TMÉATUE
L'Orphelin aïKjlak. La Surprise de l'Amour.
h' Orpheline. Tartufe.
Le Philosophe marie'. Tom Jones à Londres.
Le Préjugé à la mode. Les Trois Frères rirau.x.
Les Projets de Mariage. Turcarel.
Le Retour imprévu. Le Vieux Célibataire.
Le Sourd.
DRAME. — On a laissé à la scène : Béverley, le Devoir et la Nature, Eugénie, V Habitant de la Guadeloupe et Mélanie, et l'on a représenté, pour la première fois, en frimaire an IX, le Fils abandonné, drame en trois actes.
TRAGÉDIE. — Deux ouvrages seulement, Fénélon (reprise) et la 3Iort de Calas. A la reprise de celte dernière tragédie, Granger a joué le conseiller La Salle et Desroziers Jean Calas.
CONCERTS. — Trois fois le Théâtre-des-Arts a été ouvert, — le soir, — pour un grand concert vocal et instrumental: — le 2, le 5 et le 8 vendémiaire an IX.
Dans le même mois, on a entendu, entre les pièces, un concerto de violon de Wiotti , exécuté par le citoyen Berlin fds, âgé de neuf ans, dont les journaux de Paris avaient fait les plus grands éloges, — du moins l'affiche l'annonçait ainsi.
BALS. — On se rappelle que le 25 messidor an VIII {ik juillet 1800) it y a eu, à cause de la fête de ce jour, grand bal paré et masqué, commençant à onze heures du soir, après le spectacle. Un autre bal masqué a inauguré l'an IX, dans la soirée du fei- vendémiaire.
26 Frimaire an IX (17 décembre 1800), redoute ou
DES AHTS. 5-2!)
bal paré après le spectacle ; au contraire, le samedi 6 nivôse même année (27 décembre), un bal paré commençait à six heures du soir pour finir à dix heures. — Le mardi 16 du même mois (6 janvier 1801), jour des Rois, grand bal paré et masqué après le spectacle.
Trois autres bals masqués ont encore été offerts au public, les dimanches 21 et 28 nivôse, et le dimanche 5 pluviôse (11, 18 et 25 janvier); ils ont été peu suivis.
INCIDENTS
Une pétition, datée du 12 frimaire an IX, adressée au maire de Rouen, renferme des détails trop curieux pour songer à la tronquer. Nous transcrivons donc l'autographe lui-même, mot pour mot :
<t Aux citoyens maire et adjoints de la ville de Rouen,
« Expose Louis Micliu, directeur du Théâtre-des-Arts à Rouen,
« Que les commissaires de police ont dressé plusieurs fois des procès-verbaux contre lui, parce que son spectacle s'était prolongé au-delà de neuf heures. Ils l'ont traduit à la police correctionnelle pour le faire condamner aux peines portées par le règlement.
« Cette loi, faite avant la Révolution , ne peut aujourd'hui recevoir son exécution sans opérer la ruine de l'exposant et la chute du théâtre.
« Les temps opèrent des changements. Sous Henry IV, un règlement de police voulait que les spectacles fussent ouverts à deux heureset fei'més à cinq. Bientôt on ordonna qu'ils ouvriraient à cinq et fermeraient à neuf. La Révolution a changé
nos usages avec nos mœurs : ce qui était bon il y a dix ans est aujourd'hui impraticable.
« Le magistrat siège jusqu'à trois heures et plus, Tadministrateur travaille jusqu'à quatre heures, les commis sortent des bureaux à la même heure, la Bourse à raidi est déserte : c'est à trois heures que les négociants s'y rassemblent pour traiter.
« On se met à table de quatre à cinq heures et c'est enfin de six à sept heures du soir que l'homme, dégagé des travaux, ayant satisfait aux besoins physiques, dispose de quelques heures qu'il consacre au délassement. Obliger le directeur de suivre à la lettre le règlement invoqué, c'est expulser du théâtre la seule classe qui le fréquente; elle serait privée de la partie la plus intéressante du spectacle en ne pouvant arriver au commencement ; il lui deviendrait inutile en finissant trop tôt, parce qu'il ne remplirait plus l'espace qu'il a réservé pour ses plaisirs. Bientôt les hommes formeraient des sociétés particulières; les arts, le goiit, déjà resserrés parmi un très-petit nombre d'hommes, perdraient encore parce qu'il n'y aurait pas le même rassemblement.
« Ces vérités générales ont été saisies et senties dans la capitale ; le préfet de police a ordonné que les spectacles fermeraient à dix heures du soir.
« A ces considérations l'exposant en a de personnelles, il a fait de grands sacrifices, ils sont connus de toute la cité; il a des créanciers, des pensionnaires qu'il faut solder; pour provoquer le public à l'honorer de sa présence, il faut qu'il se conforme à ses usages, qu'il saisisse l'heure où il est libre et qu'il remplisse le temps qu'il donne à ses plaisirs. Les circonstances malheureuses, la stagnation des affaires et du commerce éloignent le plus grand nombre, ce n'est qu'en offrant souvent dans un même cadre la réunion de plusieurs talents et en piquant la curiosité par la multitude des objets qu'il parvient à ramasser quelques spectateurs, mais tout cela ne peut se renfermer dans l'espace marqué par le règlement. La construction
DES ARTS. n-27
même de la salle olïre de son côté des difficultés ; le théâtre n'a point d'enfoncement, tous les changements de décorations se font à force de bras, ce qui prend un temps beaucoup plus long que lorsqu'il est possible de se servir de machines. A tous ces motifs, l'exposant en ajoutera un autre bien puissant pour des magistrats toujours occupés du bonheur et du soulagement de leurs concitoyens : Les hospices retirent un produit du spectacle; il est intéressant pour ces établissements, dont la fortune et les ressources ont éprouvé des pertes, qu'il s'élève au taux le plus élevé. Reporter l'ouverture et la fermeture du spectacle à des heures qui ne marchent plus avec les habitudes des spectateurs, c'est priver le directeur de toute recette.
« Dans cet état, l'exposant a l'honneur de vous donner la présente, à ce qu'il vous plaise, citoyens, prendre une délibération qui fixera le moment de la fermeture du spectacle à dix heures du soir, et vous lui rendrez justice.
« Louis Michu, directeur du Théâlre-des-Aris. »
Voici presque textuellement la réponse qui a été faite au pétitionnaire : « Commencez à six heures précises, <( finissez à neuf heures et demie ; on tolérera jusqu'à (( dix heures; passé cette heure, il sera verbalisé contre « vous. »
Du reste, la municipalité rouennaise ne faisait qu'imiter ce qui se faisait à Paris. En effet, vers le milieu du mois de vendémiaire an VIII, un arrêté de police avait enjoint aux directeurs des théâtres de la capiîale de finir leurs spectacles à neuf heures et demie.
Il n'est pas dans les fastes des théâtres de Rouen d'événement plus malheureux ni plus tragique que celui par lequel nous terminerons.
Dès le mois de lliermidor an VII, c'est-à-dire au milieu de la première année de la direction Michu. l'agent des auteurs dramatiques à Rouen, P. Périaux, écrivait à l'agent général de Paris que les affaires du directeur du Théâtre-des-Arts étaient loin d'être florissantes. «Dans « le moment actuel, il lui est impossible d'ajouter aucun 'i instrument à son orchestre, à l'exception d'une basse; " d'autre part, les auteurs feront un acte de justice en (( diminuant les rétributions. x^Ialgré les efforts du citoyen (f Michu, il est certain qu'il y a des jours où il ne fait pas (( pour les droits d'auteurs. »
Le 24 vendémiaire an VIII, P. Périaux écrivait: a Le « citoyen Michu, brave et digne homme, ne fait le plus « souvent pas pour les frais, malgré le mal qu'il se donne, « pour soutenir son spectacle. » Des bals, des fêtes, des concerts, des sauteurs, des danseurs de corde, disséminés dans tous les coins de la ville, faisaient un tort irréparable au théâtre.
Les divers prospectus, publiés par Michu au commencement de la seconde campagne, ne dissimulaient pas d'ailleurs que son entreprise périclitait.
On se rappelle que dans Adolphe et Clara, le directeur, mêlant sa personnalité à la fiction de son rôle, avait pris l'engagement solennel de payer toutes ses dettes.
Pour y parvenir, il n'est rien qu'il n'ait fait; nous avons vu qu'il engagea plusieurs acteurs du plus grand talent et qu'il organisa un grand nombre de représentations vraiment attrayantes.
Michu a succombé dans la lutte, et le 7 pluviôse il a disparu, laissant sa famille, ses amis et ses pensionnaires dans la désolation. — Pendant un mois, des suppositions
DtS ARTS. 520
de toute nature furent faites sur son compte, mais on acquit la certitude qu'il avait mis fin à ses jours en retrouvant, le 8 ventôse, son cadavre dans les eaux du fleuve, à la hauteur du Grand-Cours.
Avant d'accomplir son funeste projet, l'infortuné directeur avait pris soin d'éloigner ses amis. Parti de chez lui avec eux pour déposer un bilan de 20,000 fr. de déficit, il leur avait dit tout-à-coup : «Allez devant, j'ai oublié quelque chose. » Il ne revint pas.
Ainsi le favori de Marie-Antoinette, l'idole de Paris, a voulu régénérer le théâtre de Rouen ; il s'est trompé d'époque et, contre un déficit de 20,000 fr., n'a trouvé d'autre refuge que la mort. Que les temps et les hommes sont changés ! ! I