‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 62 sur 325 · I. Causeries du Lundi, X, 200 et seq · texte numérisé non relu

I. Causeries du Lundi, X, 200 et seq

sermon se composait d'une dissertation et d'un discours, qui remontent tous deux à l'époque où Bossuet était encore au Collège de Navarre, non toutefois à la même année : le premier éditeur les avait amalgamés de son mieux.

On nous montre ensuite dans un autre sermon pour la même fête les immenses progrès accomplis par l'orateur. La différence est grande en réalité : Bossuet n'est plus écolier de théologie, en novembre 1669, quelques jours seulement avant l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre. Mais c'est donner à cette différence réelle des proportions démesurées, que de placer en regard une œuvre de la pleine maturité, parfaitement complète et authentique, et deux essais de jeunesse, fondus en un seul, tant bien que mal, par une main étrangère. « Il y a loin, dit encore Sainte-Beuve ('), du panégyrique de saint Gorgon au panégyrique de saint Paul,... qui est déjà du plus grand de nos orateurs sacrés. » Il est vrai, jusqu'à un certain point ; mais nous avons déjà signalé dans ce malheureux panégyrique, écrit par Bossuet sous-diacre,et brouillé du commencement à la fin par les éditeurs, les étranges fantaisies qui doublent, pour ainsi dire, la distance.

Le même critique ne goûte pas (2), dans l'oraison funèbre de Nicolas Cornet, l'apostrophe aux Grandes mânes. C'est un texte sans authenticité, du moins pour les détails : « L'auteur ne s'y est pas du tout reconnu,» dit le secrétaire de Bossuet (3), en parlant de cette publication subreptice.

L'influence des altérations n'a peut-être pas été moins sensible dans les appréciations d'ensemble.Selon M.Nisard('^), Bossuet <i ne craint pas de laisser entre les idées importantes des intervalles que le logicien par procédé remplirait d'idées intermédiaires. » Dans l'intention, c'est ici un éloge et non une critique. Je ne sais pourtant si c'est là donner une idée bien exacte de la composition de notre orateur. De même, si on a trouvé généralement Bossuet si inégal, non pas

I. Ibid., 198. — 2. Ihid., 200. — 3. Lsdieu, Mémoires, 91. — 4. Histoire de la Littérature française, III, 230.

seulement d'une œuvre de sa première jeunesse à une œuvre de sa maturité, mais dans le cours d'une même œuvre, ce n'est, croyons-nous, qu'en raison des lacunes et des soudures si nombreuses et si variées que nous avons à dénoncer dans les éditions.

Sainte-Beuve a dit judicieusement : « Dans cette suite de sermons de Bossuet, qui ont été rangés, non pas dans l'ordre chronologique où il les a composés, mais selon l'ordre de l'année chrétienne,... voulez-vous à coup sûr mettre la main sur un des plus beaux et des plus irréprochables, prenez l'un quelconque de ceux dont il est dit : Prêché devant le roi ('). » Je n'en conclurai pas avec lui que Louis XIV a été bien utile à Bossuet pour lui donner « de la proportion et toute sa justesse. » L'explication est bien plus simple. Outre que tous ces discours appartiennent ou à la fin de la jeunesse de l'auteur ou à son âge mûr ; outre que l'importance d'un tel ministère fut pour lui l'occasion d'un grand effort, qui acheva de perfectionner son talent et de le rendre digne de son génie, il faut se souvenir que les sermons destinés à la cour ayant été rédigés d'une façon plus complète que les autres, et même quelquefois mis au net par exception, la main des éditeurs a moins trouvé à y exercer sa malheureuse industrie (2).

Si nous voulons étudier la composition de Bossuet, choisissons des exemples parmi les discours achevés, qu'ils soient d'ailleurs écrits pour la cour, ou pour la ville, ou pour la province. Serait-il légitime de prendre pour types de sa composition des discours qui ne sont pas composés, ou qui ne le sont qu'en partie ?

Cette équitable condition observée, j'affirme qu'on trouvera dans les idées la liaison la plus parfaite. Un des caractères distinctifs des œuvres de Bossuet n'est-ce pas précisément la

Page 1