Lâchât, XXVI
de soi-même, devait trouver des détracteurs. « Assurément, dit fort bien un récent éditeur de Seunons choisis, si quelquesuns s'imaginaient que Bossuet entreprenant, pour le plus grand plaisir de ses auditeurs, de raconter un passé si difficile à redire, fournirait à leur curiosité frivole le plaisir des allusions saisies, des réticences interprétées, ceux-là durent être déçus... Il parla beaucoup de la pénitence, et très peu de la pénitente ('). »
Aussi y eut-il un vrai désappointement chez les mondains et les mondaines. « Ce qui vous surprendra, écrit M^^e de Sévigné à sa fille, c'est que le discours de M. de Condom ne fut point aussi divin qu'on l'espérait ('). » Elle n'en parle d'ailleurs que par ouï-dire (3). « Bourdaloue et ses portraits, remarque finement M. Feugère, lui semblaient bien plus divins {^). »
Le silence du grand orateur est absolu de 1675 à 1680. Il adresse cependant, mais par écrit, en 1675, d'importantes instructions à Louis XIV sur la nécessité d'ôter de son cœur non seulement le péché, mais « la cause qui l'y porte, » et sur son « obligation très étroite {^) » de « veiller à la misère » de ses peuples.
Bossuet reprit officiellement la parole en 1681, son élève étant marié depuis l'année précédente (8 mars 1680). Trois discours, qu'il prononça en 1681, nous sont parvenus : le sermon pour le jour de Pâques, devant Louis XIV ; celui de l'Unité de V Eglise (9 novembre); et la Vctiire de Ivî."'^ Bailly (5 décembre).
— Pâques, 1681. 1 V^ sermon des éditions.
(Mss., 12.824, f- 66.)
Le prédicateur du Carême désigné pour la cour en 168 1 était l'abbé de Fromentières, qui avait prêché au sacre de Bossuet, et à la Vêture de Mme de la Vallière. Il tomba malade, et fut suppléé par plusieurs orateurs, qui se partagèrent la station. Parmi eux on cite le P. Gaillard, jésuite, le P. Hubert, de l'Oratoire, et l'évêque d'Autun, de Roquette, qui échoua complètement le dimanche des Rameaux, s'il en faut croire Bussy-Rabutin ('). Dans un passage effacé, Bossuet parlait de la mission qu'il avait reçue de « mettre fin à un ouvrage entrepris par tant de fameux prédicateurs ; » peutêtre parmi les raisons qu'il eut d'enlever ce membre de phrase faut-il compter l'intention d'éviter l'apparence d'une ironie. Quoi qu'il en soit, il ne s'agit point ici, comme on l'a cru (-), de « Bourdaloue, prédicateur de l'année précédente. »
Ledieu, qui s'est trompé sur la date de ce sermon, et qui a entraîné les anciennes éditions dans son erreur, n'avait pas ignoré du moins que Bossuet y avait fait entendre au roi de fortes vérités sur les nominations épiscopales. Voici le passage auquel il fait allusion :
« Si l'ordre ecclésiastique est une milice, comme disent tous les saints Pères et tous les Conciles, après saint Paul, espère-t-on commander, mais le peut-on, sans hasarder tout, lorsqu'on n'a jamais obéi, jamais servi sous les autres ?... Est-ce que la milice ecclésiastique, où il faut combattre tous les vices, toutes les passions, toutes les faiblesses humaines, toutes les mauvaises coutumes, toutes les maximes du monde, tous les artifices des hérétiques, toutes les entreprises des impies, en un mot, tous les démons et tout l'enfer, ne demande pas autant de sagesse, autant d'art, autant d'expérience, et
1. Lettre à ^j^ademoiselle, du 17 avril 1681. (Floquet, Bossuet précepteur..., 531.) — On voit que Gabriel de Roquette n'était pas le prédicateur de la station. (Gazier, 498, note I, d'ailleurs très importante.)