LE PARTERRE
Partez quand vous voudrez, Car pour moi je demeure, Et si jamais je pleure, C'est quand vous reviendrez, Partez quand vous voudrez.
LE FILS MAROMME A SON PÈRE (l).
Air du Confiteor.
Ah ! mon père, qu'avez-vous fait ?
"Votre ordonnance est trop sévère ;
Et le public peu satisfait
Dit que vous manquez de lumière, (bis.)
Et cependant [bis) il sait combien
Tous nos aïeux la faisaient bien.
Le mécontentement s'est traduit aussi par des chansons. Nous en donnons une intitulée : la Comrdie de la Montansicr :
Air de la romance de Nina.
Quand la jeunesse reviendra
A la défunte comédie,
Le printemps alors finira,
L'épine sera défleurie ;
Mais je regarde, hélas ! hélas !
La jeunesse ne revient pas. (bis.)
Oiseaux, il faut chanter bien mieux
Si vous voulez vous faire entendre;
Votre directeur malheureux
Chante peut-être un air bien tendre;
Mais non, j'écoute, hélas ! hélas !
Le directeur ne chante pas. (bis.)
(1) Lieutenant de police qui avait condamné à la prison quelques-uns des cabaleurs.
Toi qui nous a lassé cent fois '^
Du récit de tes fades pièces,
Montansier, ta plaintive voix
Semble demander nos espèces;
Mais tu t'abuses, hélas ! hélas !
De longtemps tu n'en recevras. (bis.)
On ne saurait croire combien de manuscrits ont circulé, à Rouen, à propos de cette cabale. C'étaient des anecdotes, des épigrarames, des commandements, des potspourris, des avertissements, des amphigouris et des couplets de toutes sortes.
Le spectacle était presque déserté. Les uns ne voulaient pas, les autres n'osaient pas s'y rendre; cependant la Montansier et Neuville ont su tenir tète h l'orage et le théâtre resta ouvert.
La comédie proprement dite garda les mêmes sujets et la rentrée de la plupart des artistes fut accueillie par des applaudissements; c'étaient: MM. Baptiste l'aîné, Baptiste cadet, Duverger, Prin, Desrosiers, Bérard, Lebert, Walville, Lefèvre, Laperrière, etc., et M"" Dufresne, Baptiste, Malherbe, Desrosiers (soubrette), Damassis (duègne). A la fin de la campagne, un nommé Duplessis est venu jouer les valets, ce qui a donné lieu, comme nous le verrons, à de nouvelles réclamations.
L'opéra n'a pas eu le même avantage que la comédie. La directrice dut fournir de nouveaux sujets et compléter sa troupe. Les artistes qui restèrent sont : MM. Dubus, Fradelle, Dozainville, Juliet, Bellemont, etc., et M"" Guérin (première et forte-seconde chanteuse), Fradelle, Damassis (duègne). Parmi les artistes nouveaux, nous ci-
terons: MM, Paulin, haute-contre, et Manyer, laruette, M"' Verdelet, même emploi que M"" Guérin, M™' Grenier et la sœur de M'^^ Guérin, qui débuta en décembre 1787 par le rôle de Pauline dans Sylvain.
Dans le ballet, les premiers sujets étaient MM. Devos et Borda, M"'= Camerer et M""= Devos, — Devos était maître de ballet. Nous ne manquerons pas de donner le tableau complet de la troupe quand nous traiterons la question des appointements. Nous avons eu, en effet, la bonne fortune de trouver le livre même du caissier pendant l'année 1787-1788.
L'ouverture a eu lieu, comme nous l'avons dit, le 16 avril 1787. Elle fut faite par Sylvain, opéra, avec une comédie.
Le 26 du même mois, Paulin, premier haute-contre, et M''^'' Verdelet, première chanteuse, ont débuté dans le Magnifique et dans Félix.
Deux reprises importantes ont été faites le 25 juillet :
VAmiiié à Vépreuve, par Favart et Grétry. Cet opéra, qui avait paru en deux actes en 1771, avait été réduit en un acte en 1776 ; mais, malgré son grand âge, Favart le retoucha une deuxième fois, et, en 1787, la pièce avait trois actes ;
La Mort de César, par Voltaire,
Elle arriva enfin cette soirée tant désirée! La direction, fatiguée de voir que les moyens d'intimidation que nous avons longuement énumérés plus haut la menaient à sa ruine, dut céder à une volonté aussi opiniâtre, et le vendredi 27 juillet, les danseurs, si impérieusement demandés, firent leur premier début; ils ont paru dans un ballet-
pantomime intitulé la Paysanne coquette, de la composition du sieur Devos, maître de ballet. Devos et sa femme y ont dansé les principales entrées.
Ce jour- là même une lettre fut encore jetée sur la scène; elle était ainsi conçue :