CHAPITRE XV
En conformité de ces dispositions, l'armée se mit en mouvement immédiatement après le coucher du soleil , et arriva à sa destination un peu après minuit. Ferdinand préparé à cet événement par la tournure des affaires , ordonna à son armée , ïe 3i , à cinq heures du soir, de se tenir prête à marcher à une heure du matin : néanmoins le départ fut retardé jusqu'à cinq heures. Alors elle se mit en mouvement sur huit colonnes , et à six heures elle fut formée, la droite au marais, en arrière de Hahlen, la gauche liée avec le corps de Wangenheim, qui prit poste derrière les batteries en avant de Tonhausen. La cavalerie devait être distribuée sur les deux ailes, mais celle des Anglais , formant la droite , fut retenue par l'entêtement de lord Sackville , et n'arriva point à temps à son poste.
L'armée française avait devant elle mie colline qui eût couvert sa marche. Les généraux occupés, depuis le point du jour, à déployer leurs colonnes n'eurent pas l'oeil sur les manœuvres des aWiés. Leuj^s colonnes ne purent se débrouiller assez promptement y les unes étaient trop rapprochées , les autres trop éloignées : la confusion régnait dans toutes. L'armée ne fut, à peu près, rangée en bataille, qu'à huit heures, à l'exception de la division Broglie , qui commença son attaque vers cinq heures du matin, sur le corps de Wangenheim, par une vive canonnade.
320 TRAITlî DES GRANDES OPERATIONS MILITAIRES.
Au lieu de fondre siii l'ennemi , avec impétuosité, le duc de Broglie perdit trois heures à faire un feu d'artillerie auquel les alliés npostèrent ; il imagina peut-être, cpie ce grand bruit suffirait pour déposter le corps de Wangenîieim ; mai* celui-ci se maintint avec fermeté : le duc trouvant le village gardé par des forces plus considéra- JdIcs qu'il n'avait supposé,se rendit auprès du maréchal de Contades , pour solliciter des renforts. Au même instant l'armée alliée s'ébranlait, et Ferdinand qui s'attendait à être prévenu , arriva sur la ligne ennemie lorsqu'il n'y avait encore que la cavalerie en bataille au centre. Le placement de cette arme , contraire à toutes les règles de la tactique , coupa la ligne diufanterie , et en détruisit toute la force eu permettant de la séparer par l'efTet d'une simple canonnade.
Dès que le duc s'aperçut de cette faute, il ordonna à linfanterie hanovrienne et anglaise, et au régiment de Hardeuberg, d'attaquer, sur-lechamp , afin de se jeter sur les lianes des lignes de 1 infanterie française, au moment où le reste de la tienne attaquerait sa droite , et où le prince d'Anhalt inquiéterait la gauche, avec tous les piquets de l'armée qu'il commandait eu qualité dégénérai de jour. Cette infanterie des alliés avança vivement , quoique exposée , durant quinze cents pas, au feu de toutes les batteries qui couvraient le front des escadrons français.