CHAPITRE X. Il
nière que Tarmée fut débarrassée de tout attirail.
Le 5, au point du jour, 4 bataillons, et les di'agous de larmée , partirent avec les bagages pour Politz. A six heures , Tarmée les suivit sur deux colonnes par le centre ; chacune d'elle avait une arrière-garde de 5 bataillons, loo hussards et 8 pièces de 12.
Frédéric resta lui-même avec les bataillons de grenadiers , et les plaça sur les hauteurs en avant du défilé de Nachod; alors les régimens de hussards passèrent ce défilé suivis par les deux colonnes d'infanterie. Aussitôt que celles-ci l'eurent franchi,les arrière-gardes firent demi-tour à droite et descendirent la montagne. Parvenues à l'obstacle, celle de droite rompit par pelotons à gauche, et celle de gauche par pelotons à droite, pour le passer ensemble. Un peloton de chaque bataillon fut détaché pour flanquer la marche sur les hauteurs des deux côtés de la route. L'armée marcha sans être inquiétée et campa à Radesch ; l'infanterie sur deux lignes et les dragons en troisième. Pendant quelle traversait le défilé, Fouquet garda le château , le pont sur la Mettau et les hauteurs de Nachod: dès qu'elle Teut franchi, il se mit en route , joignit les généraux Golz et Schenkendorf, et prit position àRukertz avec ses 1 5 bataillons et 5 escadrons. Retzow se porta, le même jour, de Kosteletz à Starkstadt. Je vais
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rapporter succinctement les mouvemens ultérieurs de l'armée dans cette retraite.
Le 6 , le roi prit position à Piukertz.
Zietlièn, avec les cuirassiers, et Forcade
avec les bagages , à Wernersdorf.
Retzow , avec son corps , à INiederwekels-
dorf.
Fouquet à Wallisfort.
Le 7 , le roi s'établit à Wernersdorf.
Zietlien à Wiesse.
Retzow, réunit à son corps les troupes qui formaient l'escorte de Forcade à Wiesse, et campa à Grissau.
Le 8, le général Fouquet à Braunau. Le g, le roi se fait joindre par les bagages, et s'établit à Grissau.
Le général Retzow à Ziéder.
Le général Seidlitz à Gottesberg, avec i8 escadrons de cuirassiers.
Le roi , instruit alors que les Russes ravageaient la nouvelle Marche et assiégeaient Custrin , résolut de voler au secours de la place et de ses provinces envahies. Le corps destiné à sauver la patrie, composé de 1 4 bataillons et 38 escadrons, arriva le lo à Landshut; Fouquet se porta à Halbstadt avec le corps sous les ordres de Zietlien. L'armée de Silésie resta sous le commandement du margrave Charles. Avant de suivre
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ies opérations contre les Puisses , je vais faire Cfiielques observations sur celles dont je viens de rendre compte.
Obsen>ations sur les opérations en Moravie.
La discussion sin- le choix de la ligne d^opérations aura lieu , avec les autres , au chapitre XIV; je me bornerai donc à examiner l'exécution du plan de campagne de Frédéric , et à lui appliquer les idées que j'ai présentées, sur les sièges et les convois, dans le 1" volume.
Il est incontestable qu'en couvrant le siège d'une place à une petite dislance, il est presque impossible d'empêcher qu'elle ne soit ravitaillée et secourue; l'histoire de toutes les guerres l'a prouvé. Cette vérité en fait naître une autre que j'ai présentée comme maxime : c'est que le meilleur moyen de couvrir un siège ^ est d'agir offensivement, et de donner , à la ligne d' opérations de l'ennemi, toute la profondeur possible , afin qu'il ait un espace de pays beaucoup plus considérable à parcourir pour sauver la place.
En jetant un coup-d'oeil sur la carte, on conviendra que, le roi étant campé à Pronitz , et Daun à Predlitz, il était impossible, au premier, d'embrasser toute l'étendue du terrain par lequel on pouvait arriver à Olmutz ; 1 00 mille hommes n'eussent pas sufli pour garder ce terrain sur
Il8 TRAITÉ DES GP^A^DES OPERATIONS MILITAIRES.
une seule ligne; mais clans tous les cas cette ligne eût été trop faible pour empêcher une division de s'ouvrir un passage, et pour résister à l'armée ennemie qui aurait pu l'accabler en détail.
Sans doute Frédéric ne devait pas s'aventurer plus loin, tandis que Daun était en Bohème sur son flanc droit ; mais dès que celui-ci fiit arrivé à Predlitz, tout lui prescrivait de réunir ses forces, et de marcher sur lui pour l'obliger à combattre ou à se reléguer dans les montagnes de Haradisch. Le roi , en divisant ses forces et en laissant opérer Daun, s'ôta tous les avantages de l'offensive (i).
Lorsque ce prince fut informé cpie l'armée autrichienne approchait, il ne lui restait que l'alternative d'agir, ou de voir la place secourue sans qu'il lui fïit possible de s'y opposer. Dans le premier cas , il fallait réunir toutes ses forces , au risque de laisser détruire les travaux du siège et ravitailler la garnison; car il valait mieux courir tes deux chances, poui^ se donner l'avantage de battre ou de repousser la grande armée ennemie , que d'y rester exposé par l'inaction.
De ces deux partis > Frédéric choisit certaine-
(i) Il pouvait tirer quelques bataillons du corps resté à Landshut, en laisser 7 ou 8 devant Olmutz avec 20 escadrons, et réunir 60 bataillons et 100 escadrons à Pronitz; ces forces étaient suffisantes pour repousser Daun dans les montagnes; et empêcher la prise du convoi ; au lieu de cela , le roi n'avait à Pronitz que 26 ou y.y bataillons, avec lesquels il ne bougea pas.
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ment le plus mauvais. Il eut mieux fait d'opérer comme Bonaparte le fit à Mantoue ,dans une occasion semÎDlable; et j'observerai, pourpoint cle comparaison , que les forces réunies de Frédéric étaient plus considérables que celles du général français; que le pays lui aurait permis l'emploi de sa cavalerie, supérieure sous tous les rapports; que Bonaparte, au contraire, débordé sur sa gauche, pris à revers, et presque enveloppé par des forces supérieures, n'ayant qu'un petit espace de terrain pour manoeuvrer, et pouvant être inquiété par une garnison nombreuse , abandonna tout, même son artillerie de siège, pour frapper le coup décisif. Cette opération , les batailles de Lonato et Castiglione , sont des modèles que les généraux de tous les siècles doivent imiter.
D'un autre côté , Frédéric ne peut être blâmé de la prise de son convoi , mais bien de ce que 20 mille hommes manoeuvrèrent longtemps sur ses lianes et ses derrières , sans qu'il en fut instruit : ce qui serait pardonnable à un général médiocre, ne l'est pas à un grand capitaine. Depuis trois mois le roi était en campagne , et depuis six semaines , le siège consommait une grande quantité de munitions; s'il avait poi\rvu à leur remplacement , au fur et à mesure, par de petits transports, il n'eut pas attiré l'attention des Autrichiens; et lors
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même qu'un de leurs corps se serait glissé sur la route de Troppau , il n'aurait jamais pu s'y maintenir pour enlever plus d'un convoi. Ce système offre moins dembarras , et il expose à moins de dangers.
Si Frédéric se montra réellement au-dessous de sa réputation au camp de Prosnitz , sa marche en Bohême répara tout. Un général ordinaire , voyant son armée dénuée de munitions, sa ligne d'opérations menacée, et la nécessité de faire une retraite difficile , se serait empressé de regagner ses frontières , et les boulevards qui lui offraient l'asile le plus voisin et le plus sûr. Au lieu de se retirer sur la Silésie, le roi ne vit, dans sa position, qu'un motif de changer le théâtre de la guerre , et il envahit une province ennemie beaucoup plus importante que celle qu'il quittait. Le choix de cette ligne d'opérations accidentelle , est une très-belle manœuvre; elle prouve cjit une armée ^ en se retirant y n'est pas toujours obligée de regagner ses jrontières ; quelle peut , par une marche parallèle à sa ligne de défense , changer la direction des opérations , et éloigner le théâtre de la guerre de son propre pays.
Quant à la conduite de Daun , on doit convenir que ses manœuvres, pour la ruine du convoi, sont aussi belles que son système de guerre pouvait le permettre. A l'exception d'une bataille, il
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n'y avait que ce moyen de faire lever le siège ; mais je crois que, sous tous les rapports, une bataille était préférable. Le général autrichien pouvait-il , de bonne foi , espérer que le roi laisserait 20 mille hommes au milieu de sa ligne d'opérations ; et ne devait-il pas craindre que les deux corps de Ziskowitz et deLaudon ne fussent enlevés par ce prince, si habile à profiter de toutes les fautes? Une bataille n'offrait pas de chance plus funeste que la perte de ces deux corps , surtout en la supposant offensive de la part des Autrichiens. Daun ne dut son succès qu'au hasard qui, à la guerre, fait si souvent pencher la balance. D'autre part , en considérant les positions respectives des armées, les difficultés que la nature du pays opposait à la marche d'un train immense, et d'une cavalerie qui formait le tiers de l'armée prussienne , on doit convenir que Daun pouvait rendre cette retraite funeste au roi, et que sa lenteur est inexcusable; il perdit une des plus belles occasions de mettre à profit la supériorité du nombre , l'avantage du terrain et de la const!?tulion de ses troupes légères.