‹ Histoire critique de la prédication de Bossuet, d'après les mss. autographes et des documents inéditsChapitre 222 sur 243 · A. Feugère, Bourdalotee et son temps, p · texte numérisé non relu

A. Feugère, Bourdalotee et son temps, p

5. Opposer par exemple la thèse du sermon de la Toussaint et celle du 2^ dimanche de l'Avent. (Edit. Blampignon, 1,113 et 153) Voy. aussi mardi de la 3«sem. de Carême. — Un jour de pénitence efface-t-il une vie de crimes ? dans un même sermon vous trouverez le pour et le contre (p. 141 et 142.)

La Prédication de Bossuet. 25

Bossuet, il a fallu que les principes du christianisme, étudiés dans les sources, dans l'Écriture et dans les Pères, lui révélassent de bonne heure, avec les secrets de l'éternité, ceux de la vie présente ; il a fallu qu'ils lui apprissent à contempler les choses humaines « du marchepied de ce tribunal devant lequel nous comparaîtrons (j). »

Dès que Bossuet a connu la Bible et la tradition, et nous l'avons vu s'y initier dès sa jeunesse, il a eu sur toutes choses des jugements formés et des idées arrêtées. Il pourra compléter ces idées sur quelques points, il n'aura jamais à les réformer. Se reprenant, à l'occasion, à les penser de nouveau, il les concevra avec une netteté toujours plus grande et souvent avec une nouvelle ampleur ; mais à toutes les épo- 1 ques elles naissent fortes, vigoureuses, et proportionnées l pour ainsi dire, à la taille de l'esprit qui les a enfantées. ; Je n'ignore pas que cette constance de doctrine, cette \ unité de pensée, a été tournée en reproche contre Bossuet. ' Des lecteurs superficiels croient avoir fait bientôt, comme ils disent, le tour de ses idées. Se doutent-ils seulement que ce I serait la perfection de l'esprit humain d'avoir d'autant moins I d'idées qu'elles seraient plus vastes, plus coinpréheiisives, et } plus immenses, si je puis ainsi parler? Si, avec les Oraisons \ funèbres, le seul de ses ouvrages qu'ils aient peut-être lu complètement, ils pouvaient encore faire cet effort de méditer toutes les œuvres oratoires et quelques-uns des traités de controverse, en y joignant quelque chose de cette admirable correspondance, sans laquelle on ne connaît pas Bossuet, ils seraient agréablement surpris de rencontrer en chemin, mais incidemment, bien des idées inattendues, aussi originales que profondes ; et ce n'est pas leur manquer de respect que de leur déclarer qu'ils y pourraient beaucoup apprendre, même au sujet de ce qu'on est convenu d'appeler idées modernes,

I. Sermon sur la Provideme, 1662. (Gandar, Choix de sermons, 147. ) — Je regrette que ce savant critique ait fait, dans Bossuet orateur (155-158), des réserves peu justifié'-es sur la force probante de ce beau sermon. Il semble avoir pris pour un postulat l'énoncé de la proposition à démontrer.

qui se trouvent parfois discutées et réfutées par Bossuet dans tel de ses Avertissements mix Protestants.

Il déplaît à d'autres (i) de voir en Bossuet des jugements arrêtés ; esprits peut-être très brillants, mais sans consistance, qui considèrent la vérité même comme un amusement. Las de revoir toujours sa face trop connue, ils lui préfèrent les traits plus variés et plus changeants de l'erreur. Notre orateur dirait : « Je connais le naturel de l'esprit humain ; je sais que l'une de ses maladies, c'est d'acquérir avec plus de soin qu'il ne conserve. Il se dégoûte facilement de ce qu'il sait, aussi bien que de ce qu'il possède ; et c'est ce qui fait dire à saint Augustin que les hommes malheureux, qui dédaignent ce qu'ils entendent, apprennent plus volontiers qu'ils ne savent : Miseri homines, qiiibus cognita vilescunt^ libentius discunt qiiain norunt (2). »

II. — Si Bossuet fut un disciple toujours constant de la vérité connue, sa pensée, sans jamais changer d'orientation, sut monter de plus en plus, avec les années, vers les régions de la pleine lumière. Volontiers il aurait, en vertu du progrès qu'amenait chez lui le travail et l'expérience, prononcé de chacune des œuvres de sa jeunesse, ce qu'il a écrit un jour des trois sermons aujourd'hui perdus sur la Charité fraternelle : « Le fond m'en paraît très solide, mais il en faut changer la forme. » Ils avaient cependant été composés pour ce beau Carême du Louvre, qui « marque » pour Bossuet, « et d'une façon plus générale pour l'éloquence religieuse en France au XYII^ siècle, ce point si difficile à saisir, qui est celui de la maturité et de la perfection (3). »

Mais soit en raison du changement des auditoires et des

1. Ceux-là sont les philosophes, au dire de Sainte-Beuve {Nojiveaux Lundis, II, 341) : « Les philosophes, les amateurs des idées neuves, et les chercheurs de vérités, ne pardonnent pis à Bossuet son immobilité stable et impérieuse, son veto contre tout ce qui se tentait pour faire faire, soit au chris(ianisme,so\\. à l'esprit philosophique un pas de plus, une évolution, et ils se raillent de la vanité de son effort ! »

2. Sur la Prédication évangéliquc (1662). (Lâchât, IX, 49, variante.)

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