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HLSTOIRi; CRITIOIJE
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DE LA
PHILOSOPHIE MOBEME
PAR
CHRISTIAN BARTHOLMÊSS
MEMiiKR CORRESPONOAXT DB l'iSSTITCT, BK i/aCADKMIE des SCIBMCKS DE BERMX, DE CELLE DE TCBI!», ETC.
PAHIS
LIBRAIRIE DE Cil. MEYRTEIS ET <" , ÉDITEFRS
2, RUE TRONCHE r
HISTOIRE CIUÏIQIK
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IMFRIMEKIE DE CH. MKYRIEIS ET COMPAGME
Paris. — Rue Saint-Benoît, 7.
DES
MCTRIiiS RillfilElSiS
PHILOSOPHIE MODEIINE
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CHRISTIAN BARTHOLBIÈSS
MEMBBK rOHRESPONDAVT DB r,'l>-STITUT, PB I.ACiDKMIE DES SCIEISCES nS BERLIN, DB CELLE DK TIRM. Kir
PARIS
r.H. MEYKUEIS ET COMPAGNIE,
HUE TRONCUET^ 2.
EDÏTEljRS
PRÉFACE
L'accueil favorable qu'ont bien voulu faire à plusieurs fragments de celle Étude mes illustres confrères de rAcadémie des Sciences morales et politiques, m'encourage à la soumettre en entier au jugement équitable d'un public im[)artial et éclairé.
Cette Étude, dans l'intention do son auteur, forme un tableau général phitot qu'une histoire détaillée ; une ex[)Osilion libre et une discussion occasionnelle, |)lulùt qu'une narration sé\érenient réglée par l'ordre des temps ou des idées. C'est une sorte de parallèle rritique des doctrines religieuses de la philosophie au XVIII'" siècle, avec celles de la spéculation plus récente; une conq)araison indirectement méthodique entre la théodicée particulièrement occupée de l'existence de Dieu, ou de sa possibilité, et cette théologie [)lus hardie qui aspire, non-seulement à connaître la nature et les perfections internes de Dieu, mais à constater sa présence, son inlluence uni\erselle et nécessaire : c'est en un mol, sous plus il'une loime, un rapprochement successif ihi monothéisme et du panthéisme modernes.
Quel est donc le dessein qui a déterminé, qui domine ce mélauiie de récit et d'examen? (^'est le désir
PRÉFACE
PREFACE
de conlribiior à la juste appréciation des avis qui recommencent à s'accréditer sur les vues religieuses de la philosophie moilerne. Tanlôt, en eiïet, on exallo le siècle de Voltaire et de Rous:>eau, au détriment de l'âge de Descartes et de Leibniz, aux dépens de noln^ propre temps. Tantôt on le déprime avec une iniquité passionnée, rarement désintéressée. D'autres lois, le plus souvent, on frappe d'analhèmeles théories écloses après 1800, les taxant moins de ridicule et d'absurdité, que de mauvaise foi et d'impiété. D'entre ces arrêts contradictoires, lequel est exact, mesuré ou sensé ? Ne faut-il enfin que plaindre et blâmer, ou bien, peuton louer l'esprit humain, depuis la mort de Louis XIV et de Fénelon, depuis la naissance de Frédéric 11 cî
de Kant ?
Pareille question semble inutile, peut-être, à ceux qui savent combien est défectueuse cette division abstraite, celte distribution mccaniquc par siècles cl demi-siècles. Une opinion longtemps régnante suspeiidelle son action tout à coup, à jour fixe, et n'est-ellc plus représentée dans la période où elle ne command(* plus? N'est-il |)as visible ([u'une forte dose de l'esprii qui cesse de dominer se communique à la pensée qui va prévaloir, et qu'un groupe d'idées se compose toujours de plusieurs familles distinctes? La Providence n'abandonne aucune génc»'alioa, puisqu'elle mesure à chacune ses épreuves et ses forces; et Tesprit humain constitue un même homme, avançant sans cesse et approchant de plus en plus de son but souvent voilé. W est donc impossible que les convictions de deux siè-
cles contigus soient tout à fait opposées. Aussi, en entendant accuser la philosophie du XVIIP et du XIX'' siècle, êtes-vous tenté d'interrompre l'orateur, pour apprendre quel système peut siuiout avoir le tort de lui déplaire. Envelopper dans la même condamnation le théisme et l'athéisme, l'idéalisme et le sensualisme,
c'est faire j)reuve d'une ignorance singulière ou d'une
singulière partialité.
Lorsqu'on attaque la jdiilosophie moderne, on s'en prend j)rinci})alement à celle qui ^ icnl après Leibniz. L'époque précédente, à laquelle se trouve attaché le nom de Descartes, est trop loin, trop étrangère au courant des idées nouvelles. Le XVTÎ'' siècle^ pou.r les uns, est l'âge d'or de la méditation philosophique; j)our les autres, c'est la vénérable antiquité de l'esprit français. A ce double titre, il est mis à part, généralement révéré, ou môme admiré. Nous nous conformerons à cette décision, excessive cependant et parfois arbitraire; et nous prendrons dans un sens restreint cette expression de philosophie moderne^ en la confinant dans la période ouverte par la mort de Leibniz et fermée par celle de Hegel.
Nous suivrons aussi, de notre mieux, le conseil de parler un langage toujours lucide et net. Si le penseur n'est pas tenu d'imiter Leibniz , tachant, dans sa Théodicée, « de tout rapporter à Védificalion\ » il fera sagement de se souvenir, à quelques égards du moins, des exhortations renouvelées cinquante ans plus tard, (f Hàtons-nous, s'écrie Diderot, de rendre la j)hiloso-
' Pr/^lace de la Thf^odirép, et Lettre à Kemond,
PaKFACR.
phie popuknrel Si nous \ unions ([ue les i)liilosO|)lies marchent en avant, apinmlions le peuple du point on en sont les philosophes. )> « Si pliilosopliia loqui posset, dit à son tour le i^rave Ernesti, liaud dubieipsa se popularem esse profiteretur, » En s'elVorçant d'étendre le cercle de ses lecteurs, court-on ris(iue de déplaire anv profanes et aux connaisseurs à la fois ? On s'expose à donner aux uns trop peu, beaucoup trop aux autres. Nous réclamons donc vivement leur commune inihil-
i^ence.
Elle est indispensable, au surplus, à quiconque ose soulever les problèmes de la spéculalion religieusti, et singulièrement les problèmes ai^ités en Allemagne. Or, ce sont ceux-là surtout qui apparaîtront ici, grâce à l'histoire, grâce même aux adversaires de la philosophie.
Après la révolution opérée par Descartes, après le mouvement cpii date de Locke, point d'élan plus intrépide et plus hardi que Tessor pris par Kant, Fichte, Schelling et, à leur suite, par rAllemagne entière. Oui en doute sérieusement? Toutetbis, à cette heure, combien d'habiles gens ont l'air de croire ([ue les rêveries germaniques ne valent pas une heure d'attention, cl doivent être écartées, en silence, an plus vite! Chost^ curieuse , les écrivains cpii répandent ce sentiment ont pour alliés, en Allemagne même, des auteurs, selon lesquels il faut traiter de même la philosophie française, « déjà si perverse avant ce grand mensonge qui s'appelle Révolution, etde|)uis lors stérile et nulle, ou platement abominable. ^>
imu:p\<;k.
En léalité, les jugements portés en Trance sur T Allemagne, dans l'espace d'un quart de siècle, sont un témoignage étonnant de l'instabilité de l'opinion. 11 y a ujoins de vingt ans, la patrie de Heyne, de Kant et de (lo^the, était comparée parmi nous, pour l'érudition, la poésie, la métaphysique, à Alexandrie, à la Grèce et à l'Inde tout ensemble. D'excellents juges, qui l'avaient étudiée de près, sous son austère climat même, étaient Torigine d'une si belle réputation. Aujourd'hui Tauleni' du noble écrit De Vusage et de l'abus de l'esprit philosophique^ le sage Portalis, le scrupuleux Villers, le génie fraternel, si pratique et si élevé, de Benjamin (Constant et de madame de Staël, les déclarations si diversement ex|)ressives de tant d'autres personnages, nos contemporains, quelle autorité ont-ils? Pour avoii connu ce qu'ils louaient, ils sont suspectés, récusés. Mais aussi que leur semblerait de contenq)teurs, dont le litre capital n'estsouvent(,:]'une courageuse ignorance? Ils se consoleraient, avec Leibniz, en disant qu'<7 eU hou de ne rien mépriser facilement.
L'Allemagne littéraire a, comme toute nation, des défauts, à côté et même à cause de certaines qualités. Mais a-t-elle encore ses preuves à fiiireî Aussi ne nous portons-nous |)as pour son av^ocat, son panégyriste. Nous demandons seulement la permission de rappeler que l'Angleterre, l'Italie même, sont loin d'applaudir à ce mélange bizarre de mépris et de haine, à cette exagération risible ([ui ressemble quel- (piefois à un calcid odieux. Peut-être renverra-t-on au pays iVrtopiej aux extrémités de la Néphélocrativ,
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PRÉFACE
E.-L. Bulwer, dédiant un de ses romans célèbres, Ernest Maltravers, « Au grand peuple Allemand, Peuple (c de penseurs et de critiques, Profond dans ses juge- « ments, Impartial dans sa censure. Généreux dans «( son approbation. » IMais il sera plus diilicile d'évincer le promoteur du culte des héros, c'est-à-dire, du respect de la grande et sincère individualité, cet original et puissant Thomas Carlyle, d'après lequel « les docc< trines allemandes ne sont pas encore les meilleures ce choses, mais les commencent du moins et les amè- « nent. » On pourra rejeter, couunc autant de novateurs dangereux, les savants et spiiituels rédacteurs de la Revue de Weslminsfer, ou même ceux de la Heme d'Edîmhouru, qui interrogent si habilement la métaphysique et la théologie d'outre-lihin. Alais ne l'audrait-il pas vouloir tout contbndre et l'ermer les yeu\ à l'évidence, pour en user de même avec Galuppi, Gioberti, Rosmini? Or, ce ue >out pas ces pieux penseurs, trop lot ravis aux Lettres et à la régénération de TUalie, qui ont a[)pelé Kant, Sehelliug et Hegel, les trois -;rands imposteurs du siècle, 1res impostores magnos, et qui ont demandé que l'on écrivît au Irontispice de la philosophie allemande les mots gravés par Dante sur les portes de renier : Vous qui entrez ici, quittez toute espérance, Lasciale ogni spcranza miche *nlrale\ A quoi sert, enun, de prétendre ignorer ou nier les laits les plus palpables? En philosophie, l'Allemagne s'est placée au premier rang, avant la fin du dernier siècle. Chacun est libre de discuter les mérites de telle école, mais lud n'est en droit de rel'user à cetlt», ra-
PREFACE
[)ide succession de systèmes la puissance créatrice et la vigueur dialectique, une science de tout genre et une érudition sans bornes. Il vaudrait mieux aller s'instruire par un commerce prolongé avec des intelligences, dont les erreurs mêmes ont autant de grandeur que de loyauté. Suivons leur exemple, au moins en reconnaissant pour vrai ce qu'elles proclamaient à l'entrée et au terme de la carrière, c'est-à-dire, que les deux grandes nations du Continent, étant les deux premières en philosoi)hie, pourraient associer leurs ([ualités^ et se compléter ainsi ou se corriger l'une l'autre. Quelques mois avant la mort de Leibniz, en I71(), les Acta philosophorum publiaient un article, où l'on démontrait qu'un bon génie philosophique devrait allier la vivacité française à la solidité allemande, et se procurer une sorte de tempérament gallo - germanique, tel que pourrait l'avoir un enfant dont le père fut Français et la mère Allemande. De nos jours , mêmes aveux, mêmes propositions. Schelling, dans sa mémorable réponse à M. V. Cousin, et le disciple le [)lus piquant, le plus fertile de Hegel, M. Rosenkranz, s'unissent pour désirer hautement que l'enthousiasme idéaliste, la passion des systèmes et ce désir jaloux «l'indépendance et d'originalité, si communs parmi leurs compatriotes, se tempèrent par la sobriété d'observation, la rectitude d'analyse et le goût de précision et de clarté, qui distinguent la scieiice française. Il faut être profondément ignare, s'écrie le biographe de HegeP, pour refuser la profondeur aux Français !.. .
^ SI. Rosenkranz, Me de Heyel (en allemand , préface, p. xxv sq.