‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 3 sur 325 · Au Grand Séminaire · texte numérisé non relu

Au Grand Séminaire

4. Château de Formentin (Calvados). — Voy. ci-après l'indication des sources.

VI INTRODUCTION

d'un ordre vraiment supérieur, se montrera au naturel dans les mille révélations que contiennent les brouillons autographes. En même temps que chaque page nous offrira ces grandes leçons de composition et de style, qui abondent dans les manuscrits du plus hardi, du plus libre, du plus impétueux, mais aussi du plus judicieux, du plus sûr, du mieux ordonné de nos écrivains, la rencontre que nous ferons d'un grand nombre d'accidents à réparer, erreurs ou omissions dans les exordes, interpolations dans le corps du discours, morceaux fabriqués avec des lambeaux disparates, fautes de lecture de toute sorte, ne fera-t-elle pas encore grandir en nous, par l'élimination de tant d'imperfections choquantes, la haute idée que nous avions conçue de l'éloquence de Bossuet ? Et comment ne serait-on pas frappé aussi de la nécessité d'une nouvelle édition de ces chefs-d'œuvre travestis tant de fois et de tant de manières?

(11^ Partie, cJi. i^'' et 2^.) — Mais cette future édition, fût-elle absolument épurée, serait encore trop imparfaite, si elle ne s'appuyait sur une complète revision chronologique. L'érudition s'en préoccupe depuis longtemps. Après quelques velléités de la part du premier éditeur lui-même ('), qui ne sait les efforts tentés en ce sens par l'abbé Vaillant, M. Floquet et M. Gandar, sans compter nombre d'autres critiques ou éditeurs ? On verra ce qu'il m'a été donné d'ajouter à leurs renseignements. Les résultats les plus nouveaux et les plus précis seront dus, le croirait-on, à une comparaison orthographique des manuscrits du grand orateur. Voilà bien un signe des temps ! dira-t-on : un prêtre pâlissant sur les manuscrits de Bossuet, pour en rapporter, quoi .-* des statistiques sur l'orthographe de celui que La Bruyère appelait un Père de l'Église ! Ce n'est point pour eux-mêmes que

I. Le bénédictin Deforis (1772). Malgré les fautes où il est tombé dans la reproduction de ces textes, qu'il avait réunis avec un soin si persévérant, il reste encore celui de tous les éditeurs auxquels sont le plus redevables les admirateurs de l'éloquence de Bossuet. (Cf. Gandar, Bossuet orateur, Introduction, ix. — Gazier, Choix de Sermons, Introduction, XV.)

INTRODUCTION. VII

nous nous attacherons à ces détails, bien qu'ils soient intéressants, et qu'ils puissent fournir, à l'occasion, d'utiles matériaux pour l'étude historique de notre langue. Mais puisqu'il était grandement souhaitable qu'on pût rétablir la succession authentique des discours de Bossuet, fallait-il reculer devant les moyens les plus efficaces d'atteindre ce but depuis si longtemps poursuivi ?

Il est vrai que le public ne se montre pas toujours si exigeant. Il a fait bon accueil à M. Lâchât qui lui disait que, dans un sermon pour la Toussaint, Bossuet avait reproduit, en 1662 ('), « les pensées du discours précédent, » lequel selon M. Lâchât lui-même, est de i66ç ; que tel sermon pour la fête de la Nativité de la sainte Vierge (8 septembre) a été « prêché à Metz dans la fin de 16 jj on dans le commencement de 16^6 (^) ; » et autres belles choses semblables. Mais il est des juges plus difficiles, qui nous sauront gré de la peine que nous nous serons donnée pour les renseigner un peu plus sérieusement.

Cette chronologie des sermons devait compléter l'examen critique des textes, par lequel nous nous efforçons dans les deux premiers chapitres de purifier d'un impur alliage l'or de Bossuet. Elle devait le suivre, non le précéder, à peine de manquer trop souvent de bases solides. Aurait-on voulu juger de la date d'un sermon d'après une allusion historique ï Peut-être le passage qui la contenait était- il interpolé (3). D'après le style ? Que de fois il a été altéré ! Outre les fautes préjudiciables à l'éloquence, telles que celles qui seront signalées au second chapitre, il est des altérations d'autre nature, qu'on dirait inventées tout exprès pour dépister les chronologistes : ce sont les rajeunissements systématiques. Bossuet avait-il dit par exception : « Le crédit des bonnes arts ; » ou ailleurs : « les maîtres des belles arts ; » avait-il écrit : « De

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