‹ Histoire complète de la vie de VoltaireChapitre 117 sur 122 · ICONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE

Les traits <ie Voltaire ont été reproduits plusieurs fois par la peinture et la sculpture.

Le premier portrait est celui de Largillière, peint en 1720. Voltaire en avait fait don à Suzanne de Livry; mais, après la visite que, peu de temps avant sa mort, il lit à cette ancienne maîtresse, devenue la marquise de Gouvernet, celle-ci renvoya au donateur le précieux souvenir. « Voltaire aperrui son portrait, dit M. Desnoireslerres, un Voltaire de vingtquatre ans, aux yeux vifs, à la physionomie éveillée, auquel il ne ressemblait guère. La vieille marquise, qui ne s'était pas sentie le courage de se séparer de la jolie toile de Largillière, ne crut pas devoir la garder davantage, et elle la renvoya à l'hôtel de Villette, aussitôt après cette lamentable entrevue de fantômes. » {Retour et mort de VoUaire.)

Après la mort de Voltaire, l'œuvre de Largillière fut acquise par le marquis de Villette. Elle devint plus tard la propriété de MM. Roissy et de Varicourt, héritiers du dernier des Villette ; vendue à l'encan avec toutes les autres reliques voltairiennes, elle fut achetée par un amateur au prix de six mille deux cents francs.

Un autre célèbre portrait de Voltaire, que Ton place souvent en tête de ses œuvres, est celui de La Tour, exécuté vers 1736. H est conservé au musée de Versailles sous le n" 2674.

Parmi les innombrables portraits dus à la gravure, nous citerons , d'après le Dictionnaire Larousse (art. Vollaire), ceux de Tardieu (d'après Largillière et d'après Houdon); Baiechou, Cathelin, Ticquet et Langlois (d'après La Tour et d'après Liotard, peintre suisse) ; L. de Carmontelle (eau-forte représentant Voltaire se promenant dans les environs de son château des Délices) ; B.-M. Alix, B.-L. Henriquez, J. Barbie, Daniel Berger, Bernigeroth, Blanchard père, H. Bonvoisin (d'après Boitard) ; Etienne Fiquet (1762); J.-J. Ilaid, Soliman (1829;; Mariage, Hopwood (Salon de 1837); Th. -Casimir Regnault (Salon de 1864) ; J.-D. Huber, etc.

Le comte de Caylus a gravé une composition représentant Voltaire à la Dnslille. Le même sujet a été gravé par A. Fauchery, d'après Deveria (Salon de 1833). Un tableau d'Henri Schelesinger, intitulé le Premier Amour de Voltaire, a paru au Salon de 1848. A. Blancher a gravé, d'après Steuben, Ninon offrant sa bibliothèque au jeune Voltaire. Une composition de M. Saint-Aubin, Voltaire écrivant le poème de la Pucelle, a été gravée par Ransonnelte, M. Léon Dansacrt a exposé, au Salon de 1865, un tableau intitulé Voltaire à Postdam. P. -G. Baquoy a gravé une composition de Monsiau, représentant Voltaire et Frédéric. Le Couronnement de Voltaire au Théâtre- Français a été représenté |)ar plusieurs artistes, notamment par Gli.-Ei. Gaucher, d'après Moreau le jeune. Une estampe de Macret, d'après Fauvel, représente la Réception de Voltaire aux Champs-Elysées. Legrand a gravé, d'après Dardel, VApotliéose de Voltaire.

Deux portraits de Voltaire sont célèbres entre tous : la statue de Pigalle (V. lecliap. la Statue de Voltaire), dans la biblioihè(|uede l'Institut, à Paris, et celle de Houdon.

Pigalle a représenté Voltaire assis sur un rocher; il est presijue entièrement nu, n'ayant (|u'un manteau jeté sur

l'épaule gauche; il tient de la main droite un crayon et de l'autre un volume. Son regard s'élève vers le ciel ; un léger sourire ellleure ses lèvres ; sa tète, que ne recouvre pas la perru(jue historique, est chauve. A ses pieds est un masque. Cet emblème donna lieu à l'épigramme suivante, qu'on trouve dans les Mémoires de Bachaumout (1" février 1773) :

Certain jour, chez Pigalle, en contemplant Voltaire. Je disais : Qu'a donc mis le fameux statuaire

Sous les pieds de notre Apollon ?

Et pourquoi lui fait-on écraser du talon Ce masque hideux, dont la bouche effroyable

Semble ouverte pour aboyer?

Est-ce l'Envie? Est-ce le Diable ?

Quelqu'un cria dans l'atelier?

Oh ! ce n'est rien ; c'est l'abbé Sabatier *.

« Il faut avouer, dit l'éminent archéologue Etiiéric-David, en parlant de l'œuvre de Pigalle, que l'idée de montrer un écrivain aussi célèbre, âgé de soixante-quatorze ans, tel qu'il se trouvait alors, maigre, décharné, réduit à l'état de squelette, il faut, dis-je, avouer qu'une semblable idée devenait, à cause de ces circonstances, totalement inconvenante. C'était mettre au jour la nature humaine dans sa misère, là où d'ingénieux embellissements devaient, au contraire, en faire admirer la sublimité. L'artiste faisait trop voir par cette indifférence pour la dignité d'un grand homme, combien le moral de l'art lui était étranger. Mais si, laissant à part cette faute contre le goiit, on considère la statue en elle-même, si l'on i-emarquela vérité de l'imitation, la précision presque générale des attaches et des bras, la fermeté des saillies, la vie qui respire dans l'ensemble de l'image, et si l'on se rappelle l'époque

■ Sabatier (de Castres). Voyez plus avant la note qui le concerne.

à laquelle cette ligure appartient, on est étonné d'une étude si approfondie. »

Ce fui au salon de 1781 (|ue Houdon exposa la célèbre statue que l'on admire dans le péristyle du Théâtre Français, et qui fut alors offerte par M'"" Denis à l'Académie.

Le poète, enveloppé d'une toge, est assis dans un fauteuil, le corps légèrement penché en avant ; la bouche sardonique, les yeux vifs et perçants. « Il faut savoir gré à Houdon, dit Quatremere de Uuincy, d'avoir rejeté l'habillement bourgeois et devenu suranné du vieillard de Ferney, costume qui seul eût désenchanté l'aspect d'une statue lionori(i(|ue. Aussi tout le monde a rendu justice à l'emploi qu'il a cru devoir faire du genre de costume des philosophes antiques, en l'appropriant au caractère idéal d'un monument public. Ajoutons que l'artiste a su y opérer, par une fusion habile, l'heureux accord de la vérité personnelle de détails ou de portrait avec la propriété idéale d'un style conventionnel. » Une reproduction en bronze de cette statue a été érigée en 1870, à Paris, sur l'ancien boulevard du Prince-Eugène, ([ui a pris le nom de boulevard Voltaire.

Une statue par Espacieux a été exposée au salon de 1814. D'autres statues ont été exécutées depuis pour la façaile de l'Hôtel-de- Ville de Paris et la façade du nouveau Louvre.

Un buste, œuvre d'Houdon, et qui a servi évidennnent de modèle i)0ur la tête de la statue, est placé dans le foyer de la Comédie Française.

Le Cabinet Denon possédait aussi un buste de Voltaire en terre cuite, par Pigalle.

Le buste de Voltaire à Ferney. — Le Conseil municipal de Ferney, après quatre ans d'attente et de pétitions successives, a été enlin autorisé cette année à ériger, sur la place publi(|ue

(le la petite ville qu'a habitée Voltaire, le buste de ce grand homme.

,Le buste Voltaire, qui sera élevé à Ferney sur un piédestal, est fait depuis longtemps. Il avait été ofTerl primitivement, dit le Progrès de l'Ain, à la commune, par M. Gustave David, de regrettée mémoire, décédé conseiller général du canton de Ferney, et vient d'être de nouveau proposé par l'honorable M. David père, propriétaire actuel du château de Voltaire. La cérémonie d'inauguration n'aura pas lieu à l'épotiue du centenaire, elle sera renvoyée à la fin de Juillet, le jour de la fête du pays, soit du tir à l'oiseau. Cette fête a été créée par Voltaire en 1775 et subsiste encore. (R. d'A.)

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