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2. D'après cette analyse, on peut croire que Bossuet ne s'est pas contenté de reprendre pour le 1" exorde ce qu'il marque d'un trait au commencement du second (trente-deux lignes de l'imprimé, Lâchât, IX, 90-92). Peut-être a-t-il écrit tout un Ave sur une feuille volante, qui se sera égarée ; l'auditeur cite des textes qui ne figurent pas dans l'original : « Beati qui non videriint. — Fides ex auditu... » Peut-être aussi Bossuet les aura t-il introduits dans son exposition en partie improvisée.
Plus loin, cette analyse nous indique exactement où doit commencer le second exorde : « Division. Trois cJioses nous empêchent d'écouter le Fils de Dieu, Vignorance de l'entendement, le dérèglement de nos mœurs, Véloignement de ses
promesses » Il est aisé de constater que ceci correspond
à un renvoi du manuscrit de Bossuet ('), au commencement de cette phrase, dont on devra faire le début du 2« exorde, après X Ave Maria.
« Comme l'esprit humain s'égarait dans ses jugements par son ignorance, dans ses mœurs par ses désirs déréglés, dans la recherche de son bonheur par ses espérances mal fondées, pour donner remède à de si grands maux, il fallait que ce divin Maître entreprît de form.er notre jugement par la certitude de sa doctrine, de diriger nos mœurs dépravées par l'équité de ses préceptes, de régler nos prétentions par la fidélité de ses promesses. C'est ce qu'il a fait, Chrétiens .. »
XII. Il est bien difficile de faire revivre un autre avantpropos, celui qui manque à l'admirable discours sur le Culte dû à Dieu (Carême de Saint-Germain, 1666). Nous avons bien encore, il est vrai, une indication autographe : « Le commencement pour \ Ave Maria : ignorance des choses divines, sermon de la Chananée ; » c'est-à-dire de la Chananéenne. Et plus bas : « La cour à Dieu. » — Ce sermon de la Chananéenne est perdu. Le renseignement qui précède méritait du moins d'être donné en note dans les éditions.
XIII. Nous avons au contraire un double de certains avantpropos. M. Gazier en a donné un exemple, pour le sermon du dimanche des Rameaux, 1661, sur la Nécessité des souffrances ; M. Gandar, pour le sermon d'ouverture du Carême du Louvre, sur la fête de la Purification. On peut craindre que ce critique si sagace n'ait malheureusement choisi entre les deux, et qu a l'exemple de ses prédécesseurs il n'ait préféré le brouillon à la mise au net. Il s'est contenté d'y corriger quelques fautes de lecture. L'exorde que je mettrais en tête
I, Mss. , 12.822, f. 119.
du sermon est celui que M. Lâchât avait renvoyé, comme variante, après le discours.
XIV.Quand ces doubles rédactions, assez rares, sont venues jusqu'à nous, le premier crayon peut être conservé en note comme pièce de comparaison avec la leçon définitive. Il faut se garder de la tentation d'en enrichir mal à propos des œuvres tout à fait distinctes de celles que l'auteur avait en vue. C'est ce que font M. Lâchât (') et ses successeurs, dans ce qu'on appelle à tort la Première rédaction de l'ancien sermon pour la Toussaint : Oninia vestra siint.
XV. Voici un autre cas d'une nature plus délicate. Bossuet ayant repris, comme on sait, en 1659, sur la demande formelle d'Anne d'Autriche, un ancien panégyrique de saint Joseph, composa pour cette circonstance un nouvel avant-propos, qui n'est autre chose que l'allocution à la Reine (2). Cette allocution se terminait par cette phrase, qui devait évidemment amener r^î'^ Maria: «Je m'adresse à vous, divine Marie, pour m'obtenir de Dieu cette grâce ; j'espère tout de votre assistance lorsque je dois célébrer la gloire de votre Époux. » Les éditeurs, ayant imaginé de joindre les deux avant-propos, ajoutent ici sept lignes, empruntées à l'ancien (2) : « O Marie... » Il est évident qu'elles font double emploi. Il en est de même de tout le début, tiré de l'ancienne rédaction. Il fallait opter. Si l'on prétendait nous donner la teneur définitive du discours, l'allocution à la Reine Mère réclamait la préférence. Mais comme, en réalité, le temps manqua à l'orateur pour remanier son ancienne composition,
1. Avant de donner même en variante cet exorde, dans sa forme primitive, on fera bien d'en reviser soigneusement le texte sur le ms. M. Lâchât débute par cette pièce dans son travail. Mais après l'avoir fait précéder d'un réquisitoire si formidable contre ses devanciers, il joue de malheur à son premier pas, malgré ses promesses emphatiques : il réunit dans sa première page une erreur d'attribution, et de bizarres fautes de lecture : « Intérêts », pour : avantages ; « extravagant », pour : apparent, etc. Il y a un vrai contresens à la fin du premier alinéa: « Comme c'est l'endroit par où il estime plus leur félicité, aussi doit-ce être ce qui nous excite davantage. » — Lisez : « Comme c'est par là qu'ils estiment plus leur félicité, aussi doit-Ce être ce qui nous excitera davantage. »