‹ Histoire critique de la grande enterprise de Christophe Colomb, comment il aurait conçu et formé son projet, sa présentation a différentes cours, son acceptation finale, sa mise a exécution, - son véritable caractèreChapitre 111 sur 127 · C. — Veçano (Juan · texte numérisé non relu

C. — Veçano (Juan

T. — Vizcaino (Juan Ferez de), calfat. Dép. de Cristobal Cerczo, Séville,

15 déc. 1535.

T. — Xerez (Juan de), de Palos. Témoignage de Juan Rodriguez, San-Sal-

vador (Cuba), 16 fév. 1514, de Juan de Escalante. Pleilos, Vol. II,

J. — Xerez (Rodrigo de), de Ayamonte. Journal de bord, 2 nov. 1492.

On va donner ici une liste critique de toutes les cartes ou sphères que mentionnent les documents du temps comme ayant été faites par Colomb, ou qui lui ont été attribuées depuis.

1. 1480-1482. — Sphère que Colomb aurait envoyée à Toscanelli vers 1480.

Colomb, ayant appris que Toscanelli s'était occupé de la route des Indes par l'ouest, aurait écrit à ce savant, à l'époque où il méditait ce dessein, et lui aurait envoyé une sphère explicative de son projet (1). D'après Las Casas et Fernand Colomb, qui seuls rapportent ce fait, ce serait avec sa première communication à Toscanelli que Colomb lui aurait fait cet envoi. Cependant, dans la réponse attribuée à cet astronome, il n'est pas question de sphère reçue ; au contraire c'est lui qui envoie une carte indiquant précisément ce que la sphère en question, à laquelle il n'est fait aucune allusion, avait pour objet de montrer (2). Il est clair que si cet envoi a eu lieu, et si la sphère, ainsi envoyée, était l'œuvre de Colomb, notre Génois était réellement un cosmographe et un cartographe instruit ; mais, outre que la teneur de la réponse attribuée à Toscanelli donne lieu de douter de l'existence de cette sphère, on sait qu'il y a de nombreuses raisons

(1) Las Casas, Liv. I, ch. XII, Vol. I, p. 92. Les Historié disent la même chose et ajoutent que la sphère était petite ; e gli rnando nna picciola sfera,. (Gh. VII, fol. 15, vei'so.) Pour la date à laquelle cette correspondance aurait eu lieu, voyez la première de ces Nouvelles Etudes, Vol. I, p. 107.

(2) Voyez les différents textes des deux lettres à Colomb attribuées à Toscanelli, dans notre ouvrage : La lettre et la carte de Toscanelli, pp. 282 et 307. Ces documents sont reproduits dans cet appendice.

de croire que Colomb n'a jamais été en rapport avec le célèbre astronome florentin.

2. 1492.— Carte de la mer Océane et de certaines îles, dont Colomb fit usage dans son premier voyage.

C'est la carte sur laquelle Colomb et Pinzon conférèrent ensemble avec anxiété, en septembre 1492, alors qu'ils étaient à environ 500 lieues des Canaries (3), et que Las Casas, qui l'eut entre les mains, croit être celle même que Toscanelli aurait envoyée à Colomb (4). Elle est généralement attribuée à Colomb parce que le Journal de bord semble dire que c'est lui qui l'a faite. Mais nous n'avons pas la phrase même où Colomb parle de cette carte, car Las Casas, qui a résumé son Journal, ne nous en donne ici que le sens qui n'est pas très clair et qui peut vouloir dire que la carte appartenait à Colomb, et non que c'est lui qui en était l'auteur (5). Navarrete et Harrisse ont jugé que c'est dans ce dernier sens qu'il faut entendre la phrase (6) et nous avions aussi pensé de même (7) ; mais un examen plus attentif des textes nous a convaincu que c'est l'autre interprétation qui doit prévaloir. En effet, si Las Casas, qui a résumé et interprété le texte original du Journal de Colomb, y avait vu que celui-ci se donnait pour être l'auteur de cette carte, il n'aurait pas affirmé, comme il le fait, qu'elle venait de Toscanelli. On

(3) Voyez le Journal de bord de Colomb sous les dates du IS au 25 septembre 1492.

(4) Esta caria es la que envia Paulo fisico cl florenlin, la ciial yo tengo en mi poder. (Las Casas, Liv. I, ch. XXXVIII, Vol. I, p. 279.)

(5) Yva hablando el Almirante con Martin Alonso Pinçon, capilan de la otra caravela Pinta, sobre una caria que le hahia enviado Ires dias avia à la caravela, donde, segund parece, ténia pintadas el Almirante ciertas yslas por aqaella mar... Faut-il comprendre : « Une carte sur laquelle il paraît que l'amiral avait peint certaines îles », ou : « une carte de l'amiral, où il paraît qu'étaient peintes certaines îles» ?(Journal, 25 sept. Scritti, Vol.I, p. 10, in Raccolta). Voyez sur les diverses traductions données de cette phrase la note 198 à notre Toscanelli, p. 210.

(6) Esta caria delineada por el Almirante, dit Navarrbte ( T7agres, Vol. I, p. 13, note); It contained, écrit Harrisse, Oceanic Islands depicled by Colombus himself. (The Discovery of North America, p. 400.)

(7) Dans notre Toscanelli, ch. Il, Le routier de Colomb, p. 206.

CARTES ET SPHERES ATTRIBUEES A COLOMB OJo

ne peut donc chercher dans la phrase par laquelle Tévêque de Chiapas s'est efforcé de rendre la pensée de Colomb sur cette carte, une opinion contraire à celle qu'il en a lui-même, ce qui serait le cas, si on entendait celte phrase comme le font Navarrete et Harrisse,

Une autre observation confirme cette manière de voir. Si nous ouvrons le Journal de bord nous voyons que les 17, 18 et 19 septembre, la flottille de Colomb se croyait près de certaines îles qu'on ne voyait pas cependant ; que le 22 Colomb fait passer la carte en question à Pinzon, évidemment pour s'assurer si on ne se trompait pas dans cette appréciation; que le 25 Colomb et Pinzon confèrent sur la position des îles qu'indiquait cette carte et que le résultat de cette conférence fut que leurs navires étaient à l'endroit même où ces îles devaient se trouver et qu'il était surprenant qu'on ne les vît point. Colomb était tellement persuadé de l'existence de ces îles dans ces parages, qu'il dit à Pinzon que les courants avaient dû les entraîner hors de leur direction, ou que peut-être on n'avait pas fait autant de chemin que les pilotes le croyaient, et il se fit renvoyer la carte pour refaire lui-même le point (8). Est-ce que tout cela ne montre pas clairement que la carte qui faisait l'objet de cette délibération était un document dans lequel Colomb et Pinzon avaient toute confiance, mais qui ne venait ni de l'un ni de l'autre ?

Nous pouvons donc conclure que cette carte n'était pas de Colomb, comme un texte équivoque l'a donné à penser à bien des auteurs. Ajoutons, sans nous arrêter ici sur ce point, qui est traité dans un autre chapitre, qu'elle n'était pas non plus de Toscanelli, comme Las Casas le croyait, bien qu'il n'en fût pas certain, et que, pour nous, ce document anonyme était la carte dont les indications avaient déterminé l'entreprise de Colomb, celle où étaient portées les îles que Colomb et Pinzon allèrent cher-

(8) Voyez le Journal di Colomb aux dales indiquées, particulièrement à celle du 25, et, pour le récit de Las Casas, son chapitre XXXVIII, livre I, Vol. I, p. 278-279. où il rapporte que Pinzon disait qu'il était surpris de ne pas voir les tles : decia Martin Alonso que se mara.villa.ba. como no parecia; et que Colomb lui répondit qu'il l'était également :respondta Cristoval Colonque ansi le parecia tambien à él.

cher et qu'ils s'étonnèrent si fort de ne pas trouver à l'eadroit où elles étaient indiquées.

3. 1493. — Carte marioe de la mer Océane et des terres premièrement découvertes par Colomb.

C'est celle dont parle Colomb dans sa lettre aux Rois Catholiques qui sert de prologue au Journal de bord de son premier voyage, lettre dont il a été cité plusieurs passages au cours de cet ouvrage.

Colomb devait faire cette carte avec le plus grand soin, de manière à ce qu'on vît « dans leurs positions propres et sous le vent » — en sus proprios lugares, dehaxo su vienlo — toutes les terres de la mer Océane, et elle devait être accompagnée d'un lihro ou journal complétant ces indications fO).

On a vu que Colomb écrivit ce livre, mais qu'il n'y a aucune certitude qu'il ait fait la carte. Nous voyons, en effet, les souverains la lui demander avec insistance (10) sans que rien n'indique qu'elle ait été livrée. Gelcich se demande si la résistance de Colomb à répondre au désir des Rois Catholiques ne venait pas de la crainte que les souverains eux-mêmes n'abusassent des indications qu'il donnerait ainsi en les communiquant à d'autres (11). Mais ces indications ne pouvaient avoir pour Isabelle et Ferdinand qu'une valeur scientifique. Au point de vue pratique elles n'en avaient guère, puisque plus de cent personnes avaient pris part à l'expé-

(9) Voyez le Journal de Colomb, p. 3 des Scrifti, dans la RaccoUa. Colomhiana.

(10) Ils la lui demandent par trois fois : Le 4 août 1433 (Coleccion de dociijnenlos ineditos de Indias, Vol. XXX, p. 196), le 5 septembre même année, par deux lettres, l'une de la Heine, l'autre des deux souverains. (Navar- BETE, Vol. II, n°s LX et LXI, pp. 107 et 109.)

(ll)«Que Colomb n'ait pas eu confiance même dans Isabelle,sa protectrice, « cela ne nous étonnerait aucunement. Les Antilles n'étaient pas encore « entièrement découvertes, et Colomb était à peine engagé dans son second « voyage que déjà l'on violait les articles du pacte do Grenade... De là ses <•< soins de tenir cachés les résultats des second, troisième et quatrième « voyages ; de là son peu de disposition à présenter aux souverains la carte « géographique des pays découverts : da qui la poca vocflia di presentare ai « regnanti la cartageografica dei paesi scoperli. (Gklcich, La scoperla, p. 68.) Dans son texte allemand, Gelcich dit la même chose. Voyez op. cit., p. 299^

diliou et qu'il en était revenu une soixantaine ou plus, dont le plus grand nombre étaient des pilotes et des marins qui savaient où se I rouvaient les îles découvertes et qui n'avaient pas besoin de Colomb pour y retourner. Les trois frères Pinzon et tout l'équipage de la Pinta étaient dans ce cas. Ce n'est donc pas pour garder un secret, qui n'en était plus un, que Colomb ajournait toujours l'envoi de la carte et des indications de latitude qu'on ne cessait de lui demander, et la supposition de Breusing, que c'était parce qu'il ne pouvait la faire, conserve toute sa valeur (1 2). En tous cas personne n'a jamais vu cette carte, pas même Las Casas, qui eut à sa disposition tous les papiers de Colomb, y compris son Journal de bord dont cette carte devait être le complément nécessaire. Il semble que, si une pièce de cette importance avait existé, l'historiographe de Colomb en aurait eu connaissance et qu'il n'aurait pas manqué de la mentionner tout au moins.

4. 1493. — Carte de la côte septentrionale de l'ile Espagnole (Haïti), des archives de la maison d'Albe.

Cette carte, qui fait partie d'un cahier de pièces manuscrites, venant vraisemblablement de Colomb, achetées il y a huit ou dix ans par la duchesse d'Albe, et publiée par elle, n'a d'intérêt que par l'origine qu'on lui attribue (13).

C'est un croquis à la plume, assez grossièrement fait, de la côte nord d'Haïti. Six noms seulement v sont inscrits. Ce sont

(12) Hari'isse a aussi émis l'opinion que c'est intentionnellement que Colomb retenait les indications qu'on lui demandait : The omission lo stale the degrees of latilui and lonjitud was evidently voliintary (The Discovery , p. 402). A l'appui de cette manière de voir tiarrisse cite la phrase de la lettre des Rois Catholiques, citée plus haut, disant que s'il le désirait on ne montrerait sa carte à personne. C'est en dernier lieu qu'on lui tint ce langag^e. Les Rois Catholiques qui ne devaient pas s'expliquer la résistance passive de Colomb à leur demande ont pu supposer que c'était cette crainte qui le retenait.

(13) La duchesse d'Albe; en adonné un fac-similé dans son volume: Niievos aalocfrafos de Cristobal Colon (Madrid, 1902, petit in-fol.), avec cette inscription au-dessous : De mano de Colon, 1492. M. Thacher qui a reproduit la pièce dans son Colnmbas, Vol. III, p. 89, ne doute pas de son authenticité et la date du mois de janvier 1493. [Ibid., p. 90.)

les suivants, donnés par Colomb lui-même, pendant les premiers jours de sa navigation le long de cette côte: La Spanola, inscrit au milieu de la carte, Civao, tout à fait à l'ouest, Monte Cristi, Natividad, Torluga et San Nicolao, sur le littoral, dans la direction de Test à l'ouest.

La seule raison qu'il y ait de croire que cette carte a été dessinée par Colomb est qu'elle faisait partie de pièces qui se rapportent à son premier voyage et qui semblent venir de lui (14). Mais à cette raison unique, on peut en opposer au moins une autre qui est tout aussi valable. C'est l'absence sur cette carte de tout autre inscription que celle des six noms mentionnés. Pourquoi Colomb, si c'est lui qui a fait ce croquis, omet-il les autres noms qu'il a donnés pendant cette même exploration? Pourquoi, par exemple, n'a-t-il pas inscrit sur ia carte le Puerto de la Conception, où il séjourna plusieurs jours et qui lui servit pour ainsi dire de base d'opérations pendant cette partie de sa reconnaissance du littoral haïtien? Cette exclusion ne se comprend guère. Pour(|uoi aussi écrit-il Natividad, alors que partout ailleurs il écrit Navidad?

Ces objections, assurément, ne sont pas concluantes ; mais les raisons que l'on avance pour attribuer cette carte à Colomb ne le sont pas non plus. A peine oserait-on dire qu'il y a quelque probabilité qu'elle vient de lui. En tous cas elle n'est pas de celles qui pourraient faire honneur à son auteur; c'est une carte insignifiante.

5. 1493— Carte de 1 île Espagnole, ajoutée à l'exemplaire desŒuvres de Pierre Martyr, édition de 1511, appartenant à la (lolombine de Séville (15).

C'est une carte manuscrite sur parchemin qui représente, tracées à la plume, les premières localités colonisées de l'île Espagnole, et où figurent, dit l'auteur du Catalogue de la Colombine,

(14) M.Thachcr en a trouvé une autre : la forme particulière de la lettre r dans le mot Montecristi, le seul où elle fij^urc, sur cette carte, car dans le mot Tortuga elle n'est pas distincte.

(15) P. Martyris ab Angleria Mediolanensis Opéra. Legalio habilonica, Occeana decas. Poemala... Séville, 1511 (P. Martyr d'Anghcra, Milanais. Œuvres. Ambassade à Babylone. Décade Océanique. Poèmes). La carie est à

les trois caravelles sur lesquelles s'embarquèrent les découvreurs des Indes avec Colomb, à la plume duquel, ajoule-t-il, on a attribué depuis longtemps ce curieux et si intéressant document (16).

Avant M. Simon de La Rosa, M. Harrisse avait dit que cette carte semblait avoir été tracée par la main de Colomb ; mais mieux avisé, il s'était corrigé plus tard (17). On ne voit, en effet, aucune raison pour avancer celle supposition, si ce n'est que la carte est évidemment de l'époque même, et que le volume où on l'a insérée, vient de quelque membre de la famille de Colomb, de Barthélémy probablement, puisque Fernand, en le cataloguant, n'indique pas, comme il le fait pour les autres ouvrages, le lieu et le prix d'achat. Mais celte parlicularité, qui donnerait plulôL lieu de croire que l'auleur de la carte est Barthélémy, ne suffit certainement pas pour l'attribuer à Colomb, et, comme Fernand Colomb ne la mentionne pas (18), bien qu'elle soit reliée avec le volume où on la trouve, on est fondé à dire qu'il ne Tattribuail pas lui-même à son père ou à son oncle. M. d'Albertis qui a donné un dessin de cette carte admet qu'elle date des premières années du xvi^ siècle, mais ne croit, ni qu'elle

la fin. Fernand Colomb a catalogué le volume avec une note dans son Registrum sous le n" 2018. Voyez le fac-similé du Catalogue of the Library of Ferdinand Colombus, pai- Archer M. Huntinuton, New- York, 1905, in- fol.

(16).., Encuentrase unida al voliimen por el fin una caria geografica en pergamino, défigura apaisada, en la que eslan dihujadas las primeras pohlaciones de la Isla Espafiota y las Ires carahelas en que se embarcaron los descubridores de las Indias cou el Aliniranle D. Crislobal Colon, :i cuya pluma se atribuye desde antiguos tiempos tan curioso coma interesante documenlo, Simon de la Rosa y Lopez, Bibliotheca Golombina. Catalogo, Vol. I, pp. 112-113. Voyez aussi p. 54.

(17) C'est au n" 41, p. 56 de sa Bibliotheca Americana Vetuslissima. Addi- <tons,que M. Harrisse a dit que cette carte « seems ta be in the hand writing of Christopher Columbus »;mais dans l' Introduction de ce même volume, il dit: Which seems lo us lobe the work of Bartholomew Columbus (p. XIII). Dans sa Discovery of North America, p. 433, il catalogue la carte sous la date de 1503 et dit qu'elle pourrait êtie un fragment d'une grande carte des Antilles, mais ne parle pas de celui qui l'aurait faite.

(18) Voyez aux n" 2017 et 2018 du Registrum dans l'édition fac-similé, citée ci-dessus.

soit de Colomb, ni même que les trois caravelles qui y sont dessinées représentent la Santa-Maria, la Pinta et la Nina (19).

6. 1493. —L'esquisse à la plume des premières Antilles découvertes,

dans rédition illustrée de la première lettre de Colomb 1493 (20).

Cette esquisse qui forme la iv" planche de cette rare édition latine de la lettre par laquelle Colomb fit connaître sa découverte, représente assez grossièrement les quatre premières îles ainsi trouvées : San-Salvador, Santa-Maria de Concepcion, Fernandina et Isabela, plus la sixième : la EspaTiola.

Bossi est le premier, croyons-nous, qui ait avancé l'hypothèse que ce dessin ou carte était de Colomb (21). Mais les raisons sur lesquelles il s'appuie pour soutenir cette opinion sont précisément celles qui ne permettent pas de l'accepter. Selon Bossi, malgré la négligence de ce dessin, on y remarque l'exactitude dans la position des lieux, et il en donne pour preuve que « Saint-Domingue [La Espaiîola] est parfaitement placée relati- « vement aux îles qui l'entourent et surtout à l'île de Cuba », ce que personne, ajoute-t-il, « n'aurait été en état d'exécuter à « Rome, et que Colomb, ou du moins quelques géographes qui

(19) Non credo che chi disecjno quel tre bastimcnti abbia inteso raffignrare la Santa Maria, la Nina e la Pinta : « Je ne crois pas que celui qui dessina ces trois bâtiments ait eu l'intention de représenter la Santa-Maria, la A^ina et la Pinta »... Se taie caria non è opéra di Colombo, puossi ritenere perô quale lavoro eseguito nei primi anni del XVI secolo... « Pi cette carte n'est pas de Colomb, on peut toutefois l'admettre comme étant un travail exécuté dans les premières années du xvi' siècle. » (D'Aldertis, Le construzioni navale e PArle délia navirjazioni... In Raccolla, pp. 6S et 69.)

(20) Begnum hyspanie. De Insiilis inventis.Epistola Cristoferi Colom... 8», 10 feuillets.

Cette édition latine de la lettre de Colomb à Sanchez ne porte aucune indication de lieu et de date, mais elle a été sûrement imprimée en 1493 et probablement k Bâle, Elle est illustrée de huit bois. On n'en connaît qu'un seul exemplaire (Bibliothèque Lenox, à NeAV-York', dont il y a une reproduction, fac-similé, avec traduction anp;laise faite par les soins de cette Bibliothèque: The Lelter of Colonihas. New-York, 1892, in-12 et in-8°.

(21) « Les ligures qui l'accompagnent (cette édition) ont probablem.ent été « dessinées par Colomb lui-même dans l'original espagnol.» (Bossi, Histoire de Clirisloplie Colomb, p. 211.)

« l'auraient accompagné dans son expédition, auraient été seuls « capables de faire (.22) ».

Dans ce dessin, en eiïel, Ilyspana est placée à l'est de Fernandina et à peu près sur le même parallèle, comme elle doit l'être relativement à Cuba ; mais Fernandina n'est pas Cuba, car ce nom n'a été donné à la perle des Antilles qu'en 1514. En 1493, date de cette lettre de Colomb, Fernandina était la troisième île qu'il avait découverte et elle se trouvait au nord-ouest de l'île Espagnole (23). Les autres îles ne sont pas mieux placées. Colomb les découvrit en faisant voile de San-Salvador, dans la direction de l'ouest et du sud, tandis que sur cette prétendue carte de leur découvreur, Isahela, Hyspana et Fernandina sont placées au nord de San-Salvador, Il faut encore remarquer que dans ce dessin la cinquième et la plus grande des îles découvertes par Colomb à ce mémorable voyage, Cuba, qu'il appela Jiiana, manque complètement.

Si ignorant qu'on suppose Colomb, comme cartographe, il n'aurait pas commis des erreurs aussi nombreuses et aussi grossières. Il n'aurait pas manqué, en tous cas, de faire figurer sur sa carte la plus importante de ses découvertes : Cuba, qu'il prenait pour une partie du littoral asiatique. Enfin, il n'aurait pas écrit .^î/spana, orthographe qu'on ne retrouve nulle part sous sa plume.

7. 1498. — Carte du Golfe de Paria et des îles voisines dont parle Colomb dans sa relation de son troisième voyage.

Dans cette relation adressée d'Haïti en 1498 aux Rois Catholiques, Colomb fait le récit de sa découverte du Golfe de Paria et renvoie les souverains à la carte de la région qu'il leur envoie

(22) Ibid. Bossi voit une autre preuve que ces dessins sont de Colomb dans le fait que, si l'on n'avait pas eu l'intention de les reproduire, tels que les donnaient les originaux reçus d'Espagne, ils auraient été mieux exécutés. (Op. cit., p. 212.)

(23) Il y a quelques doutes sur la véritable identification de Fernandina; mais que ce soit Long Island, Saometa, la Grande Inaque ou tout autre, sa situation relativement à Espanola reste la même.

avec son récit : lapintui-a de lo que con esta les envio (24), mais à la fia de la lettre, parlant de l'exploration des lieux que son frère l'Adelantado doit faire, Colomb dit aux souverains qu'il leur enverra le récit de cette exploration, ainsi que la pintura de la région (25).

Il n'est donc pas certain que cette carte ait accompagné la lettre dont il est ici question, mais il n'est pas douteux qu'elle a existé et qu'elle a été envoyée, puisque Las Casas et Bernardo de Ibarra, qui était le secrétaire de Colomb pendant ce voyage, témoignent du fait et disent ce qu'était cette carte. Colomb, écrit le premier, « envoya aussi aux rois la peinture ou figure de la « terre qu'il avait découverte avec les îles adjacentes distincte- « ment marquées » (26). «11 envoya, dit le second, une carte ma- « rine indiquant les directions et les vents par lesquels il était « allé à Paria » (27).

Nous avons, en outre, le témoignage de Ojeda et de Morales qui disent avoir vu la carte de la région découverte que l'amiral envoya dans le temps aux souverains (28). Ces témoignages sont concluants ; mais s'ils prouvent l'existence d'une carte des découvertes de Colomb dans la région de Paria, ils ne prouvent pas

(24) GoLOMii.La ysloria del vinge quel almirante... Lettre aux Rois Catholiques, li9ii.{Scrilli, Vol. II, p. 34, in flaccoifa ; N-warrutte, Viages,Yol. I, p. 253.)

(25) Yoenviaré à Vueslras Altezas esta escriptura y la pintura de la tierra (Même lettre, Scrilti, II, p. 40 ; Navarrete, Vol. I, p. 264.) Le mot pintura peut avoir quelquefois le sens de € description », mais, comme dans le passage ci-dessus, Colomb fait usagedes deux expressions escriptura et pintura, il n"y a pas de doute que la dernière est prise dans le sens de carte. Las Casas, dans les lignes citées plus loin, confirme cette interprétation.

(26) Envia tambien à los Reyes la pintura ù figura de la tierra que dejaba descubierla, con las islas dislintas que cerca estaban. (Las Casas^ Liv. I, ch. CLVII, Vol. Il, p. 353.)

(27; El Almirante escrivya al Rey e Reina... e les enbiu senalado con la dicha caria en una carta de marear los rumbos é vienlos por donde avian llegado à la Paria. (Déposition de Bernardo de Ibarra, Piet7os de Colon, Vol. I, p. 140; Navarrete, Vol. III, p. 586.)

(28) Viô... la figura quel dicho alinyrante al dicho tiempo envio a Castilla (Déposition de Alonso de Ojôda. Pleitos de Colon, Vol. I, p. 204.) Vido una carta de marear quel dicho Almirante fizo en que puso à Paria. (Déposition de Francesco Morales, Pleilos, Vol. I, p. 422.)

que celte carte était de Colomb lui-même. Il était d'usage, à cette époque, d'embarquer avec chaque expédition un astrologue, comme on disait alors, qui, sous la direction du chef de l'expédition, déterminait la position des lieux découverts ou explorés et en dressait la carte. Si les choses se passèrent ainsi pour le troisième voyage de Colomb, il est possible que la carte dont il est tant question fût l'œuvre de l'astrologue ou du cosmographe de l'expédition. Une particularité révélée par l'un de ceux qui déposèrent dans l'enquête dont nous avons déjà cité plusieurs témoignages confirme cette supposition, en montrant que Colom.b n'était pas alors en état de faire cette carte, Andres de Corral dépose, en effet, que le Découvreur ne put débarquer lui-même à Paria pour remplir la formalité de la prise de possession, parce qu'il avait mal aux yeux : porque estaba malo de los ojos (29), et un autre témoin, Ibarra, dit que c'est lui qui écrivit la lettre de Colomb aux Rois Catholiques, que la carte accompagna ou devait accompagner (30). L'ophtalmie de Colomb à cette époque est aussi constatée par Las Casas (31). Dans ces conditions il est peu probable que ce soit Colomb qui ait dessiné lui-même la carte de Paria ou qui ait fait les relevés au moyen desquels on put l'établir.

Page 1