Lâchât, XI, p. 310 en entier, et 311, premier alinéa
4. Ibid., 321, moins les trois premières et les trois dernières lignes.
La Prédication de Bossuet. 7
d'avoir réparé ici leur omission, s'il s'était mieux rendu compte de l'usage que ses prédécesseurs avaient fait d'une pièce qu'il voyait qualifiée à'incdite, sur l'enveloppe du manuscrit. Deforis, en renonçant à publier in extenso les textes où il ne trouvait guère que des redites, ne les répudiait jamais tout à fait : il les réservait, pour en tirer, selon sa méthode, des variantes, ou des interpolations, le tout au mieux, pensaitil dans sa naïveté, pour la gloire de Bossuet orateur. M. Lachat, qui imprime, dit-il, sur les manuscrits, reproduit ses prétendues variantes et ses interpolations, sans même songer à s'en aider pour corriger ses fautes de lecture (^), lorsqu'il nous présente de l'inédit.
Ainsi, dans notre sermon, non seulement il gratifie, avec ses prédécesseurs, le discours déjà complet, d'une trentaine de lignes qui, par hasard, ne slj^ adaptent pas trop mal : « Certes, divine Vierge... ;» mais il maintient des interpolations que Deforis avait glissées jusque dans sa première interpolation : nouveau texte composite, résultant de l'agencement de deux lambeaux, qui, cette fois, sont l'un et l'autre étrangers au discours.
VII. Parfois c'est l'auteur lui-même qui, trop peu ménager de ses chefs-d'œuvre, a fourni occasion aux bévues des éditeurs. On lit, au second point du quatrième sermon pour la Circoncision (prêché, comme on le sait, le i'^'' janvier 1668, à Dijon, devant Condé) : « Les biens réels sont les plus connus, les idées les plus véritables sont les moins touchantes ; le spirituel est plus fort, le sensible est plus décevant ; la raison y succombe. Après cela, chrétiens, aurons-nous peine à connaître que nous avons besoin d'un Sauveur... ? »
Il faut lire, en continuant le mouvement si malencontreusement arrêté : «... la raison nous conseille mieux, les sens nous pressent pins violemment , cest pourquoi le bien plaît, mais
I. Page, 342 : « trouve ses premiers soins », lisez tourne. — Ibid., enfermé ; lisez insinué. — P. 343: « peine \e cc£\ir àe sa mère d'innombrables douleurs ; » lisez: « perce le cœur de sa mère d^ inconcevables douleurs. »
le mal prcvmU ; la verUi nous attire, mais les passions nous emportent ; ainsi celle-là combat, et celles-ci régnent. Que deviendrai-je ? où me toiirnerai-je, homme misérable ? Qneferai-je de ma volonté toujours affaiblie par la contrariété de ses désirs ? Oîi r opiniâtreté V engage, ou V irrésolution la sjispend ; ou la paresse l'engourdit, ou la témérité la précipite ; ou le péril V étonne, ou V assurance la relâche, ou la présomption V égare. O Dieu ! • quelle maladie ! par combien d'endroits le péché pénètre ! 0 pauvre cœur humain, de combien de passions es-tu la proie ! de i combien de vanités es-tu le jouet ! de combien d'ilhisions es-tu le théâtre ! Etrange faiblesse de l'homme que ses ignorances \ aveuglent, que ses lumières confondent, à qui sa propre sagesse j est un piège, sa fermeté un péril, sa vertu même un écueil contre \ lequel ses forces se brisent, parce que son humilité y succombe ! | Après cela, chrétiens. »
Je manquerais de respect au lecteur si je croyais qu'un commentaire lui fût nécessaire pour reconnaître l'importance { d'une telle restitution. Expliquons plutôt comment il a pu \ arriver aux éditeurs de travestir, comme ils l'ont fait, la pensée j du grand orateur. C'est qu'ils ont opéré ici encore une soudure \ malencontreuse. Ne trouvant point le vrai commencement j de ce second point, qui existe cependant, ainsi que nous ? l'indiquerons tout à l'heure, ils y suppléèrent au moyen d'une pièce similaire, mais incomplète. Leur phrase fabriquée : « La raison y succombe, » marque l'endroit où ils , rentrèrent comme ils purent dans la suite du manuscrit j original. \
Le vrai texte existe, disons-nous. En voici l'histoire. Bossuet j ayant fait, en 1687, une œuvre nouvelle sur le même plan, lui | donna dans l'exécution un tout autre tour, sauf pour le début du second point ; là il aima mieux revenir à ses anciennes pensées, en les retouchant toutefois dans le détail. Alors que fit-il? Sans plus de façon, ne se mettant pas en peine s'il mutilait un chef-d'œuvre, il fit de quelques feuillets du manu- \ scrit de 1668 le brouillon du nouveau. C'est là qu'il faut aller •
8o PREMIÈRE PARTIE.
chercher le texte primitif (') sous des ratures, qui n'ont été faites que dix-neuf ans plus tard, et qui se distinguent avec la plus grande netteté de celles qui sont contemporaines de la première rédaction. •
VITI. C'est une partie, et non la moins délicate, de la tâche qui incombe à un éditeur, que de discerner ainsi à l'occasion les remaniements qu'ont subis certains autographes ; et, lors même qu'ils ont été en partie raturés, de reconnaître à quelle époque et à quelle fin ils l'ont été. Ce serait se tromper lourdement que d'écarter sans examen tout ce qui apparaît ^rt:r;r ; ati manuscrit. Il faut rendre justice sur ce point à Deforis : quelquefois il a soigneusement conservé et avec grande raison, des passagesqu'il trouvait raturés. Ce sermon même en fournit un exemple remarquable. L'allocution à Condé qui le termine est barrée entièrement dans l'autographe ; quelques endroits qui avaient trait au Jubilé le sont aussi d'une façon plus ou moins nette. Deforis a pourtant maintenu tous ces passages ; et il convient de l'en féliciter : car ou bien il fallait renoncer à donner le beau sermon que l'on sait historiquement avoir été prononcé devant Condé, à une époque de Jubilé (1668), | ou bien on devait le donner complet, en faisant abstraction des retouches postérieures.
Voici encore le cas de faire l'application de ce principe. Le sermon de 1660 sur la nécessité d'écouter Jésus-Christ {\^^ sermon pour le 11'= dimanche de Carême), contient un curieux emprunt à Platon, qui est effacé au manuscrit, mais qu'il faut toutefois conserver, puisque le sommaire (2) en tient compte, et qu'un auditeur nous atteste qu'il a été prononcé en chaire. Voici en effet, un passage de l'analyse de l'An jnyme (3) que nous avons déjà cité : « Il semble que la raison autorise ce que
1. Mss. , 12.821 (Réserve). — Retournez delà f. 310 à la f. 290. — Les manuscrits ne sont pas plus que les anciennes éditions classés selon l'ordre chronologique.
2. Non dans les éditions toutefois. M. Lâchât passait outre, quand il ne pouvait lire ; les autres éditeurs le reproduisent de confiance. Le manuscrit porte : « Croire les enfants des dieux, Platon. )>( 12. 822, f. 129. — Ce sommaire est déplacé dans le volume.) ,