‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inédits (volume 2)Chapitre 88 sur 325 · XIX. Homélie sur l'évangile de la Femme adultère · texte numérisé non relu

XIX. Homélie sur l'évangile de la Femme adultère

Lâchât, IX, 290. Manuscrit (f).

Elle m'a quitté, la déloyale. Elle m'a quitté, la déloyale.

Voyez les degrés : d'abord elle n'a Voyez les degrés : d'abord elle n'a

eu qu'un amant; commerce de l'âme eu qu'un amant : commencement de

pécheresse : plus de semblatice. l'âme pécheresse. Timide, tretn-

Confession aussitôt. Mais on s'en- blatite : confession aussitôt. Mais

durcit dans le crime : elle s'est on s'endurcit dans le crime : elle

abandonnée et prostituée à ceux s'est abandonnée et prostituée à

qu'elle aimait, à ceux qiielle ne ceux qu'elle aimait, à ceux qu'elle

connaît pas. . . n'aimait pas. . .

XX. Plus loin l'orateur qui parlait avec cette véhémence aux catholiques, s'adresse aux protestants de son diocèse :

Lâchât, ibid. Manuscrit.

Dites-moi qui de mes prédé- Dites-moi qui de mes prédécesseurs... Vous méprisez cette cesseurs... Vous .méprisez cette chaîne de la succession. C'est chaîne de la succession. C'est assez d'avoir Dieu, fion la succès- assez d'avoir,dites-vous, la succession de la doctrine... sion de la doctrine...

1. Texte publié pour la première fois par M. Lâchât, et reproduit tel quel dans les éditions subséquentes. (Pour la fête du Scapulaire, XI, 363. — Ms. à Meaux. )

2. Lâchât, VIII, 409. — 3. VIII, 14. — 4. Mss. , 12.822, f. 298.

lOO PREMIÈRE PARTIE.

N'est-ce pas un travestissement continuel de la pensée de Bossuet ?

XXI. Pour clore la liste de ces citations, qu'il serait facile d'allon«-er ('), montrons par un dernier exemple comment une infidélité de détail peut aller jusqu'à prêter à un grand évêque une sorte de blasphème. Dans l'esquisse du sermon de Pâques, 1685, qui contient le fameux passage : « Marche, marche!... » on fait dire à Bossuet (-') : « S'il n'est pas ressuscité, Dieu n'a pas agréé son sacrifice, il l'a laissé dans le tombeau mort comme les autres ; mort comme les autres pécheurs, et non pas comme Sauveur... » L'auteur avait écrit : « ... il l'a laissé dans le tombeau, mort comme les autres, comme pécheur et non pas comme Sauveur. »

De tout ce qui précède, ne résulte-t-il pas qu'il convient d'accorder une confiance très limitée aux éditions des Sermons, et qu'il est nécessaire de préparer enfin un texte authentique ? C'est le premier service que la critique, qui y travaille depuis longtemps, doit achever de rendre aux lecteurs de Bossuet. Elle y doit joindre, comme elle a commencé de le faire, celui de reconstituer aussi exactement que possible l'ordre dans lequel les discours que nous possédons, et même ceux qui sont perdus, se sont succédé pendant une prédication de plus de cinquante ans (3) (1648-1702). C'est encore aux manuscrits qu'il faut demander le plus souvent de nous renseigner sur ce point. L'étude chronologique, dans laquelle nous allons entrer, est un complément nécessaire de l'étude critique que nous venons d'esquisser: on pourrait presque dire qu'elle en est une partie.

I. Les erreurs dans la ponctuation forment à elles seules une douzaine de contresens. Quant aux altérations moins graves, M. Gazier en a pu relever plus de vingt dans un sermon de lecture facile, celui de la Toussaint, 1669. Et pourtant les critiques de profession eux-mêmes n'ont pas toujours poussé assez loin la défiance à l'égard des textes reçus : M. Gandar, dans la Méditation sur la Brièveté de la vie, dit avec les éditions antérieures : « Je ne jouis des moments de ce plaisir que durant ce passage... » Il y a : « des moments de cette vie; » ce qui donne à tout un membre de phrase un sens très différent. — 2. Lâchât, X, 197.

3. Nous verrons que le dernier sermon proprement dit dont le souvenir nous soit parvenu, est du mois de juin 1702.

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