‹ Histoire complète et méthodique des théâtres de RouenChapitre 50 sur 55 · THE · texte numérisé non relu

THE

Heureusement !

\J Heureuse Erreur.

Vlmpatient.

L'ImjJromptu de Campagne.

Le Joueur.

Le Legs.

Le Marchand de Smyrne.

Les Maris corrigés.

Le Médecin malgré lui.

V Enfant prodigue.

U Epoux pa r supercherie.

L'Epreuve nouvelle.

VEpreuve réciproque.

La Feinte par amour.

Fellamar, ou la Suite de Tom Jones à Londres.

Les Femnhes.

La Folle Journée.

ATHE

Le Fou raisonnable.

Les Fourberies de Scapin.

La Gageure imprévue.

La Gouvernante.

Le Mercure galant.

Minuit.

Le Muet.

Nanine.

Le Philosophe sans le savoir.

Le Procureur arbitre.

Le Somnambule.

Le Sourd.

Le Triple Mariage.

Les Trois Sultanes.

Turcaret.

Le Tuteur.

Le Vieux Célibataire.

TRAGÉDIE. — La liste, pour ce genre, est beaucoup moins longue que pour les autres ; elle ne renferme que le Cid, Guillaume Tell, Mahomet et Othello.

DRAME. — Beaucoup plus cultivé que la tragédie , le drame a surtout figuré sur l'affiche quand Rouen a possédé des artistes étrangers, Saint-Fal, M="° Simon et Mii« Desroziers, dont nous avons signalé le passage; cependant nous trouvons encore :

La Brouette du Vinaigrier, en trois actes et en prose, par Mercier. Reprise en vendémiaire an VIIL Quelquefois

cet ouvrage est appelé coniédie, d'autres fois même appelé pièce.

Charles et Caroline.

Le Devoir et la Nature, en cinq actes et en prose, par Pelletier-Volraeranges, orné de tout son spectacle. Première représentation en fructidor an VU.

V Habitant de la Guadeloupe, en pluviôse an VIII ; Laneau, ci-devant artiste, y a débuté par le rôle de Vauglanie.

\J Honnête Criminel, ou le Galérien vertueux.

V Indigent; Patrat y joua le rôle du notaire.

Mathilde, en cinq actes et en prose, par Monvel. Première représention en frimaire an VIII.

Misanthropie et Repentir; en brumaire an VIII, lors de la reprise de cet ouvrage , Joanny a joué le rôle de Meino et M^^e Letellier celui de M^e Miller, qui avaient été créés à Rouen par Saint-Fal et M"" Simon.

Montony et Laurentina, ou les Mystères du Château Dudolphe, drame héroïque, mêlé de chant, en cinq actes et en prose et à grand spectacle, par Duval. La première représentation, en ventôse an VIII, a été donnée au bénéfice de Joanny, avec un opéra récemment monté ; Joanny a créé le rôle de Montony. — A la seconde représentation, on a fait quelques corrections afin de rendre ce drame plus simple et plus candide (textuel).

Le Père de famille, en cinq actes, par Diderot.

CONCERTS ET BALS PARÉS. — Dcpuis Ic h brumaire an VIII (26 octobre 1799) jusqu'au 19 pluviôse suivant (8 février 1800), il y a eu au Théâtre-des-Artscinq concerts suivis d'un bal et annoncés ainsi: ((Aujourd'hui, grand

« concert vocal ei instiuniental ; ensuite redoute ou bal « paré. 0 Le troisième de ces bals a été donné le 17 brumaire, à la veille du coup d'Etat.

Les concerts étaient composés à peu près invariablement ainsi : Une symphonie par l'orchestre, un grand air par Tanquerelle, un concerto de clarinette par Rélhaller père, un concerto de violon par Legerot, un air par Desfossés.

Dans celui du 8 frimaire, on remarquait en outre une arielte par la petite Gontier, la chaconne de l'union de l'amour et des arts par l'orchestre et une symphonie concertante par Rélhaller père et fils.

Mais le plus brillant, sans contredit, a été celui du 19 pluviôse, dont Legerot, premier violon de l'orchestre, était bénéficiaire. Indépendamment des éléments que nous connaissons déjà, on a offert ce jour-là : Un air par la citoyenne Duchesne, une sonate de Pleyel sur le piano par la petite Schreutzer, un concerto de flûte composé et exécuté par Dette, un air de cor par Cheneitre fils et l'ouverture du Jeitne Henri.

La redoute ou bal paré a été, le 6 nivôse an VIII (27 décembre 1799), précédé, non point par un concert comme d'usage, mais bien par un opéra, hJIélomanie, de Champein.

En résumé six bals parés, cinq avec concert, un avec représentation lyrique.

BALS MASQUÉS. — On Sait que les bals masqués ont eu, à Paris, une vogue immense en 1800, parce que depuis longtemps on en avait été privé.

A Rouen, il en a été à peu près de même. Le 6 ventôse

DES AHTS. 489

an VIII (25 février 1800), mardi-gras, le publie a témoigné, entre les deux pièces (1), le désir de jouir le soir même, comme à Paris, d'un bal masqué. L'administration municipale y a consenti et la nuit a été consacrée ci l'intrigue et à la danse, sans qu'il se passât aucune scène désagréable; aussi, cinq jours après, on recommença de plus belle. L'administration municipale y consentit d'autant plus volontiers que le général de brigade. Charpentier, écrivit qu'il répondait de la tranquillité dans la commune de Rouen, dans le cas où l'on croirait pouvoir permettre les bals masqués.

Les bals masqués se succédèrent de très-près. Ils commençaient à onze heures, après le spectacle; le prix du billet était de 3 fr. 30 c. On n'y entrait point, disait l'affiche, avec canne, bâton, ni épée. Pour la commodité du public (sic), il y avait deux bureaux pour la distribution des billets. On pouvait louer des habits, â un magasin établi dans le théâtre, depuis onze heures du matin jusqu'à la fin du bal.

La fureur des bals masqués était telle qu'il y en avait, à Rouen, le plus souvent deux le même jour : un au Théâtre-des-Arts, un autre au théâtre de la République, pendant qu'un local des ci-devant feuillants, rue de Lémery, était ouvert pour un troisième bal, mais paré seulement.

Pour ne parler que du ïhéâtre-des-Arts, il y a été

(1) On jouait, ce jour-là, le Mameluck à Paris, avec addition d'une scène composée et jouée par Ferrand, auteur du Savetier de Péroniie ; le spectacle était teniané par la deuxième représentation de la reprise du Roi de Cocagne.

donné huit grands bals parés et masqués depuis le mardigras, 6 ventôse an VIII (25 février 1800) jusqu'au lundi de Pâques inclusivement, 2k germinal (Ik avril 1800). On voit que cette année le carnaval et le carême, au lieu de se succéder, se sont confondus. La semaine sainte seule, — à Rouen du moins, — a été respectée. Pâques était le 23 germinal ; le dernier bal masqué avant cette date a eu lieu le 9 du même mois ; on a été même jusqu'à faire relâche le vendredi et le samedi saints. Il est vrai que prudemment on annonçait : Relâche pour les répétitions de Ponce de Léon.

Nous avons vu des compliments de clôture faits en prose, d'autres en vers. Cette année, le compliment de clôture fut une chanson. Le 30 germinal an VIII, pour annoncer la clôture du spectacle, Michu, le directeur, chanta sur le Théâtre-des-Arts les deux couplets que voici :

Air : Femmes, voulez-vous éprouver.

Vous qui désirez conserver

Un délassement agréable,

Ah ! venez nous encourager

Par votre présence estimable.

Moi, je redoublerai de soins,

Pour me procurer celte année

Le bonheur d'avoir, pour témoins,

D'approbateurs une assemblée. (bis.)

Sexe adoré, sexe charmant, Daignez nous donner l'assurance Que vous viendrez ici souvent L'embellir de votre présence !

Qu'un léger applaudissement

M'offre la jouissance vive

(Par votre heureux consentement)

D'une brillante perspective ! {bis.)

Ce jour-là, la représentation se composait de Ponce de Léon et du Secret, opéras. Michu, paraissant dans le premier de ces ouvrages, a pu recevoir dans cette soirée les bravos adressés au talent de l'artiste et à l'habileté du directeur. Nous verrons bientôt que ni ce talent, ni cette habileté n'ont pu attirer au théâtre assez de monde pour rendre l'entreprise lucrative.

INCIDENTS

Le 13 vendémiaire an VIII, pendant le spectacle, un individu, ci-devant juge-de-paix à Colbec, se mit à crier à tue-tête : Vive le roi ! Arrêté sur le champ , il répondit au commissaire qu'il n'aimait pas le gouvernement républicain. Cette déclaration catégorique ne l'empêcha pas d'être mis en prison... au contraire; le délinquant fut donc conduit à la maison d'arrêt de Lô. On jouait, ce soir-là, le Fou raisonnable. Voyez pourtant la coïncidence!

Sous la rubrique : correspondance, nous avons découvert (et non pas inventé) les deux lettres que l'on va lire. La première a été dictée par un bon sentiment, la seconde

par l'orgueil.

« Rouen, 22 vendémiaire an VIII.

« J. Patrat, auteur et artiste, au rédacteur du Journal de Rouen.

« Citoyen,

« Je vous prie de vouloir bien insérer cet article dans voire prochain numéro.

« On dit sourdement que j'ai des vues sur la direction

de Rouen et que je clierche 'i dépouiller le citoyen Micliu.

Je donne publiquement un démenti formel à ceux qui ont

débité cette fable. Je les défie d'indiquer aucun fait, de

répéter aucun mot, de dévoiler aucune démarche secrète

qui puisse donner une ombre d'apparence à celte insigne

calomnie. Je pars, et leur imposture n'exciterait que mon

mépris, si je pouvais leur pardonner d'avoir voulu me

rendre suspect au citoyen Michu que j'aime et qui mérite

l'estime de tous les honnêtes gens.

(( J. Patp.at. »

La seconde lettre, adressée au même journaliste, était d'un sieur D..., artiste du Théâtre-des-Arts :

« Rouen, 19 nivôse an VIII.

(( Citoyen, (( Être sans cesse en proie à la rage des ignorants ou des demi-savants, être perpétuellement vilipendé, harcelé, poursuivi par ces beaux esprits du jour qui croient tout savoir parce qu'ils ont lu quelques romans à la mode, voilà le sort inévitable de l'homme de lettres, qui n'est ordinairement apprécié qu'après sa mort ; mais ce n'est pas de ce côté que je cherche à intéresser l'opinion publique, et quoique j'aie obtenu, dans ce genre, quelques succès dans la capitale et dans une grande partie de la France , je n'en ai pas moins éprouvé ailleurs que le pauvre littérateur ne doit chercher sa gloire que dans l'avenir et sa consolation actuelle que dans lui-même et le petit nombre de connaisseurs qui ont échappé au naufrage révolutionnaire. Cependant ce qui doit dédommager un peu l'homme de lettres des dégoûts qu'on lui fait

éprouver, c'est de se rappeler souvent que les meilleures fontaines sont celles qui sont le plus environnées d'insectes venimeux.

(' Venons au but de ma lettre.

« L'année dernière, je faisais partie du Théâlre-des- Arls et j'ose attester que l'assentiment général était en ma faveur. L'opinion publique, les cris multipliés des artistes privés de leur salaire et les jugements des tribunaux délivrèrent la ville de ces dilapidateurs intrigants qui composaient l'administration du grand théâtre. On sait la part active que je pris à cet acte de justice. Enfin, le nouveau directeur, guidé par l'opinion que lui avaient donnée de moi dix ans de séjour et de succès sur les théâtres de Paris, soit h l'Opéra, soit h Feydeau, soit sur un autre non moins famé, le nouveau dii'ecteur , dis-je, m'invite d'augmenter le nombre de ses pensionnaires. Le jour du début arrive, je jouissais encore l'avant-veille de la plénitude de mes moyens ; je puis en attester une ville voisine. Tout-à-coup une dartre farineuse me tombe sur la gorge et me prive non -seulement de ma voix, mais même de la faculté de parler. Pour ne pas laisser le citoyen Michu dans l'embarras, je résolus de me sacrifier. Je cède à ses instances ; je me lance sur la scène et je m'abandonne h l'indulgence du public après l'avoir fait prévenir de mon funeste accident. Eh bien ! cet acte de complaisance, qui m'eût partout ailleurs valu des témoignages bien flatteurs, fut le signal d'un certain parti et ce même accident, dont il fallait me plaindre, fut le prétexte dont ils se servirent pour me tourmenter, me persécuter cl m'enlever l'estime dont le public honorait mes faibles talents.

iU THEATRE

(i Mes moyens sont revenus et se rétablissent tous les jours, grâce aux soins du savant et estimable Henri Pillore fils, k qui je suis charmé de rendre aujourd'hui le témoignage éclatant de ma vive reconnaissance.

(( Cependant les rôles de fureur, attachés à mon emploi, fatiguent quelquefois ma poitrine encore un peu affaiblie par l'austérité de mon régime. Il n'est donc pas étonnant qu'ayant joué le 16 le rôle le plus fort et le plus furieux de mon répertoire, je fusse encore un peu fatigué le 18, ce qui ne m'empêcha pourtant pas de jouer dans le charmant vaudeville intitulé : Comment faire? et ce fut après avoir chanté, j'ose dire passablement, le seul joli couplet de mon rôle que je fus poursuivi par la rage de certains individus que je connais très-bien et qui n'ont d'autre métier, d'autre plaisir et d'autre habitude que de déchirer à belles dents les talents les plus eslimables. J'avoue que je ne pus me défendre d'un mouvement d'indignation et en cela je fus inexcusable. Il fallait un autre sentiment que celui de la colère. Ils peuvent m'accorder les honneurs du sifflet, si cela les amuse, ils me trouveront sans bassesse dans le droit chemin et ne pourront m'en détourner. En un mot — je leur demande pardon si je leur cite un passage latin — impavidum, ferlent ruinœ.

(( D , artiste. »

Quelques mois auparavant, un fait s'était produit, qui est pour ainsi dire la contre-partie de celui qui a motivé

l'impei'tinente lettre de l'artiste D Un certain soir,

on jouait Saryines; l'acteur Delhorrae parut être en état d'ivresse. Le mécontentement des spectateurs fut grand, mais, renseignements pris, on eut la certitude que

la faiblesse des moyens et de l'organe de cet acteur tenait à des douleurs atroces développées dans la poitrine. Ce malheureux, que la misère ou l'amour de son art retenait attaché à la scène malgré ses souffrances, ne trouva pas un seul juge assez sévère pour lui tenir rigueur.

PRIX DES PLACFS,

Le 16 nivôse an VIII, Michu faisait annoncer ce qui suit :

Vu la pénurie momentanée du numéraire et le désir de mettre tout le monde à portée de jouir du spectacle, le public est prévenu qu'à dater d'aujourd'hui le prix des places sera réduit, savoir :

Secondes 1 fr. 80 c.

Troisièmes 1 20

Parterre » 90

Quatrièmes » 60

Année théâtrale 1$00-1S01

(Neuf premiers mois).

Dix jours seulement ont été consacrés aux vacances entre la première et la seconde campagne de la direction Michu ; cependant on a trouvé moyen, pendant ce court espace de temps, d'utiliser la salle du Théâtre- des-Arts : deux concerts y ont été donnés au commencement de floréal an VIII par un compositeur italien du nom de Toméony, auteur de plusieurs opéras, chanteur habile et l'un des premiers improvisateurs d'Italie. Il était accompagné de sa femme, virtuose distinguée, et d'un pianiste appelé Désomery. Dans ces concerts, qui commençaient h. six heures et pour lesquels la salle était illuminée dans le pourtour comme pour les bals parés, l'orchestre a joué des symphonies et des ouvertures, et on a entendu Dette, Schneider et le jeune Réthaller sur la flûte , le cor et la clarinette. Toméony, Désomery et M^e Toméony ont, à cette époque, donné à Rouen un troisième concert, mais sur le théâtre de la République.

Les prospectus et les avis publiés par Michu avant l'ouverture et quelques jours après méritent d'être connus :

Pr.OSPECTUS DES ABONNEMENTS DU THÉATRE-DES-ARTS.

Loges à l'année, 220 fr. par personne, homme et femme; les loges seront louées pour le nombre de personnes qu'elles peuvent contenir.

Abonnement d'homme 200 fr.

Abonnement de femme 120

DES AUTS. 497

A ce prix, il sera délivré soixante abonneraents pour femme et cinquante pour homme ; mais, à raison du dixième pour les indigents, ces cent dix entrées prises, les abonneraents seront :

Pour hommes, de 220 fr.

Pour femmes, de 132

Abonneraents d'hommes, pour les six premiers mois 120

Abonnements pour les six derniers .... 1/|0 Idem pour trois mois indistinctement. 75 Idem au mois indistinctement .... 30 Abonnements de dames, pour les six premiers mois 72

Pour les six derniers mois 80

Pour trois mois indistinctement /i8

Au mois indistinctement 20

Il faut observer que sur les abonnements et loyers de

loges, les bals de nuit , les représentations des indigents sont exceptés, et la dernière décade de germinal, si le directeur fait venir des artistes de Paris.

Le jour même de l'ouverture, le 10 floréal an VIII, paraissait cette profession de foi :

« Louis Michu, directeur et artiste du Thédtrc-des-Arfs, à ses concitoyens.

(( Les pertes que j'ai éprouvées dans la direction du Théâtre-des-Arls, occasionnées par les malheureuses circonstances, ont enhardi mes ennemis particuliers ; leurs menées sourdes ont éclaté et ils sont maintenant connus.

498 rilÉATHE

« Ils ont répandu, avant et depuis la clôture, toutes les calomnies qu'ils ont pu inventer pour détruire mon crédit et ma réputation et par là m'ont empêché de trouver les ressources que des personnes honnêtes m'avaient promises pour faire face au solde des appointements de mes pensionnaires. Je suis loin d'exiger d'eux d'autre sacrifice que celui du temps, à l'aide duquel j'espère les satisfaire à diiTérentes époques de l'année théâtrale qui va s'ouvrir.

<( Ma conscience est sans reproche ; je n'ai point détourné les recettes de l'entreprise , j'ai au contraire prouvé que j'y ai versé 40,000 fr. d'espèces à moi appartenantes, dont ont profilé mes pensionnaires, puisque la différence de plus de 90,000 fr. des recettes de cette année aux recettes des années communes antérieures, m'a mis dans le cas de perdre ma mise et encore de devoir un arriéré.

« Redoubler de zèle, d'activité et de surveillance pour détruire tous les abus, avec lesquels j'ai pris l'entreprise et qui sont en partie cause de mes malheurs ; varier et augmenter, tant qu'il me sera possible, les plaisirs du public pour l'attacher davantage à mon entreprise ; lui offrir des talents dignes de lui ; une grande diminution dans les charges, jointe aux sacrifices qu'ont faits en ma faveur les citoyens créanciers de la masse Cabousse etC'*, voilci les moyens qui doivent me donner, l'année prochaine, la faculté de soutenir avec honneur l'entreprise et me faire mériter l'estime et la confiance du public.

« Louis MicHU. ))

Quelques jours après, un appel d'un genre tout nouveau était fait en ces termes :

« Le citoyen Michu, artiste et directevr du Thédtre-des- Arts, aux dames de Rouen,

(( Mesdames,

« Malgré les sacrifices et les perles énoriries que j'ai faits l'année dernière, secondé par les citoyens créanciers, je n'ai point perdu courage.

« Comptant sur la bienveillance que vous m'avez toujours témoignée, j'ai fait les plus grands efforts pour composer une troupe d'artistes digne d'être offerte k une ville qui sait de tout temps apprécier et encourager les vrais talents. Les débuts des artistes nouveaux ont été soutenus jusqu'à ce jour par des applaudissements bien prononcés, mais leurs efforts ont besoin d'être secondés par le charme de votre présence.

« Vous êtes, mesdames, l'élément des arts ; ils sont nés par vous et pour vous. Vous leur devez donc votre protection. Mes camarades et moi ne pouvons rien sans vous.

« L'ascendant seul de votre présence peut, en nous encourageant, faire adopter et suivre le Théàlre-des- Arts. Daignez donc seconder nos efforts et répondre à l'invitation pressante que j'ai l'honneur de vous faire.

« Je joins le tableau comparatif des anciens abonnements et des nouveaux qui vous prouvera mon désir bien prononcé de sacrifier à vos plaisirs :

(( En l'an VI, bals, redoutes et la dernière semaine exceptés \kh Uv.

(( Fixés à 120 liv. , sans autre exception que les bals, abandonnant la dernière décade, puisqu'elle a pu vous contrarier.

« Abonnements d'hommes, bals, redoutes et la dernière

semaine exceptés 240 liv.

« Fixés à 200 liv., bals seulement exceptés.

« Les autres abonnements, pour partie de l'année, ont été réduits dans la même proportion.

« Louis MicHU. »

D'un autre côté, les créanciers de Cabousse et G'^ ont prêté leur appui à Michu au début de la deuxième campagne, en publiant, le 10 floréal, la lettre suivante:

« Les commissaires de la masse des créanciers Cabousse et C'*, à leurs concitoyens.

« La chute presque subite de quatre directeurs du Théâtredes-Arts, qui ont précédé le citoyen Michu; les pertes connues de celui-ci dans la dernière année théâtrale, ont encouragé les méchants à présenter les créanciers Cabousse et C'* comme les auteurs de leurs malheurs. Il leur importe donc de s'en justifier et ils vont le faire par l'organe de leurs commissaires.

« Lorsque les citoyens Cabousse et C'" assemblèrent leurs créanciers pour connaître l'état de leurs aifaires , ceux-ci crurent, d'après ce qui s'était passé, devoir accepter sa cession de l'entreprise en faveur des citoyens Bruno et Champagne.

« Ces derniers, loin de répondre à la confiance de la masse, firent tout leur possible pour la tourmenter. Non-seulement ils manquèrent à leurs engagements vis-à-vis d'elle, en ne payant point les loyers de la salle et des magasins, en ne s'acquittant point envers elle des sommes dont ils étaient convenus, mais encore ils ne payaient pas les artistes, et cependant les recettes qu'ils faisaient étaient abondantes.

« Deux changements de directeurs de cette entreprise opérés coup sur coup, sans que cette direction s'améliorât, firent sentir à la masse que ceux avec lesquels ils avaient traité se faisaient un jeu de cette affaire et qu'il était temps d'arrêter les coups

funestes qui allaient être portés à cette entreprise par une mauvaise direction, par l'intrigue et par la dilapidation des magasins.

« La masse poursuivit les premiers cessionnaires en résiliation du marché, et ils font obtenue par la voie des tribunaux.

« Rentrée dans ses droits, elle accueillit les propositions du citoyen Michu, dont les talents égalaient la probité, mais il ne fut pas heureux. Joint aux circonstances bien difficiles, il prenait l'entreprise à la suite de gens qui avaient trompé le public, il devait en ressentir les effets, et ils ne se sont, malheureusement pour lui, que trop réalisés; ses recettes n'étaient point, à beaucoup près, les mêmes que celles qu'avaient faites ses prédécesseurs.

« Le citoyen Michu, n'employant ni détours, ni subterfuge, mais se servant du langage de la vérité et de l'honnêteté, fit voir clairement aux créanciers que ses charges excédaient sa recette. Au lieu de trouver dans la masse des créanciers des hommes avides de la fortune du directeur, il y a trouvé des soutiens : les créanciers annulèrent d'abord leur vente en rétribution journalière ; ils lui ont fait ensuite la remise de moitié de leurs créances; il ne leur restait plus que leurs entrées.

« La masse des créanciers, touchée des pertes que le citoyen Michu faisait, malgré ses sacrifices et d'après la demande réitérée du citoyen Michu, fit faire, par ses commissaires, l'examen de ses livres. 11 en sortit la conviction que, malgré les peines du citoyen Michu et les moyens dont il s'est servi pour capter la bienveillance du public, en lui donnant autant de nouveautés qu'il était possible, en ajoutant à son spectacle tout l'éclat dont il était susceptible, les recettes nettes ont été bien inférieures aux dépenses ; qu'outre l'impôt du dixième sur les recettes au bénéfice des indigents qui le frappe directement, et non, comme on se l'imagine, le public, parce que plus on exige de lui pour ses plaisirs, plus il les retranche, le droit dos auteurs s'est élevé à près de 14,000 fr.

502 THÉAÏllE

« Les créanciers, bien convaincus, par le travail de ces commissaires, de la situation pénible du citoyen Michu, firent en sa faveur le dernier sacrifice qui leur était possible de faire, celui de leurs entrées, qui sont toutes réversibles cette année au profit particulier du citoyen Michu, et confièrent à leurs commissaires le soin de chercher tous les moyens d'économie possibles pour le soutien de Tentreprise. L'année suivante, ils auraient désiré que leur sacrifice eût été imité par une autre compagnie, afin d'alléger encore la charge du citoyen Michu, mais il est permis aux créanciers de parler du leur, puisqu'ils l'ont fait dans le désir de soutenir un spectacle digne d'une grande commune et conserver à sa tête un artiste estimable, mais aussi parce que ceux des citoyens qui pouvaient jouir d'entrée de faveur dans des circonstances moins malheureuses, sentiront qu'ils doivent concourir à soutenir un art qu'ils aiment et dont ils jouiront avec d'autant plus de plaisir, que le citoyen Michu a fait un choix d'artistes nouveaux, dont les talents réunis à ceux déjà connus formeront un ensemble dont cette ville n'a peut-être pas encore joui.

« Ceux qui, néanmoins, croiraient avoir le droit de reclamer leur entrée, voudront bien se présenter, du 11 au 15 du courant, au grand foyer du Théâtre-des-Arts, depuis midi jusqu'à deux heures, pour que les commissaires fassent droit à leur demande.

« Après avoir fait au public l'énumération des sacrifices qu'a faits la masse en faveur du citoyen Michu, l'avoir entretenu des pertes que ce dernier a éprouvées l'année dernière, il leur reste à donner l'aperçu des moyens qu'a le citoyen Michu cette année pour soutenir avec honneur l'entreprise du Théâtre-des- Arts. Ces moyens sont :

« Une réunion d'artistes bien connus par leurs talents ;

M Une meilleure composition de la troupe, quoique moins nombreuse que l'année dernière, par conséquent bien moins coûteuse ;

DKS ARTS. ;;03

« Une grande réduction dans les dépenses journalières ;

a L'anéantissement de Tabus des entrées gratuites;

« Une plus grande surveillance dans toutes les parties de Tadministration ;

« Une amélioration dans les recettes, indubitable par l'abandon qu'ont fait les créanciers de leur entrée.

« Voilà les moyens qui doivent mener à une réussite complète et donner toute confiance aux particuliers qui sont dans l'usage de prendre des abonnements ou des loges à l'année.

« Il nous reste à désirer en faveur du citoyen Michu que le public veuille bien concourir, par sa présence, au soutien de l'entreprise du Théâtre-des-Arts. »

Pour l'ouverlure, le 10 floréal an VIIJ, on a donné Adolphe et Clara ainsi que la Belle Arsè?ie. Michu, qui faisait sa rentrée dans le premier de ces ouvrages, a reçu le plus touchant accueil et l'hommage le plus flatteur ; quand le commandant du château a demandé h Adolphe s'il a fait des dettes, Michu, qui jouait ce rôle, a répondu : (( Oui ! j'en ai fait, mais je les paierai -toutes ! » Aussitôt le public, oubliant Adolphe pour ne voir que le directeur, l'a couvert d'applaudissements.

Dans la Belle Arsène, M"'* Decroix, mère dugazon, débutait par le rôle de la fée Aline. On n'avait pu réunir tous les nouveaux artistes dont le trop grand éloignenient différait l'arrivée. Aussi, pour ne pas retarder l'ouverture et pour faciliter les débuts, M^^^ Lahaye, première chanteuse, retirée depuis cinq ans du théâtre, avait consenti à remplir le rôle de la belle Arsène. « J'ose me flatter, « disait Michu dans l'annonce qu'il publia, que le public, « qui s'est si souvent montré indulgent envers moi, voudra (( bien avoir égard à la démarche de M"" Lahaye et se

« rappeler l'accueil qu'il faisait aux talents de cette ar- <! tiste. »

Les autres débuts de l'opéra se sont effectués ainsi :

Duramy, seconde haute-contre , Philippe, dans Félix, Alexis et Justine, Lodoïska et Philippe et Georgette.

Goyon, haute-contre qui antérieurement avait fait ses premiers essais à Rouen, a débuté dans V Opéra-Comique.

Narbonne, basse-taille, ex-artiste du Théâtre-Italien qui était venu en représentation à Rouen en 1796, dans Félix, V Amour filial, ou la Jambe de bois, Rose et Colas, Sylvain, Biaise et Babel.

Rousseau, laruette, dans la Maison isolée, la Fausse Magie,

Mme Decroix, ex-artiste du théâtre Montansier, mère dugazon, dans la Belle Arsène, Philippe et Georgette, etc.

Mlle Dugué, dugazon, dans la Mélomanie, VOpéra- Comique.

Mlle Biirger cadette, deuxième dugazon.

Artistes restant : Michu, Desfossés, Tanquerelle, Perceval, Saint-Fard, Lavioletle; M^es Burger l'aînée, Saint- Léger, Cartigny etGoujet (cette dernière jouait les rôles de duègne à caractères).

Les débuts de comédie ont été très-brillants :

Granger l'aîné, premier rôle, ex-artiste du Théâtre- Italien, a débuté dans la Femme jalouse, le Bourru bienfaisant, la Métromanie, le Glorieux, V Amant Bourru, le Philinte de Molière, le Dissipateur, Paméla et le Legs.

Picard, auteur du Collatéral, des Visitandines, etc., artiste de l'Odéon, comique de comédie pour les rôles saillants et légers, a débuté dans sa pièce le Collatéral, le Barbier de SéviUe, le Glorieux, le Legs, etc.

DES AÏUS. 505

Mi'« Desroziers, premier rôle, ex-artiste du Théâlredes-Arts de Rouen, artiste du théâtre de l'Odéon, qui, l'année précédente, était venue en représentation, a débuté dans la Femme jalouse^ le Glorieux^ etc.

Mi'e Molière, soubrette, artiste du théâtre de l'Odéon, a joué dans la Métromanie, les Folies amoureuses, le Dissipateur et le Collatéral, etc.

Hâtons-nous de dire que Picard, M>'e Desroziers et Mlle Molière ont été très-peu de temps attachés à la troupe de Rouen. Ils ont été pour ainsi dire en passage ; le théâtre parisien les a réclamés, à partir du 10 thermidor an VIII, jour où ils ont fait leurs adieux par Fénélon et VAmant bourru. Les deux actrices ont été remplacées par :

M™^ Duraesnil, ex-artiste du théâtre de la République à Rouen, premier rôle, débuts dans le Cercle, Claudine de Florian, les Fausses Confidences, etc.

Mlle Fleury, soubrette.

Mlle Landry, soubrette, qui n'avait paru sur aucun théâtre.

Mme Grassau, soubrette également.

Revenant aux débuts du mois de floréal, nous trouvons:

Folleville, deuxième premier rôle, début principal dans VAhhé de l'Epée.

Borme, financier, dans plusieurs grandes comédies.

Thénard, les valets.

Mlle Burger cadette, amoureuse.

Les artistes restant étaient :

Calland, comique, les grandes livrées, les Armand, les Préville,

Sidony, amoureux.

506 THÉATUK

Giandfils, grande lUililé.

M"*^ Letellier, jeune première.

Mlle Burger aînée, première diigazon, qui aborda dans la comédie les rôles de jeune première, pendant que de son côté Mme Decroix, mère dugazon, jouait par complaisance le rôle de I\I"»e Franval, la mère dans Y Abbé de L'Epéc.

Dans le courant de l'année, d'autres débuts se sont effectués ; le plus important est, sans contredit, celui d'Eugène, basse-taille, dans Sylvain de Sf/lvain, Charles de la Maison isolée, etc.; les autres se sont succédé ainsi: Suleau, Philippe, rôle d'Edouin dans Azémia ; Gouvion , haute-contre, dans Stratonice , etc., etc.; Mme Borme, première chanteuse, rôle de Lucelte de la Fausse Ma(jie; .11°"= Valérie, premier rôle, dans le rôle de Mme Dortigny de V Habitant de la Guadeloupe. Enfin, un amateur, qui n'avait paru sur aucun théâtre, a chanté avec quelques succès les grandes basse-taille.

C'est cette prodigalité de sujets qui a fait dire, à cette époque, que Michu ayant, comme il en faisait lui-même l'aveu, besoin d'économie dans son administration, aurait pu se dispenser de doubler et même de tripler la plupart des emplois. Diminuer les rouages d'une machine, c'est lui fournir les moyens d'aller plus vite et mieux.

LA POLITIQUE AU THÉÂTRE. — Dcux faits Seulement se rattachent à cet ordre d'idées pendant la période qui nous occupe. Le 25 messidor an VIII, Michu a donné, pour la fête du \k juillet, un grand bal paré et masqué, commençant à onze heures, après le spectacle qui du reste n'offrait rien de politique, puisque l'on jouait Paméla, Fanfan

et Colas, avec le Ballet des Sabotiers. — Un bal masqué au milieu de juillet ! le moment était bien choisi.

Pendant le spectacle, le public s'est montré très-enthousiaste; il a sanctionné par des applaudissements frénétiques les paroles de M^e JefTre adressées à Paraéla (M"«^ Desroziers) :

Votre simplicité naturelle et piquante,

Lorsque vous le voulez, devient très-éloquente ;

Vous parlez comme un ange, et puis, ma Paméla,

Votre figure encore ajoute à tout cela.

Vous n'avez rien en vous qui ne soit plein de charmes.

La critique est forcée à vous rendre les armes;

On ne peut sans plaisir vous entendre et vous voir,

Et vous seule avez l'air de ne pas le savoir.

M"* Desroziers a répondu avec modestie : Vous me faites rougir.

Les spectateurs habiles à saisir les allusions, — surtout le IZj juillet, — ont salué de leurs bravos les vers que voici :

Longtemps une aveugle puissance

Du fer de la justice égorgea l'innocence ; Quand on y réfléchit, on ne sait pas comment Nous avons pu souffrir un tel renversement. Aux talents, aux vertus on a livré la guerre, La sottise et la peur ont gouverné la terre ; Mais cet esprit féroce enfin s'est adouci, Le règne des bourreaux est passé, Dieu merci !

Le 6 vendémiaire an IX, première représentation d'un divertissement impromptu sur les préliminaires de la paix.

508 THÉATIŒ

REPRÉSENTATIONS EXTRAORDINAIRES. — Lgs iieuf demiers mois de la direclion Michu ont offert, à vrai dire, une série non interrompue de représentations extraordinaires. Sans revenir sur celles de Picard, de MH« Desroziers et de M"<" Molière, que l'affiche qualifiait de débuts, nous remarquons, dès la fin de floréal an VIH, la présence à Rouen de Juliet, laruelte, artiste du théâtre Feydeau de Paris, qi)i a représenté, dans plusieurs soirées successives. Germon, Grégoire, Gallicien et Ambroise, etc., etc., dans YA7nour filial, les Visifandines, Sophie et Moncars et Alexis, on V Erreur d'un bon Père, etc., etc.

Une des premières actrices du théâtre de l'Opéra de Paris, — comme l'annonçait l'affiche, — M™e Clairville, a donné au Théâtre-des-Arls, à plusieurs reprises, des représentations qui ont permis de jouer les grands ouvrages d'alors. Le l/i thermidor an YIII, elle a chanté le rôle de Didon dans le grand-opéra ou tragédie lyrique de ce nom. Des vers, par un artiste du Théàtre-des-Arts, ont été lus à sa louange à la fin du spectacle. Cette première chanteuse a paru dans les Prétendus, la Belle Arsène, Œdipe à Colonne, le Tableau parlant, V Amant jaloux, la Colonie, Zémire et Azor et la Caverne. Pendant son séjour, qui a duré jusqu'au 7 fructidor, une représentation à' Ariane dans Vile de Naxos a été organisée à son bénéfice. A un deuxième voyage, de la fin de vendémiaire à celle de brumaire an IX, M™e Clairville a chanté tous ces mêmes rôles et une nouvelle représentation à son bénéfice a été composée de :

1» Ariane dans Vile de Naxos ;

2» Zoraïme et Zulnar, de Boïeldieu.

3° Les Pommiers et le Moulin.

UES AUTS. 500

Dans la première pièce, la bénéficiaire chantait le rôle d'Ariane et dans la troisième celui de Rosette.

Le 22 fructidor an VIII, deux comiques, venus ensemble de Paris, Volanges et Thiémet, ont initié les Rouennais à un genre de spectacle divertissant peut-être, mais à coup sûr déplacé sur le premier théâtre d'une grande cité. Voici le répertoire que ces artistes exploitaient :

Le Sculpteur, ou la Fomnc comme il y en a peu, comédie en deux actes et en prose, de M"'^de Beaunoir. Volanges jouait Bécare.

Boniface et sa Famille, comédie en un acte. Volanges remplissait les cinq rôles composant la famille Boniface.

Arlequin bon père, comédie en un acte et en prose. Volanges jouait Arlequin.

V Intendant comédien, comédie en un acte et en prose. Volanges remplissait sept rôles.

Le Bon Ménage, comédie en un acte et en prose, de FJorian. Volanges représentait Arlequin.

Jérôme Pointu, comédie en un acte. Volanges jouait Jérôme.

Jeannot, ou les Battus paient l'amende, par Dorvigny. Volanges faisait Jeannot.

Les Calembourgs, ou Finot, ancien jJortier de M. de Bièvre, proverbe archi-bêle en un acte et en prose. Volanges jouait Finot.

On fait ce qu'on peut, comédie en un acte et en prose. Volanges y avait sept rôles.

Arlequin empereur dans la lune, comédie-folie en trois actes et à grand spectacle. Volanges représentait Arlequin.

Barogo, ou le Ramoneur prince, comédie en deux actes. Volanges remplissait le rôle de Barogo.

510 TIIKATRE

Les Fausses consuUations, comédie en un acie et en prose, par Dorvigny. Volanges y jouait trois rôles.

Quant à ïliiémet, — qui était déjà venu h Rouen en 1791, — il descendait encore plus bas dans la farce grotesque :

Les Moines gourmands, scènes épisodiques que Tliiéniet jouait seul en changeant huit fois de figure.

L'Embarras comique, proverbe de Thiémet dans lequel il remplissait cinq rôles, imitait différents instruments de musique, plusieurs acteurs de Paris et toute une assemblée départementale.

La Chasse, ou\e Moulin, scène de Thiémet, qu'il jouait seul et dans laquelle il imitait le bruit du moulin, la conversation du meunier et de sa femme, le chant des paysans, celui des coqs, le son des cors de près et de loin, l'aboiement des chiens, une meute, enfin tous les accessoires d'une chasse.

L'Etratiger, proverbe, par Carmonlel. Thiémet jouait l'étranger.

V Ambigu, proverbe à travestissements, de Thiémet, dans lequel il jouait cinq rôles.

Le Ramoneur, scène d'imitation à quatre voix.

Le Comédien de Société, comédie en un acte, de Thiémet, dans laquelle il avait sept rôles et imitait, entre autres choses, la machine de Marly.

V Arracheur de dents, scène à quatre voix.

Le Tondeur de Chiens, scène de paravent que Thiémet jouait seul.

Les Noncs babillardes, idem.

A toutes ces parades, il faut ajouter encore des scènes de veniriloquie dans lesquelles Thiémet jetait sa voix de

manière h ce qu'elle fût enlendue de trois endroits en même temps.

Les représentations de Volanges et Thiémet avaient lieu à la fin de l'an VIII ; il faut aller jusqu'aux derniers jours de nivôse an IX pour trouver de nouveau des artistes étrangers. Renard, artiste du grand théâtre de Bruxelles, est venu jouer le rôle d'Aranville de la Femme jaloui^e, qui appartient h l'emploi de grand raisonneur.

A la même époque, une troupe d'agilité, des danseurs de corde, des saltimbanques, ont monté sept fois sur le Théâtre-des-Arts et y ont exécuté des danses de caractère et différents tours de force. Un jour, ils ont travaillé au bénéfice de deux premiers sujets de la troupe, Manfredi et Angelo. Le 6 pluviôse an IX, ils ont donné la première représentation de la Bataille harbaresque et la Mascarade de Venise, pantomime en un acte; le spectacle comraeiiçail par la Servante maîtresse, opéra de Beaurans et de Pergolèze. Le lendemain, le Théâlre-des-Arts était fermé.

Nous avons réservé pour la fin une représentation extraordinaire d'un tout autre genre, qui suffirait k racheter toutes celles que nous trouvons peu convenables ; nous voulons parler de la représentation donnée le 10 messidor an VIII pour la fête de Pierre Corneille; elle a commencé h cinq heures et demie très-précises et a été composée de :

lo Adèle, ou les Métamorphoses, quatrième représentation ;

2o Pierre et Thomas Corneille, pièce anccdotique en un acte et en prose, par Picard ;

3o Le Menteur.

ol2 THÉÂTRE

La salle, ce soir-Ui, était éclairée en bougies (textuel) comme les jours de redoutes. A la suite de la comédie de circonstance, le buste de P. Corneille a été apporté sur le théâtre et y a été couronné. La municipalité en costume et des membres des autres autorités constituées qui assistaient au spectacle, ont salué le buste de notre immortel compatriote, rappelant ainsi l'hommage que le public rendait à l'auteur des Horaces, de Cinna, du Cid, lorsqu'il paraissait chargé de gloire et d'années à la Comédie- Française.

Dans la pièce anecdotique de Picard, Granger jouait le rôle de Pierre Corneille, FoUeville celui de son frère, M"»-' Molière celui du jeune Fontenelle et Sidoni celui de l'avocat Desraares. Quelque mauvais qu'ils soient, nous sommes heureux de pouvoir donner cinq couplets de cet impromptu :

Rodrigue sauve son pays

Après avoir vengé son père ;

Le vieil Horace arme ses fils,

Auguste dompte sa colère.

Ainsi dans tous les cœurs émus

L'honneur à sa voix se réveille ;

Ainsi de toutes les vertus

On prend des leçons dans Corneille.

Corneille naquit parmi vous Et fit honneur à sa pairie ; Il sut, bon père et bon époux, Joindre les vertus au génie.

Un souvenir tendre et touchant A son nom dans le cœur s'éveille ; Jetez donc un œil indulgent Sur la famille de Corneille.

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