcher les premiers au secours de la patrie en danger se rendront trois jours après au chef-lieu de leur district ; ils s'y formeront en compagnies, en présence d'un commissaire de l'administration du district , conformément à la loi du 4 août 1791 ; ils y recevront le logement sur le pied militaire , et se tiendront prêts à marcher à la première réquisition.
« 9. Les capitaines commanderont alternativement et par semaine les gardes nationales choisies et réunies au chef-lieu de district.
« 10. Lorsque les nouvelles compagnies des gardes nationales de chaque département 4 seront en nombre suffisant pour former un bataillon , elles se réuniront dans un lieu qui leur sera désigné par le pouvoir exécutif, et les volontaire» y nommeront leur état-major.
« 11. Leur solde sera fixée sur le même pied que celle des autres volontaires nationaux ; elle aura lieu du jour de la réunion au chef-lieu du santon.
« 12. Les armes nationales seront remises, dans les chefs-
lieux de canton , aux gardes nationale» choisies pour la composition des nouveaux bataillons de volontaires. L'Assemblée nationale invite tous les citoyens à confier volontairement et pour le temps du danger, les armes dont ils sont dépositaires à ceux qu'ils chargent de les défendre.
« 13. Aussitôt la publication du présent décret , les directoires de district se fourniront chacun de mille cartouches à balles , calibre de guerre , qu'ils conserveront en lieu sain et sur, pour en faire la distribution aux volontaires lorsqu'ils le jugeront convenable.
Le pouvoir exécutif sera tenu de donner des ordres pour faire parvenir aux départ'emens les objets nécessaires à la fabrication des cartouches.
« 14. La solde des volontaires leur sera payée sur les mandats qui seront délivrés par les directoires de disrict , ordonnancés par les directoires de département , et les quittances en seront reçues à la trésorerie nationale comme comptant.
« 15. Les volontaires pourront faire leur service sans être revêtus de l'uniforme national.
« 16. Tout homme , résidant ou voyageant en France, est tenu de porter la cocarde nationale.
« Sont exceptés de la présente disposition les ambassadeurs et agens accrédités des puissances étrangères.
« 17. Toute personne revêtue d'un signe de rébellion sera poursuivie devant les tribunaux ordinaires , et, en cas qu'elle soit couvaincue de l'avoir pris à dessein , elle sera punie de mort : il est ordonné à tout citoyen de l'arrêter ou de la dénoncer sur-le-champ , à peine d'être réputé complice.
« Toute cocarde autre que celle aux trois couleurs nationales est un signe de rébellion.
«13 La déclaration du danger de la patrie ne pourra être prononcée dans la même séance où elle aura été pro-
posée , et avant tout le ministère sera entendu sur l'état du royaume.
« 19. Lorsque le danger de la patrie aura cessé , l 1 Assemblée nationale le déclarera par un acte du Corps-Législatif conçu en ces termes :
« Citoyens, la patrie n'est plus en danger. »
note i, page 112.
Pie , grenadier français , lun des premiers qui , en 1792, volèrent à la défense du pays, blessé à la déroute de Quievrain , parut moins touché de sa blessure que du désordre et de la honte de nos armées : « Mon officier, dit-il à A. Beauharnais , achevez-moi, que je ne voie pas la honte de cette journée ; vous voyez que je meurs à côté de mon fusil, avec la douleur de ne plus pouvoir le porter. » Rétabli de ses blessures , il rejoignit bientôt son corps et fut tué sur le champ de bataille quelque temps après.
note 3 , page 215.
Lettre de Lafiyettt à M. le chevalier ctArchenhotz , à Hambourg.
Magdebonrg, V) mars 1793.
«Depuis ma captivité, monsieur, il ne m'est parvenu qu'un écrit politique , et c'est votre numéro de février. Vous con-
viendrez que lorsque la fortune me prodiguait ses soins v elle n'aurait pas mieux fait. J'ai joui avec une profonde sensibilité de la justice que vous rendez à mes sentimens, et de l'approbation que vous donnes à ma conduite. Vos louanges sont incomparablement au-dessus de mon mérite ; mais cette bienveillante exagération , dans le moment actuel , a quelque chose de si généreux , que je ne puis que vous remercier de ra'avoir fait entendre la voix de la liberté honorant mon tombeau.
« Ma situation est vraiment étrange ; j'avais sacrifié des inclinations républicaines aux circonstances et à la volonté de la nation ; je servais sa souveraineté dans la constitution qui en était émanée ; ma popularité était grande ; le Corps- Législatif me défendait mieux le 8 août, qu'il ne s'est défendu lai-même. Le 10 mars, j'avais déplu aux Jacobins, en blâmantleur aristocratie usurpatrice des pouvoirs légitimes ; aux prêtres de toutes les classes , en réclamant contre eux tous la liberté religieuse ; aux anarchistes , en les réprimant ; aux conspirateurs , en repoussant leurs offres. Voilà quels ennemis s'unirent à ceux que les puissances étrangères , les antirévolutionnaires , la cour même , soudoyaient contre moi. Rappelez-vous , monsieur, l'aggression préméditée du 10 août , le£ forces requises au nom de la loi , égorgées au nom du peuple ; les citoyens , sans distinction d'âge ni de sexe , massacrés dans les rues , jetés dans des brasiers , dans des prisons , pour y être assassinés de sang-froid ; le roi ne sauvant alors sa vie que par une suspension illégale ; la garde nationale désarmée; les plus anciens et les plus fidèles amie de la liberté et de l'égalité , un Laroehefoucauld enfin , désigné .aux meurtriers ; l'acte constitutionnel devenu un signe de proscription ; la presse enchaînée ; les opinions punies de mort ; les lettres violées et falsifiées; les jurés remplacés par des coupe-têtes , et le ministère de la justice dévoué à leur
chef ; les corps administratifs et municipaux de la Tille de Paria cassés, recréés par une émeute; l'Assemblée nationale forcée le poignard sous la gorge à sanctionner ces foreurs ; en un mot ., la liberté naturelle , civile , religieuse et politique étouffée dans le sang.*. Que dut penser, que dut faire l'homme , qui, n'ayant jamais respiré que pour elle , avait, le premier, en Europe , proclamé la déclaration des droits ; avait , sur l'autel de la fédération , prononcé au nom de tous les Français le serment civique , et regardait alors la constitution , malgré ses défauts , comme le meilleur point de ralliement contre ses ennemis? Quoique la souveraineté nationale fut violée dans les représentans , comme dans les nouvelles délégations des pouvoirs, je ne voulus pas que la force armée cessât d'être obéissante , et c'est aux autorités civiles à portée du camp que je demandai des ordres. Sans doute , je souhaitai vivement qu'une réclamation générale rétablît la liberté publique , celle des pouvoirs constitués ; et si en assurant l'indépendance des élections et des délibérations , la nation avait voulu revoir l'acte constitutionnel , m'en serais-je plaint , moi , le premier, le plus opiniâtre défenseur des conventions? Sans doute j'étais loin de m' associer aux crimes commis , à ceux que je prévoyais , pour ne pas encourager cette résistance à l'opposition que je regardais comme un devoir; mais j'ose dire que ma conduite , quelque diffioile qu'elle fut , est à l'abri du plus sévère examen.
a Vous me demanderez quelle fut ma réquisition aux corps administratifs , judiciaires et municipaux ; la voici : je pensai, en partant , à tant de citoyens que leurs principes, et peut-être mes opinions, avaient Opposés au parti dominant; je vis leurs têtes proscrites , leurs familles ruinées , et , détournant d'eux toutes les vengeances , je fis cette réquisition générale et antidatée qui ne sacrifiait que moi.
« Quant à mes rapports avec le roi , j'eus toujours son es-
time , jamais sa confiance. Surveillant incommode pour lui , bai de ses entoure , je cherchai à lui inspirer des sentimens et des démarches utiles à la révolution : à garantir ses jours et sa tranquillité* Lorsque après son évasion , l'Assemblée constituante lui offrit de nouveau la royauté , je crus devoir réunir ma voix à la presque unanimité de oe décret. J ai depuis réclamé contre la licence qui menaçait sa personne , et arrêtait l'exécution des lois. Je proposai enfin , mais bien inutilement , qu'avec l'aveu de l'assemblée et une garde patriote , il allât à la campagne mettre ses jours en sûreté , manifester sa bonne foi, et par là peut-être assurer la paix. La dernière fois que je le vis , il me dit , en présence de la reine et de toute sa famille, que la constitution était leur salut, que lui seul la suivait. Il se plaignait de deux décrets inconstitutionnels , de la conduite des ministres jacobins relativement à l'armée , et souhaita que les ennemis fussent battus. Vous parlez , monsieur, de sa correspondance avec eux, je l'ignore encore; mais d'après oe que j'ai pu apprendre de cet horrible prjoet, je pense que jamais le droit naturel et civil , la foi nationale , l'intérêt public ne furent violés avec tant d'impudeur.
« Je ne sais quel crime ils m'auront imputé ; mais si , dans les correspondances , les paroles , les actions , les pensées de ma vie entière , on en cite une seule que la liberté et la phîlantropie puissent désavouer , assurez hardiment qu'elle n'est pas de moi.
a Ah! monsieur, que je vous sais gré d'avoir compati à l'inexprimable douleur de mon ame brûlante pour la cause de V humanité ; avide de gloire, chérissant ma patrie , ma famille , mes amis, lorsque après seize années de travaux, il fallut m'arracher au bonheur de combattre pour les principes, les sentimens pour lesquels seuls j'avais vécu . Mais que me restait-il à tenter? Vous avez vu avec quelle obstination,
depuis le jour où la souveraineté nationale , en brisant ses fers , eut légitimé l'ordre public , et au milieu de ces agiotages de la popularité que les flatteurs du peuple se disputaient tour à tour, j'opposai sans cesse à la licence les efforts et la doctrine d'un fidèle défenseur delà loi. Vous savez qu'à l'époque du 1 août , j'ai résisté le dernier et presque seul; mais si l'intrigue égarait plusieurs citoyens , la terreur les glaçait presque tous. J'étais destitué , accusé , c'est-à-dire proscrit. Ma défense eut pu être sanglante , mais inutile; elle ne servait que moi et non la patrie , et l'ennemi était à portée d'en profiter. Je voulus l'attaquer pour être tué , mais n'y prévoyant aucun avantage militaire, je m'arrêtai. Je voulus aller mourir à Paris, mais je craignis qu'un tel exemple d'ingratitude populaire ne décourageât les futurs moteurs de la liberté. Je partis donc , mais d'autant plus secrètement qu'un grand nombre d'officiers et même plusieurs corps auraient pu , dans un tel moment , être entraînés à partir arec moi ; et , après avoir pourvu à la sûreté des places et des troupes de mon commandement , après avoir, par une délicatesse qui nous coûta cher, renvoyé de la frontière mon escorte et jusqu'à mes ordonnances , je m'éloignai , la mort dans le cœur, avec Maubourg , dont l'union avec moi est aussi ancienne que notre vie , M. de Puxy et quelques autres amis , dont la plupart étaient mes aides-de-camp depuis là création de la garde nationale; M. Alexandre Lameth , décrété , poursuivi, nous joignit en route. Nous cherchâmes à gagner la Hollande et l'Angleterre , alors pays neutres ; nous étions même sur celui de Liège, lorsque nous rencontrâmes un corps autrichien qui nous livra à la coalition. Nous fûmes arrêtés , puis emprisonnés , et les quatre membres de l'Assemblée constituante ont été successivement conduits à Luxembourg, Wesel et Magdebourg.
« On saura , monsieur, à quel excès cette coalition nous a m. 29
fait souffrir ; mais que sont cet souffrances auprès de celles dont l'injustice dupeuple pénètre uneame libre ! Ici se venge la triple tyrannie du pouvoir despotique , aristocratique , superstitieux ; mais le monstre est blessé à mort ; ici toutes les inventions de l'inquisition et des cachots se multiplient autour de nous ; mais ces cruautés , ces craintes , nous honorent ; et , soit que nos tètes soient réservées pour l'ornement d'un triomphe , soit que l'insalubrité de nos souterrains, la privation d'air et de mouvement et toutes les tortures morales aient été préférées comme un poison lent , j'espère que la compassion, la discussion , l'indignation sur notre sort sont autant de germes de la liberté qui lui susciteront des défenseurs. C'est pour eux , monsieur, que , dans la sincérité de mon cœur, je vous lègue ici cette consolante vérité, qu'il y a plus de jouissances dans un seul service rendu à la cause de l'humanité , que la réunion de tous ces ennemis , que même Pingratitude du peuple ne peuvent jamais causer de tournions.
« Que deviendra cependant la révolution française? Quelle que soit la force que l'institution des gardes nationales assure à la France ; quels que soient les avantages préparés , malgré tant de contrariétés, par les généraux Rochambeau, Lucknef et moi , et recueillis avec énergie par nos successeurs , peut-on fonder sur l'immoralité , la tyrannie , la désorganisation? Des hommes dont la vénalité a lassé tous les partis, dont la bassesse a toujours caressé la main qui donne ou qui frappe, dont le prétendu patriotisme ne fut jamais qu'égoïsme ou envie , des corrupteurs avoués de la morale publique , les auteurs de protestations ou de projets contre la révolution , amalgamés à des âmes de boue et de sang qui Pont si souvent souillée , quels chefs d'une nation libre ! Puissent les législateurs lui rendre une constitution , un ordre légal ! puissent ses généraux se montrer incorruptibles !
Si cependant , après les convulsions de la licence , il existait un lieu où la liberté combattît encore , combien je maudirais mes fers! J'ai renoncé à vivre avec mes compatriotes , mais non à mourir pour eux. Est-il possible , au reste , d'échapper à tant de barrières , de gardes, de chaînes? Pourquoi non? Déjà un curedent , de la suie , un morceau de papier , ont trompé mes geôliers ; déjà , au péril de la vie , on vous portera cette lettre. Il est vrai, au danger de la sortie se joignent ceux du voyage , de l'asile. De Gonstantinople à Lisbonne , du Kamtschatka à Amsterdam (car je suis mal avec la maison d'Orange), toutes les bastilles m'attendent. Les forêts buronnes et iroquoises sont peuplées de mes amis. Quoiqu'à Saint- James on ne m'aime pas, il y a là une nation et des lois , mais je voudrais éviter un pays en guerre avec le mien. L'Amérique , cette patrie de mon cœur, me reverra avec joie, et cependant ma sollicitude sur les nouvelles de France préférerait, pour quelque temps, la Suisse. Mais en voilà trop sur cette idée. J'ai 9 au lieu d'un remercîment , écrit une longue lettre , et je vous prie , monsieur, de recevoir, avec mes adieux, l'expression de ma reconnaissance et de mon attachement.
« La Fayette. »
NOTE 4> P a g e *81.
Lettre de M. Rolland, ministre de t intérieur, à rassemblée nationale.
Palis , le 3 septembre , Tan 4 de la liberté.
Monsieur le président ,
a Je viens remplir un devoir sacré, dont l'accomplissement peut me coûter cher ; mais je n'ai jamais capitulé avec ma conscience, et je serai docile à sa voix, quoi qu'il puisse en arriver.
a Je ne rappellerai point ici quelles circonstances m'ont porté pour la première fois dans le ministère que je n'avais ni désiré, ni attendu; je n'y ai vu que l'ocasion de développer des principes dont l'amour de l'humanité fait la base. J'ai dit hautement la vérité à un roi que je voyais compromettre le salut de l'empire , en se perdant lui-même. Aucune considération n'a influé sur mon courage; j'aime trop mon pays , pour songer même à la gloire , et quand il s'agit de l'intérêt de tous , je ne vois plus rien qui me soit personnel. La confiance nationale m'a imposé de nouveau le fardeau du ministère dans un temps plus orageux encore ; je l'ai reçu sans hésiter, parce que cette confiance m'en faisait une loi ; je le soutiens sans faiblesse et j'y sacrifierai ma vie tant que je pourrai le porter utilement ; mais je devrai le déposer du moment que je ne serai plus qu'un fantôme représentatif, sans action et sans influence.
«Quel est cependant l'état des choses dans lequel nous existons? quelles suites doit-il avoir? quelle obligation impose t-il?
Je sais que les révolution» ne se calculent point sur les règles ordinaires; mais je sais aussi que le pouvoir qui les fait doit bientôt se ranger sous l'abri des lois , si Ton ne veut qu'il opère une entière dissolution. La colère du peuple et le mouvement de l'insurrection sont comparables à Faction d'un torrent qui renverse des obstacles qu'aucune autre puissance n'aurait anéantis , mais dont le débordement va porter au loin le ravage et la dévastation, s'il ne rentre bientôt dans son lit. Sans la journée du 10 , il est évident que nous étions perdus; la cour, préparée depuis long-temps , attendait l'heure de combler toutes ses trahi sous, de déployer sur Paris l'étendard de la mort , et d'y régner par la terreur. Le sentiment du peuple , toujours juste et prompt , quand l'opinion n'est pas corrompue , a prévenu l'époque marquée pour sa perte , et la rendue funeste aux conspirateurs.
a II est dans la nature des choses et dans celle du cœur humain que la victoire entraine quelques excès : la mer agitée par un violent orage mugit encore long-temps après la tempête ; mais tout a ses bornes ; on doit enfin les voir dé* terminer.
« Si la désorganisation devient une habitude ; si des hommes zélés , mais sans connaissances et sans mesures , prétendent se mêler journellement de l'administration et entraver sa marche ; si , à l'appui de quelque faveur populaire , obtenue par une grande ardeur , et soutenue par un plus grand parlage , ils répandent la défiance, sèment les dénonciations, excitent la fureur, dictent les proscriptions , le gouvernement n'est plus qu'une ombre; il n'est rien; et l'homme de bien t commis au timon des affaires , doit se retirer dès qu'il ne peut plus le diriger; car il n'est point placé pour faire image , mais pour agir. La Commune provisoire a rendu de grands services; elle n'a pas besoin de mon témoignage à cet égard, mais je le lui rends avec effusion de
cœur; la Commune provisoire s'abuse actuellement sur l'exercice continué d'un pouvoir révolutionnaire , qui ne doit jamais être que momentané pour ne pas être destructeur r et elle nous prépare de grands maux , si elle tarde encore à s'enfermer dans de justes limites ; voilà un autre témoignage que je rends aussi hardiment que le premier , car on doit la vérité aux peuples comme aux rois , et je ne la tairai pas pins aux uns qu'aux autres.
« L'assemblée a rendu de sages arrêts , qui conservent au conseil général les commissaires auxquels les sections continuent d'accorder leur confiance ; mais ce conseil , ainsi qne le nom l'indique , n'est que pour les délibérations ; Faction doit être concentrée dans le conseil municipal pour être phis une et plus vive : c'est lui qui est chargé de l'exécution ; c'est par lui qu'elle doit être faite. Le maire doit jouir de l'influence qui lui est attribuée par la loi. Cependant les limites respectives continuent d'être oubliées ou méconnues ; les ordres se croisent ; on ignore souvent de qui ils émanent et la responsabilité du ministre et du maire devient illusoire ou cruelle, puisqu'elle tombe sur des faits dont ils n'ont point connaissance ou qu'ils ne peuvent empêcher. Jamais l'unité d'action ne fut plus nécessaire : des ennemis aguerris et nombreux sont établis sur notre territoire ; ils s'emparent de quelques villes , ils menacent la capitale ; c'est vers elle que se dirigent leur rage et leur désespoir ; c'est là qu'ils ont à exercer des vengeances ; c'est là qu'ils espèrent dissoudre le gouvernement et profiter de ses avantages. Sans doute, l'énergie du peuple bien dirigée leur opposera des barrières insurmontables ; mais c'est précisément pour cette direction qu'il faut de l'ensemble et de l'activité j l'une et l'autre sont impossibles lorsque tout le monde commande. J'ai vu le ministre de la guerre gémir des lenteurs qu*apportait à la formation du camp l'intervention d'une commission ar-
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 4tf3
dente et zélée , mais étrangère aux dispositions de cette nature.
« Le peuple doit être là en personne , ou par ses commissaires , pour voir ce que fait le pouvoir exécutif : soit , mais il doit le laisser agir , sous peine de périr sous ses propres débats; car, de deux choses Tune : les personnes chargées de ce pouvoir jouissent de sa confiance , ou ne Vont pas $ dans cette dernière supposition., il faut qu'elles se retirent ; dans la première , elles doivent user dans toute leur énergie du pouvoir qui leur est confié. Une jalouse inquiétude fermente et aigrit encore contre ce pouvoir, comme s'il rendait essentiellement vicieux les hommes auxquels il est réparti 5 comme si l'identité des noms faisait celle des choses , et que des ministres responsables pussent avoir rien de commun avec ce qu'était un roi inviolable .
« Hier, au sein même de la Maison-Commune , on dénonçait les ministres, vaguement quant au fond , parce qu'on manquait de sujets de reproches ; mais avec cette chaleur et cette force d'assertion qui frappe l'imagination , la séduit un moment , qui égare et détruit la confiance , sans laquelle nul homme en place ne doit y rester dans un gouvernement libre.
« Hier encore , dans une assemblée des présidens de toutes les sections , convoquée par les ministres , chez M. le maire; dans l'intentiou de concilier les esprits, de s'éclairer mutuellement, j'ai reconnu cette méfiance qui suspecte , interroge, entretient le trouble et entrave les opérations.
« Hier, fut un jour sur les événemens duquel il faut peutêtre laisser un voile ; je sais que le peuple , terrible dans sa vengeance , y porte encore une sorte de justice ; il ne prend pas pour victime tout ce qui se présente à sa fureur ; il la di-> rige sur ceux qu'il croit avoir été trop long-temps épargnés par le glaive de la loi , et que le péril des circonstances lui
persuade devoir être immolés sans délais. Mais je sais qu'il est facile à des scélérats, à des traîtres, d'abuser de cette effervescence , et qu'il faut l'arrêter ; je sais que nous devons à la France entière la déclaration que le pouvoir exécutif n'a pu prévoir, ni empêcher ces excès. Je sais qu'il est du devoir des autorités constituées d'y mettre un terme ou de se regarder comme anéanties $ je sais encore que cette déclaration m'expose à la rage de quelques agitateurs : eh bien ! qu'ils prennent ma vie ! je ne veux la conserver que pour la liberté et l'égalité ; si elles étaient violées , détruites , soit par le règne des despotes étarngers , ou l'égarement d'un peuple abusé , j'aurais assez vécu ; mais jusqu'à mon dernier soupir j'aurai fait mon devoir; c'est le seul bien que j'ambitionne, et que nulle puissance surla terre ne saurait m'enlever.
« Le salut de Paris exige que tous les pouvoirs rentrent à l'instant dans leurs bornes respectives : l'approche des ennemis , les grandes mesures à prendre contre eux t nécessitent, je le répète, une unité d'action, un ensemble , qui ne peuvent se trouver dans le conflit des autorités. C'est à l'Assemblée nationale à se prononcer à cet égard avec l'élévation et la rigueur que réclament d'aussi grands intérêts. J'ai dû lui peindre cet état de choses , afin que sa sagesse prit aussitôt les déterminations convenables , et que , dans la supposition affligeante, mais gratuite, que ces déterminations n'eussent point l'effet désiré , la perte de la capitale n'entraînerait point celle de l'empire.
« Mais le peuple > docile à la voix de ses législateurs , dès qu'ils sont au niveau des circonstances , éclairé par eux sur ses intérêts , rappelé par eux à la marche régulière qu'il doit tenir, sentira bientôt qu'il doit honorer son propre ouvrage et obéir à ses représentant jusqu'à l'époque qui va les renouveler avec de plus grands pouvoirs; il apercevra que le sort de la capitale tient à sou union avec les divers département ^
pièces justificatives. 4&7
il sait que le Midi, plein île feu „ d'énergie et de courage , était prêt à se séparer pour assurer son indépendance , lorsque la révolution du 1 août nous a Tain une Convention qui doit tout rallier j il aperçoit que les sages et les timides se réuniraient aisément pour établir cette GonTention ailleurs , si Paris n'offrait pas la réunion de la liberté la plus grande aux lumières qui soutiennent l'opinion; il jugera , dés le pre* iirier moment de calme et de réflexion a que les secours et l'appui qu'il attend de tous les départemens ne peuvent être que le fruit de l'union, de la confiance qu'établissent et jus* tifient le maintien de Tordre et l'observation des lois ; il reconnaîtra enfin que ses ennemis cachés peuvent se servir de sa propre agitation pour nuire à ses meilleurs amis , à ses plus redoutables défenseurs : déjà l'exemple commence; qu'il frémisse et s'arrête! une juste colère , l'indignation portée à son comble , commencent les proscriptions qui ne tombent d'abord que sur les coupables , mais dans lesquelles l'erreur ou les passions particulières enveloppent bientôt l'homme juste. Il en est temps encore, mais il n'est plus un moment à perdre; que les législateurs parlent, que le peuple écoute et que le règne de la loi s'établisse. — Quant à moi , qui brave également l'erreur et la malveillance, parce que je ne veux que le bien de tous , et que je dois le faciliter pa r tous les moyens qui sont en mon pouvoir, j'ai consacré ma vie à là justice , à la vérité; je leur serai fidèle. — Je reste à mon poste jusqu'à la mort , si je suis utile et qu'on me juge tel; je demande ma démission et je la donne, si quelqu'un est reconnu pouvoir mieux l'occuper ou que le silence des lois m'interdise toute action.
Le ministre de l'intérieur ,
Rolland»
note 5, page 342.
Mémoire au roi de Prusse.
La nation française a décidé immuablement son sort ; des puissances étrangères ne peuvent se refuser à cette assertion Traie. Ce n'est plus l'Assemblée nationale dont les pouvoirs étaient restreints , dont les actes devaient être ou confirmés on abrogés pour avoir force de loi , qui n'avait qu'un pouvoir contesté , qui pouvait passer pour usurpatrice et qui a eu la sagesse d'appeler toute la nation et de demander elle-même aux quatre-vingt-trois dépar terriens la cessation de son existence , et son remplacement par une représentation revêtue de tous les pouvoirs et de la souveraineté entière du peuple français , autorisée par la constitution même , sous le nom de Convention nationale.
Cette assemblée , dès la première séance , entraînée par un mouvement spontané , qui est le même dans toutes les parties de l'empire , a décrété l'abolition de la royauté. Le décret est reçu partout avec allégresse ; partout on l'attendait avec la plus vive impatience ; partout enfin il accroît l'énergie , et il serait actuellement impossible de ramener la nation à relever un trône que les crimes qui l'entouraient ont renversé.
11 faut donc nécessairement regarder la France comme une république , puisque la nation entière a déclaré l'abolition de la monarchie ; cette république , il faut ou la reconnaître ou la combattre. '
Les puissances armées contre la France n'avaient aucun droit de s'immiscer dans les débats de la nation assemblée , sur la forme de son gouvernement. Aucune puissance n'a le
droit d'imposer des lois à une aussi grande nation. Aussi ont-elles pris le parti de déployer le droit du plus fort. Mais qu'en est-il résulté ? La nation ne fait que s'irriter davantage ; elle oppose la force à la force , et certainement les avantages qu'ont obtenus les nombreuses troupes du roi de Prusse et des alliés sont très peu considérables. La résistance qu'il rencontre et qui se multiplie à mesure qu'il avance , est trop grande pour ne pas lui prouver que la conquête de la France , qu'on lui a présentée comme très aisée , est absolument impossible. Quelle que soit la différence des principes entre un monarque respectable dont on a égaré l'opinion et le peuple français , lui et ses généraux ne peuvent plus regarder ce peuple, ni les armées qui lui résistent, comme un amas de rebelles.
Les rebelles sont ces nobles , insensés qui , après avoir opprimé si long-temps le peuple sous le nom des monarques dont ils ont eux-mêmes ébranlé les trônes , ont achevé les disgrâces de Louis XVI , en prenant les armes contre leur propre patrie , en remplissant l'Europe de leurs propres mensonges et de leurs calomnies > et en devenant par leur conduite aussi folle que coupable , les ennemis les plus dangereux de Louis XVI et de leur pays ; j'ai moi-même entendu plusieurs fois Louis XVI gémir sur leurs crimes et leurs chimères.
Je fais juge le roi de Prusse et son armée entière de la conduite de ces dangereux rebelles. Sont-ils estimés ou méprisés ? je ne demande pas la réponse à cette question , je la sais. Cependant , ce sont ces hommes que Ton tolère à l'armée prussienne et qui en sont Pavant-garde , avec un petit nombre d'Autrichiens aussi barbares qu'eux.
Venons à ces Autrichiens. Depuis le funeste traité de 1 756, la France , après avoir sacrifié ses alliances naturelles, était devenue la proie de l'avidité de la cour de Vienne ; tous nos
trésors servaient à assouvir l'avarice des Autrichiens. À usai, des le commencement de notre révolution , dès l'ouverture des assemblées nationales sous le nom d'états-généraux , les intrigues de la cour de Vienne se multiplièrent pour égarer la nation sur ses vrais intérêts, pour tromper un roi malheureux et mal entouré , et enfin pour le rendre parjure.
C'est à la cour de Vienne que Louis XVI doit sa déchéance. Qu'a fait cette cour , dont la politique tortueuse est trop subtile pour développer une conduite franche et courageuse ? elle a peint les français comme des monstres pendant qu'ellemême et les coupables émigrés payaient ses agitateurs, ses conspirateurs et entretenaient sous toutes les formes possiples la plus affreuse discorde.
Cette puissance , plus formidable à ses alliés qu'à ses ennemis , nous a attiré une grande guerre contre un roi que nous estimons , contre une nation que nous aimons et qui nous aime ; ce renversement de tous les principes politiques et moraux ne peut pas durer.
Le roi de Prusse connaîtra un jour tous les crimes de l'Autriche , dont nous avons les preuves, et il la livrera à notre vengeance. Je peux déclarer à l'univers entier que les armées réunies contre lés armées qui nous envahissent , ne peuvent pas se résoudre à regarder les Prussiens comme leurs ennemis , ni le roi de Prusse comme l'instrument de la perfidie et de la vengeance des Autrichiens et des émigrés. Elles ont une idée plus noble de cette courageuse nation et d'un roi qu'il» se plaisent à croire juste et honnête homme.
Le roi , dit -on , ne peut abandonner ses alliés. Sont-ils dignes de lui? Un homme qui se serait associé avec des brigands , aurait-il le droit de dire qu'il ne peut pas rompre cette société ? Il ne faut pas , dit-on , rompre son alliance. Sur quoi est elle fondée ? sur des perfidies et des projets d'envahissement.
Tels sont les principes d'après lesquels le roi de Prusse et la nation française doivent raisonner pour s'entendre.
Les Prussiens aiment la royauté, parce que depuis le grand électeur ils ont eu de bons rois , et que celui qui les conduit est sans doute digne de leur amour.
Lies Français ont aboli la royauté, parce que depuis l'immortel Henri IV, ils n'ont cessé d'avoir des rois faibles ou orgueilleux, ou lâches ou gouvernés par des maîtresses, par des confesseurs, des ministres insolens ou ignorans, des courtisans vils- et brigands, qui ont affligé de toutes les calamités le plus bel empire de l'univers.
Le roi de Prusse a l'ame trop fière pour ne pas être frappé de ces vérités : je les lui présente pour l'intérêt de sa gloire , et surtout pour l'intérêt de deux nations magnanimes , dont il pent d'un mot assurer le bonheur ou le malheur ; car, bien certain de résister à ses armes , bien certain qu'aucune puissance ne peut venir à bout de conquérir lu France , je frémis en pensant au malheur affreux de voir nos plaines jonchées des cadavres de deux nations estimables, pour une vaine idée de point d'honneur dont un jour le roi lui-même rougirait en voyant son année et son trésor sacrifiés à un système de perfidie et d'ambition qu'il ne partage pas et dont il est la dupe. Autant la nation française , devenue républicaine , est violente et capable de tous les efforts quelconques contre ses ennemis, autant elle est aimante et généreuse envers ses amis. Incapable de courber la tête devant des hommes armés , elle donnera tous ses secours , son sang même pour un allié généreux , et s'il fut une époque où l'on ait pu compter sur l'affection d'un peuple , c'est celle où la volonté générale forme les principes invariables de son gouvernement , c'est celle où les traités ne sont plus soumis à la politique astucieuse des ministres et des courtisans. Si le roi de Prusse consent à traiter avec la nation française , il se fera un allié puissant , gé-
néreux , invariable ; si l'illusion du point d'honneur l'emporte sur ses vertus , sur son humanité , sur ses vrais intérêts , alors il trouvera des ennemis dignes de lui, qui le combattront avec regret , mats à outrance , et qui seront perpétuellement remplacés par des vengeurs , dont le nombre s'accroît chaque jour , et qu'aucun effort humain n'empêchera de vivre on mourir libres.
Est-il possible que contre toutes les règles de la vraie politique y de la justice éternelle et de l'humanité t le roi de Prusse consente à être l'exécuteur de la volonté de la perfide cour de Vienne , sacrifie sa brave armée et ses trésors à l'ambition de cette cour qui , dans une guerre qui lui est directe, a la finesse de compromettre ses alliés et de ne fournir qu'un faible contingent , pendant qu'elle seule , si elle était généreuse et brave , devrait en supporter tout le poids ? Le roi de Prusse peut jouer en ce moment le plus beau rôle qu'aucun roi puisse jouer. Lui seul a eu des succès , il a pris deux ville», mais il ne doit ses succès qu'à la trahison et à la lâcheté. Depuis lors il a trouvé des hommes libres et courageux à qui il n'a pu refuser son estime. Il en trouvera encore un plus grand nombre , car l'armée qui arrête sa marche , grossit tous les jours ; elle est pure , animée d'un seul esprit ; elle est purgée des traîtres , des lâches qui ont pu faire croire que la conquête de la France était facile , et bientôt au lieu de se défendre elle attaquera , si une négociation raisonnable ne met pas une distinction entre le roi et son armée que nous estimons , et les Autrichiens et les émigrés que nous méprisons. Il est temps qu'une explication franche et pure termine nos discussions ou les confirme et nous fasse connaître nos vrais ennemis. Nous les combattrons avec courage ; nous sommes sur notre sol , nous avons à venger les excès commis dans nos campagnes, et il faut bien se persuader que la guerre contre des républicains , fiers de la liberté , est une
guerre sanglante , qui ne peut finir que par la destruction totale des oppresseurs ou des opprimés.
Cette terrible réflexion doit agiter le cœur d'un roi humain et juste : il doit juger que , bien loin de protéger parles armes le sort.de Louis XVI et de sa famille , plus il restera notre ennemi , plus il aggravera leurs calamités.
J'espère , en mon particulier , que le roi , dont je respecte les vertus , et qui ma fait donner des marques d'estime qui m'honorent , voudra bien lire avec attention cette note que me dicte l'amour de l'humanité et de ma patrie. Il pardonnera la rapidité et l'incorrection du style de ces vérités à un vieux soldat, occupé plus essentiellement encore des opérations militaires qui doivent décider du sort de cette guerre. Le général en chef de l'armé deu Nord ,
Dumourier.
note 6, page 564.
Extrait d'une lettre adressée par le citoyen Merodière au citoyen dAubail, vice-président de la deuxième section du tribunal criminel du département de Paris.
Je me trouvai avec un membre de la section de Marseille et dn club des Cordeliers ; il me dit que la révolution n'était pas achevée , que la journée du 2 septembre n'était pas complète , mais qu'il fallait une nouvelle saignée. « Nous avons , a-t-il ajouté , la cabale de Roland et de Brissot > dont il faut nous défaire , j'espère que nous y parviendrons sous quinze jours.» Je n'ai pas cru devoir demander sur-le-champ
le nom de ce particulier, mais je pourrai vous le dire sous deux jours. Je crois qu'il est temps d'arrêter la source du mal en prenant une mesure sévère contre, les provocateurs au meurtre. Buzot leur déplaît beaucoup. Vergniaud , Guadet , Lasource , Barbaroux , Brissot , sont ceux qui , selon eux , composent la cabale Roland. lia ne veulent entendre parler que de Robespierre $ ils prétendent que seul il peut sauver la patrie. L'accusateur public est grand ami du quidam chez lequel j'étais. . .
Ce quidam est Fournier l'Américain.