IVe Sermon des éditions, 2^ point
2. Voy. Histoire de Louis XIV, par Casimir Gaillardin, V., 68-87. L'exposé des circonstances où nous ne pouvons entrer ici, y est complet et équitable. — Voy. aussi la Notice de l'édition RcbuUiau.
envisageaient avec une faveur à peine dissimulée la pensée d'une rupture de l'Église de France avec l'Église Romaine. Ils étaient inspirés, on regrette de le dire, par le grand Colbert, qui flatta du reste bien d'autres passions dans son maître- Parmi les plus ardents à aigrir les choses, se signalaient lîarlai, archevêque de Paris, le Tellier, archevêque de Reims, et Choiseul, évêque de Tournai. Ces prélats, qui ont laissé, le premier surtout, une pauvre réputation, étaient tout résignés à accepter un schisme, et à en prendre au besoin l'initiative : Bossuet combattit ces tendances :
« Priez, dit-il au peuple dans sa péroraison, priez tous ensemble... que ce qui doit finir finisse bientôt. Tremblez à l'ombre même de la division ; songez au malheur des peuples qui, ayant rompu l'unité, se rompent en tant de morceaux, et ne voient plus dans leur religion que la confusion de l'enfer et l'horreur de la mort. »
C'est ainsi qu'il faisait adroitement la leçon aux prélats, en ne paraissant s'adresser qu'aux fidèles. Il prêcha, il est vrai, l'unité selon la doctrine gallicane, dans laquelle il avait été élevé, et à laquelle il devait rester fidèle jusqu'à sa mort. Admettant, à la différence de la plupart des Gallicans, et surtout des Gallicans parlementaires, l'indéfectibilité du Saint-Siège en matière de foi ('), que son érudition profonde lui faisait rencontrer dans la Tradition, il restait cependant attaché à cette école, au moyen d'une distinction un peu subtile entre l'indéfectibilité du Siège, et l'infaillibilité personnelle du Pontife, acceptant la première, rejetant la seconde. Tout en se rapprochant donc, beaucoup plus que les théologiens moins instruits qui appartenaient à la même école, de la vérité qui a été définie depuis, il en était encore séparé par une nuance importante. Mais lui-même nous apprendrait au besoin la différence essentielle qu'il y a entre une opinion erronée, soutenue avant la définition de l'Église, et l'obstina-
I. Voy. le traité latin de Fénelon de Suiiimi Pontijicis auctoritate... C. vii. — • (Édition de Versailles, II, 269.)
tion inexcusable de ceux qui persisteraient à la soutenir après cette définition ('). Dans la sécurité où il était sur son orthodoxie, il écrivit, peu de jours après l'ouverture de l'Assemblée, à un Cardinal gallican : « ... Je puis dire que tout le monde jugea que le sermon était respectueux pour les deux puissances, pacifique, de bonne intention ; et si l'effet de la lecture (^) est semblable à celui de la prononciation, j'aurai sujet de louer Dieu (^). »
— j68i, j décembre. — Vctiire de Marie- Anne de Saint- François Bailly : « Si guis vult post me venire... »
(Manuscrit parti, dit-on, en Amérique.)
« Le 5 de décembre 168 1, dit Ledieu d'après un Mémoire des Carmélites, sœur Marie-Anne de Saint-François Bailly, d'une des meilleures familles de Dijon, reçut le voile aux Carmélites [de Paris], de la main de l'ancien évêque de Condom, officiant pontificalement et prêchant sur ce texte : Qui vult venire post me, etc., d'une manière admirable, dit ellemême cette sainte fille, en 1699, lorsqu'elle était supérieure (•^). »
On a vu plus haut que la prétendue Seconde coticlusion de
1. Voy. par exemple, Mémoire de ce qui est à corriger dans la Nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques de M. Dupin (Lâchât, XX, 531)... « Il est constant que saint Cyprien et les autres de son parti ne sont exxusables qu'à cause qu'ils ont erré avant la définition de toute l'Eglise ; qu'après cette décision, ceux qui ont suivi leurs sentiments sont hérétiques... » — Ibid., 526 ; « C'est le génie de nos critiques modernes de trouver grossiers ceu.\ qui reconnaissent dans la papauté une autorité supérieure établie de droit divin, etc. » — Voy. aussi dans une lettre à Leibnitz, du 28 août 1692 (Lâchât, XVIII, 171), ce passage d'une importance capitale: «Je finirai cette lettre en vous avançant deux faits constants : le premier, qu'on ne trouvera dans l'Église catholique aucan exemple où une décision ait été faite autrement qu'en maintenant le dogme qu'on trouvait déjà établi ; le second, qu'on n'en trouvera non plus aucun où une décision déjà faite ait jamais été affaiblie park postérité. »
2. Selon l'abbé Réaume, chanoine de Meaux, ce sermon serait plein d'abominations. ( Histoire de Bossuet, II, 77-125.)
3. Lettre au cardinal d'Estrées, i^r décembre 1681. Cf. la lettre à Dirois, écrite le endemain du sermon.
4. Mémoires, 88. — Deforis rapporte la même chose, à cela près qu'il lit : « lorsqu'elle était sous-prieure, » au lieu de « supérieure. » Ledieu, ou son éditeur, pourrait bien s'être trompé ici.
La Prédication de Bossuet.
ce sermon est un notable débris (deux points) d'une œuvre qui est plus ancienne de vingt-deux ans (1659).
Le plan de ce remarquable discours (') est tiré du texte même: «Quiconque... désire venir après moi, c'est-à-dire quiconque me veut reconnaître pour son capitaine, il faut... (\\}!{\ renonce k so\-mèvc\e,abneget se juetipsii 711 ; — puis, qu'il prenne une généreuse résolution de porter sa croix tous les jours, et tollat cniceui suant qnotidie ; — et qu'il me suive enfin par mille embarras de périls, de supplices et d'ignominies, et sequatur vie. »
Voilà ce que l'orateur demandait à Dieu « de graver pour jamais» dans l'âme de la pieuse Carmélite. Le souvenir fidèle qu'elle en gardait encore après dix-huit ans, montre que ce vœu fut exaucé. Bossuet en avait exprimé en même temps un autre bien conforme aux anciens sentiments qu'il avait autrefois apportés dans cette chaire : « Qu'il plaise à cet Esprit » qui souffle où il veut « de répandre sur mes lèvres ces deux beaux ornements de l'éloquence chrétienne, je veux dire la simplicité et la vérité ! »
§ 5. — Sermons de Meaux (1682-1704).
SUR trois cents discours ou allocutions, et plus, que Bossuet prononça durant les vingt-deux ans de son épiscopat à Meaux, un dixième seulement nous est parvenu, rarement sous une forme complète. Nous essaierons dans le chapitre suivant de faire revivre le souvenir de tout ce dont il subsiste une mention ou une analyse. Il s'agit ici de compléter la liste des œuvres conservées, en rangeant à leur date celles qui appartiennent à cette époque.
— 7 mars 1683, ^^^ 20 février 168^: Une homélie pour le /^'' dimanche de Carême. (Copie à Meaux.)
Une homélie pour le premier dimanche de Carême, noyée
I. Le manuscrit a été vendu à un Américain, il y a une trentaine d'années, par un libraire de Meaux (21 p. in-40, beaucoup de ratures et quelques différences avec les imprimés, m'a-t-i! assuré.) Malheureusement il n'a pu retrouver sa note de vente.
jusqu'à présent parmi les Pensées clir-étieiines et morales ('), \ remonte, ce semble, aux débuts du ministère de Bossuet à Meaux. Plus tard, ses canevas seront moins développés.
Les anciens éditeurs l'avaient découpée en onze articles, | ayant chacun un titre à part. Mais il en existe une copie de la main d'un collaborateur de Deforis, qui la donne avec suite et intégrité. On y distingue aisément un exorde, et trois
■ points, dont le premier et le troisième ont le plus d'étendue.
j On reconnaît la voix du Pasteur dans ce passage de la
I dernière partie :... L'hojnnie 7ie vit pas seiilenient de pain. « J'ai une autre vie dans la parole de Dieu, dans la vérité, « dans l'accomplissement de la volonté divine. Non que je ne vous plaigne dans les misères que vous éprouvez : et je voudrais pourvoir aux besoins de chacun. Mais dans l'im- '' puissance oîi je me trouve de le faire, je dois donner du moins I à tous l'enseignement nécessaire et les consolations qui
peuvent les soutenir dans leurs détresses (^). » \ Ce langage compatissant suppose un certain nombre de pauvres dans l'auditoire : il n'est pas nécessaire d'attendre I « la chère année » de 1693, pour en trouver l'application. S'il '; fut tenu en 1683, ce fut dans l'église de Chaage, paroisse voi- | \ sine de la cathédrale ; si l'année suivante, en la cathédrale \ même.
— 1683, i'^^ septembre. Oraison funèbre de la reine Marie- Thérèse, à Saint-Denis. (Plus de manuscrit. Éditée par l'auteur.)
On remarquera dans la seconde partie de ce discours, le î passage : « Vous croyez donc que les déplaisirs et les plus mortelles douleurs ne se cachent pas sous la pourpre... "% Pour se donner le droit de parler avec tant de liberté.quoique avec tant de discrétion, des « peines secrètes » de la sainte épouse si longtemps offensée, l'orateur avait, quelques instants auparavant, célébré avec enthousiasme « le grand roi, » « le