PRENEZ GARDE A VOUS
« Par ordre très-supérieur du public indigné, les lionnêtes gens sont invités de ne point aller au spectacle que nous n'ayons obtenu une autre direction et de meilleurs comédiens, une police moins comédienne et des magistrats plus citoyens. »
Il est facile de deviner ce qui se passait à Rouen à cette époque ; les jeunes gens et tous les amateurs de théâtre s'abstenaient d'entrer dans la salle de spectacle pour
abaisser les recettes de la directrice. Aussi, un concert, donné le 2 mai par le sieur Punto (aux eaux de Saint- Paul), fut-il une agréable diversion à l'ennui qui régnait dans la ville de Rouen depuis que le spectacle était déserté. Un auditoire nombreux et choisi s'est empressé d'aller jouir des talents de cet habile virtuose.
C'était peu que de s'abstenir d'aller au théâtre, il fallait, par tous les moyens, empêcher les autres de s'y rendre. Les rédacteurs de la décision du parterre de ROUEN avaient trouvé bon, pour atteindre tout-à-fait leur but, de faire circuler dans Rouen un pamphlet intitulé : Tableau inécis des personnes notables et j)eu respectables venues à la comédie le 26 avril 1787. La décence ne nous permet pas de le publier en entier, mais on s'en fera une idée quand on saura qu'il y avait ce jour-là, dit le pamphlet, aux premières loges, des riches cousus de dettes, des dames déguisées en honnêtes femmes, etc. (tout le monde était nommé); aux secondes loges, quatre Saint-Vivien payés pour applaudir ; aux troisièmes loges,
; au parterre, neuf va-nu-pieds, douze
espions et douze chasses- toutes-vives ; au parquet, , . .
. . . , et enfin aux galeries, trois filles de
tapissier qui font des tours de lit. Suivait un Arrêt de la Cour de Raison, qui ne le cédait en rien au morceau dont nous venons de donner l'analyse.
Un autre pamphlet, sous le titre de Nouveaux logements, faisait le portrait de trente-huit personnes notables qui avaient commis le crime d'aller au théâtre. Chaque portrait était un tissu de grossièretés, de calomnies infâmes, ou tout au moins de médisances éhontées ; les dames surtout étaient effrontément insultées.
DE ROUEiN. 133
Des pièces de vers innombrables durent le jour à la crise théâtrale; la suivante, dont nous blâmons hautement l'esprit, nous a paru digne cependant d'être reproduite, parce que nos lecteurs, nous en sommes persuadé, laisseront de côté, comme elles le méritent, les pensées de l'auteur anonyme, pour ne remarquer que la facilité de versiûcation qui distingue ce morceau de tous ceux qui parurent alors.