V. Constitution de l'an III. —Loi du 3 brumaire an IV
L'histoire n'a pas enregistré sans une sorte d'étonnement mêlé de frayeur l'activité dévorante de la
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Convention. Or, parmi les douze comités qui la composaient, le comité de Salut public seul put être comparé, pour sa terrible ardeur, à celui àeY Instruction publique. On y oit cette assemblée, dit unhabileécrivain1, ce menant de front le procès de Louis XVI et les plans d'éducation. On la voit le même jour, sur le rapport de son comité de salut public, traduire la reine devant le tribunal révolutionnaire, décréter la destruction des tombeaux des rois, et en même temps écouter le rapport du comité d'instruction publique sur une tête de Brutus trouvée dans les ruines d'Herculanum; on la voit rendre la loi des suspects sur le rapport de Merlin , et dresser sur celui de Fourcroy la liste des savants qui doivent juger les livres élémentaires; décréter la levée en masse sur le rapport de Barrère, et trois degrés d'enseignement sur celui de Lakanal ; décréter le
maximum et l'uniformité des poids et mesures »
Nous suivrons ce mouvement dans un rapide aperçu.
§ I. Premiers travaux de la Convention. — Plan de Chénier. — Projet de Lanthenas.
On pense bien que les philosophes de la Convention ne se contentèrent pas des plans formulés par les philosophes de l'Assemblée législative. Le premier organe du comité d'instruction publique
1 L'auteur des Mémoires pour servira l'instruction publique, 3 vol. in-8°, Paris, 1817. Ce livre, auquel nous avons eu fréquemment recours pour la période révolutionnaire, est un des ouvrages les plus consciencieux, les plus spirituels et les plus intéressants sur cette matière. Nous nous plaisons à lui rendre le tribut de notre gratitude.
ET DE LA. LTIîERTÉ RENSEIGNEMENT. 2*
fut Chénier, qui proposa un projet dont le Moniteur même ne conserva pas le souvenir, mais dont la pensée peut être appréciée par le caractère de ceux qui s'en firent les champions. C'est en effet en prenant la défense du plan de Chénier, que Jacob Dupont s'écria : « Je l'avouerai de bonne foi à la Convention , je suis athée T ! » Les applaudissements de l'assemblée couvrirentla péroraison de l'orateur. « Avec quel plaisir, s'écriait-il, je me représente nos philosophes qui ont rendu tant de services à l'humanité..., nos philosophes dont les noms sont connus dans toute l'Europe, Pétion. , Sieyès , Condorcet , et autres, entourés dans le Panthéon, comme les philosophes grecs à Athènes , d'une foule de disciples venus des différentes parties de l'Europe , se promenant à la mode des Péripatéticiens, et enseignant, celui-là, le système du monde, celuici perfectionnant le système social, etc. » En attendant, la discussion fut ajournée, et son seul résultat fut l'adoption du premier article du projet de loi, portant établissement « d'écoles primaires, où l'on enseignerait les connaissances rigoureusement nécessaires à tous les citoyens. »
Un nouveau rapporteur succéda à Chénier. Le 10 mars 1793, Lanthenas déclara que le comité avait parfaitement senti combien l'instruction du peuple importait dans ce moment à la république, « et proposa un décret en plusieurs titres, qui déterminaient les objets d'enseignement, la distribution
1 Dupont est mort à Charenton.
22 HISTOIRE DE i/ INSTRUCTION PUBLIQUE
des écoles, etc., et tout ce qui tenait à l'instruction primaire. »
C'est alors que se produisit pour la première fois la doctrine républicaine de Lacédémone et la maxime que les enfants appartiennent à l'Etat avant d'appartenir à leurs parents. Le projet de Lantbenas fut attaqué par Petit, qui le trouvait insuffisant, qui voulait des écoles de républicanisme pour les pères, et qui s'écriait : « V éducation en général doit aller chercher T homme dans V embryon de V espèce; les pères, les mères surtout doivent d'abord fixer son attention. » Ducos alla plus loin, et proclamant les bienfaits des lumières, il dit : « Le retour des préjugés, voilà la véritable contre-révolution : bâtez-vous de prévenir leur influence en donnant des
écoles primaires »Et il demanda que l'éducation
primaire fût commune à tous et forcée pour tous. (( Il faut opter entre l'éducation domestique et la liberté... Tant que par une éducation commune vous n'aurez pas rapproché le pauvre du riche...., c'est en vain que vos lois proclameront la sainte égalité. La république sera toujours divisée en deux classes : les citoyens et les messieurs. »
Rabaut- Saint- Etienne appuya fortement l'opinion de Ducos : pour lui, il était démontré qu'il fallait renouveler subitement la génération présente, en formant en même temps la génération à venir, « et il en offrait à la Convention un moyen infaillible, un secret qu'il empruntait aux temps passés,
un secret bien connu des prêtres Législateurs
habiles qui nous parlez au nom du ciel , disait-il apostrophant le sacerdoce, ne saurions-nous faire,
ET DE LA LIBERTÉ d'f.NSEIGNEMENT. 23
pour la vérité et la liberté, ce que vous avez fait si souvent pour l'erreur et l'esclavage? » Or, ce secret n'est autre chose que l'érection, « dans chaque canton, d'un temple national où, chaque dimanche, les officiers municipaux donneront une leçon de morale aux citoyens assemblés. Cette leçon sera tirée de livres approuvés par le corps législatif et suivie du chant d'hymnes approuvés aussi par le Corps législatif Un catéchisme simple et court (c'est le plagiat de l'idée de M. de Talleyrand), dressé par le Corps législatif, sera enseigné, et tout garçon de quinze ans sera obligé de le savoir par cœur. »
à l'âge de 21 ans, tout citoyen sera tenu de justifiera qu'il sait un métier propre à lui faire gagner sa vie, » et cela sous plusieurs peines prescrites.
L'assemblée applaudit frénétiquement ; mais Ma rat , qui trouvait avec raison que les orateurs divaguaient, et qui d'ailleurs avait déplus urgentes propositions à faire, rompit brusquement le débat : « Vous ressemblez, dit-il, à un général qui s'amuserait à planter des arbres pour nourrir de leurs fruits ses soldats qui mourraient de faim. Je demande que l'assemblée ordonne l'impression de ces discours pour s'occuper d'objets plus importants. »
La discussion fut ajournée, et il n'en fut plus question qu'après que la Convention eut donné à la France la Constitution de 1793.
l[\ HISTOIRE DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE
IL Projets de Lakanal, — ■ de Michel Lepelletier. — Décret du iS septembre 1793.
Nous avons vu jusqu'ici dominer dans les débats révolutionnaires la préoccupation exclusive de former une instruction publique, complément de la constitution politique, basée sur cette constitution et créée uniquement pour en propager dans la jeunesse la connaissance et l'amour. Telle ardente qu'ait été sur ce point la volonté des législateurs, elle n'a pas pu cependant leur faire abolir complètement le principe sacré de la liberté d'enseignement. Si M. de Talleyrand, si Condorcet, si Cbénier voulaient établir d'une manière inébranlable le magnifique édifice des écoles de l'État; si quelques tribuns plus audacieux voulaient, en rendant l'instruction primaire gratuite, la rendre aussi obligatoire et forcée pour tous, néanmoins nul ne pouvait, nul n'osait peut-être renier le libre exercice du droit d'enseigner les objets des connaissances humaines qui n'étaient pas la constitution proprement dite; et la preuve, c'est la loi imposée à tout citoyen de vingt et un ans de justifier de ses moyens d'existence; ce qui suppose nécessairement un apprentissage quelconque, matériel ou intellectuel, et partant, l'existence d'écoles pratiques et d'écoles littéraires, si l'on peut ainsi parler.
Il suffit d'ailleurs d'étudier de près la législation, et surtout le système général des législateurs, pour se convaincre qu'ils concentraient toute leur sollicitude sur l'éducation politique à donner à la
France ; que c'était là le but unique de leurs combinaisons, le rêve de leur pensée, la raison de leur folie; et qu'en écrivant dans la Constitution de 9,3, que la nation « garantit à tous les Français une instruction commune,» il ne s'agissait nullement de culture intellectuelle, mais seulement du dessein arrêté de « mouler les enfants à l'effigie de l'Etat, » selon l'expression récente et remarquable d'un de nos hommes d'État (M. Thiers).
En effet, lorsqu'en conformité du décret rendu le q.6 juin, et portant que « le plan d'instruction publique serait discuté chaque jour, » Lakanal, organe du comité, vint présenter le même jour son plan d'éducation, il s'exprima ainsi, développant sous son double aspect la pensée du législateur:
« L'éducation que donne la nation est intellectuelle, physique, morale et industrielle : les garçons sont élevés surtout aux exercices du corps ; les filles sont surtout instruites à coudre et à tricoter. » Et plus loin, art. [\i : « La loi ne peut porter atteinte AU DROIT QU'ONT LES CITOYENS D'OUVRIR DES COURS ET DES ÉCOLES PARTICULIÈRES ET LIBRES SU/'
toutes les parties de l'instruction, et de les diriger comme bon leur semele. » Ces écoles libres étaient seulement soumises « à la surveillance des bureaux d'inspection et d'une commission centrale. »
Ainsi, la liberté est proclamée en face de l'instruction publique.
Inutile de nous arrêter sur le plan de Lakanal. Nous avons vu comment il entendait l'éducation intellectuelle et physique; quant à la morale, elle résidait toute pour lui dans les fêtes communales et
fêtes nationales, qu'il instituait en grand nombre. Pour les célébrer, il demandait la construction d'un théâtre au moins par canton , théâtre où les hommes devaient s'exercer à la danse , et les femmes s'instruire à la danse: le tout couronné par l'établissement d'une classe d'instituteurs qui devaient être décorés « d'une médaille avec cette inscription : Celui qui instruit est un second père.»
Ce plan ne fut pas goûté par tout le monde : Coupé, de l'Oise, le combattit comme tendant à former une congrégation nouvelle, et Lequinio, réduisant les degrés d'instruction à deux, les fêtes nationales à sept, suppléait au reste par l'institution « d'un comité philosophique chargé de rédiger chaque jour un journal capable d'éclairer le peuple simple des campagnes. Ce journal simple et précis deviendra le centre des lumières y et les répandra en moins de deux ans sur toute la surface de la République. »
L'Assemblée vota l'impression de tous les discours et ne décida rien.
Mais le génie des conventionnels n'était pas épuisé. Michel Lepelletier offrit bientôt un projet plus vaste, plus uniforme que tous ceux qui l'avaient précédé. A ses yeux l'enseignement public ne devait avoir qu'un seul degré. «Tous les enfants, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à douze pour les garçons, jusqu'à onze pour les filles, devaient être élevés en commun aux dépens de la République, sous la sainte loi de l'égalité. » Le travail intellectuel était presque banni, et à sa place on organisait le
travail manuel. « Les garçons de préférence doivent être exercés à travailler la terre, employés dans les manufactures y ou conduits sur les grandes routes pour y ramasser des cailloux. »
La philanthropie y a sa part : des hôpitaux devaient être placés à côté des maisons d'éducation, ou même y être réunis , « et les enfants devaient, chacun à leur tour, être employés au service et assistance des vieillards et des infirmes, a
Il est vrai qu'un article spécial portait ensuite « quil ne serait pas parlé à F enfant de religion. »
Ceci suffit pour faire apprécier la portée du projet de Lepelletier. Sans doute il serait tombé dans l'oubli comme les autres, si la fin tragique de son auteur, tué par le garde du corps Paris, le 21 janvier, ne lui eût donné une immense popularité. Présenté alors comme l'œuvre d'un martyr de la liberté, il ne se trouva pas d'orateur si puissant qui n'ambitionnât l'honneur de le soumettre à l'assemblée. Robespierre eut cette gloire, et le 1 3 juillet il fit lecture du plan de Lepelletier; son rapport dura quatre heures.
« Avec la mémoire de ses vertus, dit-il , Michel Lepelletier a légué à sa patrie un plan d'éducation que le génie de l'humanité semble avoir tracé. En l'écoutant vous sentirez plus douloureusement la perte que vous avez faite, et l'univers aura une preuve de plus, que les plus implacables ennemis des rois sont les plus tendres amis de l'humanité. »
Le fond de la pensée de Lepelletier était l'éducation commune : il n'avait pas osé formuler d'une manière absolue Y obligation forcée de cette éduca-
i*8 HISTOIRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
tion ; le respect involontaire de la liberté le retenait. Ce même sentiment entraîna Grégoire, qui dans la discussion demanda que l'on n'adoptât pas la réunion à demeure des enfants dans les maisons nationales; Léonard Bourdon, qui déclara au nom du comité, que tous les enfants devaient être élevés aux frais de la République dans des maisons d'égalité, mais que, en cas de résistance des parents, l'action de l'État se bornait à une surveillance; et Danton lui-même, qui, moins audacieux qu'il ne devait l'être plus tard, se résuma en sollicitant qu'on décrétât « des établissements nationaux où les enfants seraient instruits, nourris et logés gratuitement, et des classes où les citoyens qui voudraient garder leurs enfants chez eux, pourraient les envoyer s'instruire. »
Cet avis fut adopté, et encore ici la liberté fut à peu près sauve.
Mais la discussion n'était pas terminée. 11 y avait encore deux choses à faire: la première c'était de compléter la destruction de tout ce qui avait pu résister aux coups de la législation révolutionnaire dans l'édifice antique de l'instruction publique; la seconde de créer quelque chose sur ses ruines universelles. Lakanal se chargea de cette double mission ; il tenait à son ancien projet, et il avait à cœur de porter la dernière atteinte au système ancien. Saisissant un moment favorable, il fit décréter une loi en trois articles; les deux premiers établissaient trois degrés d'instruction, le troisième supprimait « sur toute la surface de la République
les collèges et les facultés de théologie, de médecine, des arts et de droit» ( i5 septembre).
Violemment attaqué le lendemain par Coupé et Chabot, ce décret fut dénoncé comme tendant à ressusciter les abus de l'ancien régime, et à ériger l'aristocratie des savants. « Il tient, dit Chabot, au plan des Brissotins, qui voulaient aussi élever la domination philosophique, quand nous voulions la démocratie des sans-culottes et du bon sens. »
La démocratie des sans-culottes triompha. On applaudit à Fabre d'Eglanline, demandant le maintien du troisième article, qui anéantissait les académies et les facultés , réceptacles de préjugés, et à Fourcroy, qui pensait qu'on ne pouvait laisser plus longtemps exister les collèges, « où X instruction était souvent en opposition avec les mœurs nouvelles.» Et l'ajournement du décret fut prononcé; les facultés et les collèges restèrent seuls abolis.
III. Travaux du Comité d'instruction publique. — Loi du 29 frimaire an II.
Avec la deuxième année de la Convention, au moment où la Constitution de 1793 est suspendue et remplacée par le gouvernement révolutionnaire, où le tribunal révolutionnaire , recevant une nouvelle organisation , déploie cette effrayante activité qui tenait l'échafaud en permanence, le zèle du Comité d'instruction publique se ranime plus ardent que jamais.
Nous ne nous arrêterons pas à signaler les innombrables travaux de ce comité et de ses mem-
3o HISTOIRE DE i/l INSTRUCTION PUBLIQUE
bres; il nous suffira de consigner tout ce qui a trait à la législation de l'instruction publique. Cependant nous nous reprocherions de ne pas conserver ici le souvenir de quelques traits qui seuls peuvent faire connaître dans leur triste réalité , et le caractère et les préoccupations des hommes qui s'étaient donné lamission de régénérer la France par V éducation et les lumières. On y trouvera d'ailleurs la haute raison et l'explication supérieure des folies et du délire qui ont inspiré leurs créations législatives.
Ainsi, c'est le Comité d'instruction publique qui est chargé de recueillir les actes de vertu , et c'est Thuriot qui s'écrie à ce sujet : « Citoyens, déclarez solennellement qu'au milieu des révolutions nées de l'énergie du sentiment, et qu'au sein d'une république tout le monde est obligé d'être vertueux. » Et l'Assemblée décrète cette obligation : le même jour elle complétait les quatre sections du tribunal révolutionnaire.
Le lendemain , décret qui charge les corps administratifs de remplacer les instituteurs publics ; et le même jour décret ainsi conçu :
« La Convention nationale décrète que le tribunal révolutionnaire s'occupera sans délai et sans interruption du jugement de la veuve Capet. » (3 octobre 1793.)
Puis , voici un décret (5 octobre) qui abolit Yère vulgaire ; un autre qui déclare : « que Versailles a bien mérité de la patrie, et que le Jeu de Paume sera employé à un établissement d'instruction publique. » (7 brumaire.) Voici un rapport de David,
ET DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. 3l
qui propose l'érection sur le Pont-Neuf d'un monument qui représenterait l'image du peuple géant : les effigies des rois et les débris de leurs vils attributs lui serviraient de piédestal. Léonard Bourdon demande que le piédestal soit aussi formé des débris de la superstition. Décrété. Voici ensuite le décret du 20 brumaire , portant « que l'église métropolitaine de Paris est désormais le Temple de la Raison. » L'Assemblée s'y rend en corps, accompagnant la déesse de la Raison , et y chante l'hymne à la liberté, de Chénier. Enfin, voici le décret obtenu par Romme, et portant que les actes de renonciation des prêtres , qui « prouvent les progrès de la philosophie , seront déposés au Comité d'instruction publique, » et « traduits en langues étrangères, » ajoute Tlmriot.
Tantôt l'Assemblée admet aux honneurs de la séance les jeunes élèves de la patrie de la section des Arcis, déclarant qu'ils ont pris pour patron Lepelletïer, à la place de saint Nicolas; tantôt elle discute (8 pluviôse), sur la proposition de Barrère , l'envoi d'instituteurs chargés d'apprendre la langue
FRANÇAISE et la DÉCLARATION DES DROITS DE l'ïIOMME
aux bas Bretons, aux Basques, aux Alsaciens et aux Corses. » Elle ordonne (7 pluviôse), sur le rapport de Grégoire, la confection de livres élémentaires. « Il faut que X éducation nationale s'empare de la génération qui naît; qu'elle aille trouver l'enfant sur le sein de sa mère, dans les bras de son père... L'ouvrage qu'on demande devra donc tracer des règles de conduite pour le temps de la grossesse,
3l HISTOIRE DE ^INSTRUCTION PUBLIQUE
des couches, de V allaitement... » Il était difficile de prendre l'éducation de plus loin.
Le 12 germinal, l'Assemblée reçoit l'hommage d'un essai historique et patriotique sur les arbres de liberté, par Grégoire; le 25, elle décerne les honneurs du Panthéon à J. J. Rousseau, et renvoie au Comité d'instruction publique pour l'exécution, ainsi que pour toutes les propositions faites sur les honneurs à décerner à la mémoire des représentants du peuple. Le 18 floréal, elle entend le rapport de Robespierre sur les fêtes nationales décadaires, et sur la fête de l'Etre suprême, et elle décide que « le rapport sera placardé sur tous les murs, traduit dans toutes les langues, et répandu dans tout l'univers. » Le 21 floréal, elle ordonne la copie par la manufacture des Gobelins des deux tableaux de Lepelletier et de Marat ; et, le même jour, vingt-cinq victimes étaient exécutées; madame Elisabeth était la seconde sur la liste. Le i3 prairial, elle écoute un rapport de Barrère, sur la fondation de l'école de Mars, dans la plaine des Sablons, et le 16, un rapport de Grégoire sur la nécessité de révolutionner la langue; ce qui se formule dans le projet suivant: « Le Comité d'instruction publique présentera un rapport sur les moyens d'exécution pour une nouvelle grammaire et un vocabulaire nouveau de la langue française. » Le 20 prairial , elle assiste en corps à la fête de Y Être suprême ; le 2 3 messidor, elle écoute le rapport de David sur l'apothéose de Barra et de Yiala, et elle en ordonne l'envoi « à toutes les écoles primaires, aux armées , etc., » sans doute à cause de l'éloge
de la démocratie. « Sous un gouvernement si beau, disait l'orateur, la mère enfante sans douleur; le commerce fleurit à l'ombre de la bonne foi; la sainte égalité plane sur la terre, et d'une immense population fait une nombreuse famille. O vérité consolante! tel est le Français d'aujour-
d'bui! Que le monde entier répète avec nous :
Paix aux chaumières, mort à tous les tyrans! etc.. »
L'apothéose de Barra et de Viala était fixée aux premiers jours de thermidor; mais le 9 de ce mois Robespierre monta sur l'échafaud, et la fête fut oubliée.
Les jeunes martyrs de la liberté furent remplacés par deux de ses vieux apôtres : Marat et J. J. Rousseau. Lakanal demanda, au nom du Comité d'instruction publique, les honneurs du Panthéon pour l'auteur du Contrat social, « homme immortel qui semble s'être associé à la gloire de la création du monde, en donnant à ses habitants des lois universelles et nécessaires comme celles de la nature, lois qui n'existaient que dans les écrits de ce grand homme avant que vous en eussiez fait présent aux peuples.» Léonard Bourdon, au nom du même comité, présenta le plan de la translation des cendres de Marat.
Arrêtons-nous ici. On voit que le Comité d'instruction publique ne restait pas oisif; et quand on se reporte aux noms qui le composaient, aux actes que nous venons de rappeler, à l'esprit qui le dirigeait, on a déjà compris par avance quelles pouvaient être la nature et la portée de ses travaux lé- II. 3
gislatifs pour l'organisation de l'enseignement en France.
Ce n'est pas que la Convention ne sentît toute la gravité de la question, et ne fît de grands efforts pour la résoudre. Elle ne se dissimulait pas avec Lebori « qu'on n'avait fait encore que divaguer sur cet objet si intéressant : elle voyait bien que , charger son comité de rédiger des feuilles purement morales, qui seraient affichées chaque jour, dans toute la République , ainsi que le demandait Thuriot, était un moyen inapplicable et inutile; » et elle consentit, avec Fourcroy, à ce que « l'éducation nationale fût enfin mise à l'ordre du jour. »
La discussion fut reprise le 29 vendémiaire an IL Lebon demandait que l'on se fixât sur « le point de savoir si on établirait une éducation nationale, suivant laquelle on remplacerait les pères et mères par le mode d'une éducation commune et obligée : il sollicitait la rédaction d'un catéchisme simple et court sur les devoirs des citoyens. » C'était la pensée de Robespierre et celle de Talleyrand. Chénier la compléta en réclamant des fêtes nationales, seul moyen de créer « cette éducation nationale qui n'existe
pas encore » «Vous avez fait les lois, faites les
mœurs. Continuez à diriger, d'une manière ferme et rapide, le grand mouvement imprimé par le peuple français à l'esprit humain, et complétez cet évangile de l'égalité qui doit triompher des préjugés les plus antiques, et renouveler la face du monde! »
L'instruction publique n'en était pas plus avan-
cée. Les enfants de la jeune section deMucius Scœvola vinrent réclamer son organisation , et Danton les appuya. « Au moment où la superstition succombe pour faire place à la raison (on venait de décréter le culte de la Raison) , vous devez donner une centralité à l'instruction publique, comme vous en avez donné une au gouvernement (on venait de créer le gouvernement révolutionnaire).» Il demande des jeux nationaux et un temple au Champ de Mars : « Si la Grèce eut ses jeux olympiens , la France solennisera aussi ses jours sans-culottides. » La discussion se rouvrit le 21 frimaire.
Fourcroy (il faut le remarquer ) parla le premier en faveur de la liberté. * Ici, la liberté est le premier et le plus sûr mobile des grandes choses .... Si l'on adoptait les plans d'instituts et de lycées qui ont été tant de fois reproduits, on aurait toujours à craindre l'élévation d'une espèce de sacerdoce, plus redoutable peut-être que celui que la raison du peuple vient de renverser Le système libre est le seul que vos principes vous permettent d'adopter. »
Il fut appuyé par Thibaudeau, qui demanda que renseignement des hautes sciences fût libre, et par Bouquier, qui présenta un projet de décret dans ce sens. Après avoir vanté les sources inépuisablesd'instruction que la révolution avait placées partout, « ces séances des départements , des districts, des municipalités, des tribunaux, et surtout des sociétés populaires, où les jeunes gens puiseront la connaissance de leurs droits , de leurs devoirs, des
36 HISTOIRE DE L INSTRUCTION PUBLIQl I£
lois et de la morale républicaine, » l'orateur proposa un décret dont le premier article portait :
« L'enseignement est libre ; » et les articles suivants créaient des écoles primaires pour les deux sexes, et invitaient les pères et mères à y envoyer leurs enfants. «Les parents pourront,» disait l'article.
Charlier demande qu'on mette seront tenus.
Thibaudeau réclame au nom des droits de la nature.
A ce mot, Danton bondit à la tribune et s'écria : « Il est temps de rétablir ce grand principe qu'on semble méconnaître, que les enfants appartiennent A LA RÉPUBLIQUE AVANT «APPARTENIR A LEURS
parents. Personne plus que moi ne respecte la nature ; mais l'intérêt social exige que là seulement doivent se réunir les affections. Qui me répondra que les enfants , travaillés par l'égoïsme de leurs pères, ne deviennent dangereux à la République ? Nous avons assez fait pour les affections, devonsnous dire aux parents: nous ne vous les arrachons pas, vos enfants; mais vous ne pouvez les soustraire à l'influence nationale. »
L'amendement fut adopté et la loi votée dans son ensemble : c'est celle du 29 frimaire an II. Il ne sera pas inutile d'étudier quelques-unes de ses dispositions générales; premier acte législatif sérieux qui soit émané d'une assemblée révolutionnaire sur cette grande question, elle a droit à notre examen.
Le principe de la liberté était posé en tête de la loi avec une entière netteté.
Art. ier. «L'enseignement est libre; — il sera fait
publiquement. — Les citoyens et citoyennes qui voudront user de la liberté d'enseigner seront tenus :
i° De déclarer à la municipalité ou section de la commune qu'ils sont dans l'intention d'ouvrir une école.
2° De désigner l'espèce de science ou d'art qu'ils se proposent d'enseigner.
3° De produire un certificat de civisme et de bonnes mœurs.»
Ainsi , c'est donc la liberté pleine , absolue en principe : seulement elle est soumise aux restrictions de publicité , de déclaration légale , de certificat de moralité.
En second lieu, la surveillance de l'État est assurée par la deuxième section de la loi; et ici, par une juste et remarquable appréciation, cette surveillance est confiée aux municipalités et aux pères de famille. Rien de plus équitable, rien de plus naturel.
Cette même section établit une pénalité contre tout instituteur qui enseignerait des préceptes ou maximes contraires à la morale et aux lois républicaines, ou qui outragerait les mœurs publiques. C'est encore la consécration d'un droit de l'Etat et d'un de ses devoirs.
Ensuite, et ici apparaît l'étrange contradiction que nous avions prévue : tout à coup la liberté cesse; reconnue pour l'enseignement entier, elle est refusée pour l'instruction du premier degré , pour l'instruction élémentaire. Ainsi, la loi oblige les pères et mères à envoyer leurs enfants à l'école.
Elle constitue au profit de l'État un monopole sur cet enseignement, en imposant aux instituteurs les livres absolument nécessaires pour former les citoyens, livres approuvés par la Convention , livres qui ne sont pas encore faits, et qui seront avant tout les Droits de l'homme , la Constitution, le tableau des actions héroïques et vertueuses. C'est là une de ces absurdités et un de ces manques de foi auxquels nous devions nous attendre ; on y trouve la mesure de la manière dont Danton et Robespierre entendaient la liberté, et nous nous fussions étonnés de ne pas rencontrer quelque part la tyrannie sous le masque de l'indépendance.
Quoi qu'il en soit , et malgré cette perfidie , l'enseignement était libre, l'enseignement intellectuel du moins, et le principe était consacré.
IV. L'École de Mars. — L'École Normale. — Loi du 1 7 brumaire an III. — Écoles spéciales.
Mais tout n'était pas dit sur l'instruction publique. La loi du 29 frimaire ne remédiait à rien et ne créait rien; et le 1 3 prairial, Barrere pouvait s'écrier: « Il y a quatre ans que les législateurs tourmentent leur génie pour fonder une éducation nationale , pour ouvrir des écoles primaires, pour instituer divers degrés d'instruction, pour raviver les sciences et les lettres , pour encourager les lettres et pour élever en républicains la nombreuse génération qui s'élève. Qu'ont-ils obtenu? qu'ont-ils établi? Rien encore. Les collèges sont heureusement fermés;
ET DE LA LIBERTÉ D'ENSEIGNEMENT. 3o,
mais aucun établissement ne les a remplacés. ...» Pour combler ce vide affreux, Barrère fit adopter le décret qui organise Y Ecole de Mars, « où seront admis six jeunes citoyens de chaque district de la République , de lage de seize à dix-sept ans , pris parmi les enfants des sans-culottes les plus robustes et les plus intelligents , pour y recevoir, par une éducation révolutionnaire , toutes les leçons et les mœurs d'un soldat républicain. »
En vain la Convention se plaisait-elle avoir fonctionner ces jeunes élèves de Mars sur leur théâtre du ci-devant Prieuré- Martin; en vain écoutait-elle les rapports de Thibaudeau sur les ouvrages élémentaires composés sous ses auspices; en vain, après la chute de Robespierre, épurait-elle les instituteurs de l'École de Mars, elle savait bien qu'il ne se présentait dans les sections aucun homme instruit pour remplir les fonctions d'instituteur; elle désirait, avec Oudot, que le Comité d'instruction mît les écoles primaires en activité sous trois mois; elle reconnaissait la vérité du langage de Fourcroy, quand il disait : « Sachez que rien n'est plus pressant que de vous occuper d'instruction publique. Faut-il vous dire que même à la porte de vos séances on met partout des fautes d'orthographe ? On n'apprend plus à lire ni à écrire! Nous ne manquons pas de besogne, ajoute-t-il; elle est toute faite : il ne s'agit que de la méditer et de la mûrir par la discussion. »
Nous avons vu que la discussion ne mûrissait guère les questions d'instruction publique, et que le Comité ne les faisait pas avancer davantage. Était-
4o HrSTOIRE DE i/lNSTRUCTION PUBLIQUE
ce pour faciliter son travail, était-ce pour donner enfin une base quelconque à l'enseignement toujours hypothétique des écoles républicaines, que Bafrère demanda à ce même comité un travail définitif sur les institutions républicaines ? Peu importe : le débat languissait de plus en plus, et il fallut que Giraud, proclamant , le 11 fructidor an II, « que l'instant était arrivé où le premier aréopage de l'Europe devait consolider le majestueux édifice de la révolution par la base inébranlable de l'instruction publique,)) proposât un décret d'après lequel la Convention devait s'occuper trois jours par décade de l'organisation de l'instruction , et dont le dernier article « faisait appel à tous les citoyens français, et les invitait, sous l'espoir d'une couronne civique , à faire connaître au comité le résultat de leurs travaux sur l'éducation. »
Force fut bien au Comité de présenter un plan. Ce n'est pas, du reste, qu'il perdît de vue l'objet de son institution ; mais en face des ruines qu'il avait faites, il reculait épouvanté. Il ne se dissimulait aucune des difficultés qu'il devait vaincre, et leur multiplicité l'effrayait; il ne savait par quel principe commencer, et l'anarchie s'était mise dans les idées de ses membres, en présence des obstacles qui surgissaient de toutes parts.
Enfin Lakanal présenta, le 3 brumaire an III, un rapport où il exposa la situation des choses. Le rapporteur avoue qu'on n'a encore rien fait pour l'éducation, et il excuse la Convention sur l'importance du rôle actif qui l'avait absorbée. En dépit des faits , il affirme que cette assemblée « n'a pas dû
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s'occuper du soin d'éclairer la France et de la faire triompher.» Le temps, d'ailleurs, devait être en quelque sorte «le professeur universel de la République. »
Il parait que le Comité espérait avoir profité de la leçon. «Le moment est venu, dit Lakanal, de rassembler dans un plan digne de la France et du genre humain , les lumières accumulées par les siècles. » Le tout se résuma, pour l'instant, à l'établissement à Paris d'une École Normale, où seraient appelés des citoyens déjà instruits, pour apprendre, sous les professeurs les plus habiles, l'art d'enseigner. « Rentrés dans leurs districts respectifs, ces citoyens devaient y établir d'autres écoles normales, pour transmettre aux futurs instituteurs la méthode de l'École Normale de Paris.»
Les écoles normales furent décrétées le 9 brumaire, et, grâce à la générosité de la République qui paya les frais de voyage, i,4oo élèves instructeurs arrivèrent à Paris ; trente mille francs d'achat de livres furent accordés... Tout présageaitle succès, et le Moniteur enregistrait avec orgueil les leçons du citoyen Laplace et les adresses des élèves à la Convention.
Trois mois après, Thibault monte à la tribune et demande brusquement la fermeture de l'École Normale. « Il y a une infinité d'élèves qui ne vont point à l'école, dit Pénières...: le but de l'institution est manqué... — Il l'est, ajoutent plusieurs voix. — 11 l'est absolument, reprend Romme. Comme je ne vois dans l'institution actuelle que le charlatanisme organisé, j'en demande la suppression
L'École Normale est un véritable chapitre, ajoute Thibault: la plupart des élèves sont des chanoines...» A. ce toile général, le Comité ne sut que répondre. Fourcroy demanda qu'il fût entendu dans le plus bref délai , et Daunou vint faire en son nom l'oraison funèbre de l'Ecole Normale. Sans doute cette triste mission l'afflige , et il ne peut cacher ses regrets : « Environnés de tant de ruines, devez-vous si légèrement abolir les plus récents de vos ouvrages? Et quand, surtout , vous n'avez laissé subsister aucun vestige de l'ancienne instruction publique, faut-il refuser une existence, au moins provisoire , au petit nombre d'établissements nouveaux que vous y avez substitués ? Lorsque vous n'avez pu mettre en activité ni vos écoles centrales, ni, à proprement parler, vos écoles primaires, est-il bien urgent de dissoudre une institution sans doute imparfaite, mais la seule du moins qui représente aujourd'hui et celles qui n'existent plus, et celles qui n'existent pas encore? » Néanmoins l'orateur ne peut se dissimuler que le but est manqué, « que les leçons, plus dirigées vers les hauteurs des sciences que vers l'art d'enseigner les éléments, n'ont pas eu un caractère vraiment normal. » Une consolation reste pourtant au milieu de ce désastre, c'est que les leçons de l'École Normale ont élevé l'enseignement au niveau de l'état actuel des connaissances, « avantage inappréciable dans un moment où il convient de rassembler toutes les lumières et toutes les forces de la philosophie contre des préjugés qui se réveillent, et contre des superstitions sans cesse renaissantes : » c'est-à-dire, au
moment où les prêtres, échappés à l'exil et aux bourreaux, rentraient en France, et où se rouvraient les quelques églises que la Convention n'avait pas démolies ou converties en casernes.
Le rapporteur concluait eu demandant la clôture de l'école pour le 3o prairial , avec toute liberté pour les élèves de partir avant ce temps.
Le délai parut encore trop long; un membre s'écria : « Les plus courtes folies sont les meilleures î Abrégez la durée de ces écoles.» Et la fermeture fut fixée à la fin du mois courant, au 3o floréal.
Le 17, une députation des élèves vint remercier la Convention et demander le payement des frais de route; le 23, l'indemnité fut accordée, et il ne fut plus question de l'École Normale.
Trois mois avaient suffi pour la voir naître et mourir : en vérité, cette versatilité, inconcevable même chez les législateurs de la Convention, aurait droit de nous étonner, si nous ne trouvions ailleurs que dans leur inconstance la cause réelle de leur soudaine animosité contre leur propre création. Le vrai motif du licenciement de l'École Normale , et par conséquent le seul que n'ait pas osé dire M. Daunou, fut le scandale donné dans le sanctuaire des lumières et de la philosophie par un des plus anciens disciples de cette philosophie , et l'impression alarmante qu'il produisit sur les élèves. Les échos de l'École Normale s'épouvantèrent quand ils entendirent Laharpe , le citoyen Laharpe , consacrer son noble talent à la cause proscrite de la religion et delà morale , et quand ils durent répéter les accents aussi religieux qu'éloquents de sa parole
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convertie. La Convention trembla, et tua l'école pour fermer la bouche au dangereux professeur.
Voilà l'historique de l'École Normale de Paris , destinée à former des instituteurs pour les écoles primaires.
Que devenaient, en attendant leurs maîtres, ces écoles primaires?
Lakanal avait voué sa vie à l'établissement de l'instruction primaire : il y usait son génie et ses forces. Le 7 brumaire an III, il présenta un rapport contenant organisation de « 24,000 écoles nationales, avec plus de 40,000 instituteurs et institutrices, où environ 3,6oo,ooo- enfants pourraient recevoir l'instruction première. » Dans l'article relatif au régime des écoles, on remarque les objets d'enseignement qui étaient :
i° et 20 La lecture et l'écriture; 3° et 4° La déclaration des droits et la Constitution;
5° La morale républicaine; 6° La langue française; 70 et 8° L'arithmétique et l'arpentage; 90 L'histoire naturelle ; io° Les éléments d'histoire politique.
On retrouve toujoursla double idée de Talleyrand, la base politique et la hiérarchie administrative. Baraillon attaqua le projet comme embrassant trop de connaissances , et il en substitua un autre moins vaste, où il fit entrer les règles de Y hygiène et de la prophylactique pour les femmes. On ordonna l'impression de son discours, et le 27 bru-
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maire le projet de Lakanal passa en loi, après une assez vive discussion.
Remarquons, pour l'honneur de la France et pour la force irrésistible de la vérité , que le dernier article était ainsi conçu :
« La loi ne peut porter aucune atteinte au droit qu'ont les citoyens d'ouvrir des écoles particulières et libres, souslasurveillance des autorités constituées.»
La liberté l'emportait, et son triomphe était assuré, puisqu'on lui restituait l'empire de ces écoles primaires dont elle avait été bannie l'année précédente. Rien n'est plus remarquable, rien n'est plus consolant que cette lente et infaillible puissance du droit sortant victorieux de toutes les luttes, patient comme la justice divine dont il émane, imprescriptible comme elle.
Lakanal avait donc obtenu l'instruction primaire: c'était peu de chose à ses yeux , s'il ne pouvait pas attacher son nom à l'établissement des deux degrés qui restaient à créer. En vain la Convention avait repoussé, par ses ajournements et par ses votes, l'instruction secondaire. « Citoyens , dit-il, si vous n'étiez pas convaincus que la République française ne peut se maintenir et prospérer que par l'instruction, et que la liberté sans les lumières ne fut jamais qu'une Bacchante effrénée ( on avait fait du chemin depuis o,3), je vous dirais qu'un grand nombre de départements réclament les établissements que nous proposons; que l'unité de la République appelle l'unité de l'enseignement Il vous
reste un pas à faire pour monter tout le système
de l'instruction nationale... » Ce pas fut l'établissement des écoles centrales. Le décret parlait d'une école par 3oo,ooo habitants : quinze professeurs devaient y enseigner les mathématiques , la physique et la chimie expérimentales , l'histoire naturelle, la méthode des sciences ou la logique, et l'analyse des sensations et des idées, l'économie politique et la législation, l'histoire philosophique des peuples, l'hygiène, les accouchements, les maladies des femmes en couches et celles des enfants, les arts et métiers, la grammaire générale, les belles-lettres , les langues anciennes , les langues vivantes appropriées aux localités, les arts du dessin, l'agriculture et le commerce; le tout professé en français , d'après des livres élémentaires composés sous les auspices du Comité d'instruction, et surveillé par un jury central... Le décret passa sans opposition.
Cependant le Comité d'instruction publique continuait ses travaux accessoires avec un zèle infatigable : l'Assemblée attendait le rapport de Guyton- Moiveau et de Prieur sur les aérostats ; recevait des mains de la veuve de Rousseau deux manuscrits cachetés qui ne devaient être ouverts qu'en 1801 , et, sur la judicieuse observation de Barrère : « la révolution a tellement accéléré le progrès des lumières, que nous sommes plus avancés que si nous étions en 1900, » elle ordonnait de briser les cachets , et trouvait avec admiration une nouvelle copie des Confessions avec les noms en toutes lettres. Elle entendait un discours de Chénier sur le
réveil des sciences et des arts; un discours de Lavicomterie sur la morale calculée, où l'orateur, « renversant les tréteaux antiques et modernes des Thomas , des Augustin , des Jérôme , ces révérends fous qui ont rempli pendant i5oo ans l'Europe de leur démence, » demande l'établissement de chaires de morale calculée, et déclare «qu'il mourra content s'il épargne un soupir au civisme et à la vertu , s'il empêche une seule larme de couler. » Ou bien, après avoir entendu Guyton -Morveau, et son rapport et sur les principes qui ont dirigé l'École de Mars , les moyens qu'il a fallu créer révolutionnairement, les fruits qu'on peut s'en promettre , les vues que l'on doit recueillir pour assurer et accroître les avantages de cette institution , » elle conclut avec l'orateur et décrète le licenciement immédiat de cette école modèle.
Puis elle accorde 20,000 francs de secours au Lycée républicain , afin , comme le disait Boissy d'Anglas, « de conserver pendant Yinterrègjie de renseignement ( le mot est caractéristique), un asile où les beaux-arts pussent rallulumer le flambeau qui doit éclairer le reste du monde. » Sur la demande de Fourcroy, elle décrète la création d'une école centrale des travaux publics, de trois écoles de santé; sur celle de Boissieu, d'écoles de navigation et de canonnage maritime. Elle écoute un rapport de Chénier sur les moyens de remplacer les cérémonies religieuses, et sur l'observation d'une fête civique qu'on célébrera chaque décadi par des instructions morales écrites dans un style élégant et correct, par des hymnes civiques et
par des danses non étudiées. Elle décrète, sur la proposition de Grégoire, la formation du Bureau des longitudes.
Tout cela n'est que le prélude d'un dernier effort.