CHAPITRE XI I* iB'J
sont désastreuses, lorsqu'on a une armée nombreuse sur les talons, et une plus nombreuse encore devant soi. En conséquence, le prince avait quitté le camp de Grossedlitz dans la nuit du 3i août, et pris position sur les hauteurs de Gamich , derrière la Muglitz. Pour mieux cacher son mouvement, il s'était entretenu jusqu'après la retraite avec le général Mitrouskv, qu'il renvoyait sur parole, et l'avait laissé passer librement à travers tous les postes, pour lui persuader que les Prussiens ne songeaient point à quitter leur position; mais dès qu'il eut atteint les vedettes ennemies , l'armée se mit en marche sur deux colonnes dans le plus grand silence ; les grandgardes et vedettes restèrent à leurs postes jusqu'à ce que les colonnes eussent fait une partie de la route; alors elles commencèrent à se retirer; il était deux heures du matin ; les hussards conservèrent une petite chaîne de postes qui furent sui^ le qui vive jusqu'à quatre heures.
Aussitôt que le prince Henri eut fait ce mouvement, le duc de Deux-Ponts fit investir le fort de Sounenstein : le colonel Grappe le rendit sans résistance, avec i,44^ hommes qui furent prisonniers; après cette opération, l'armée des Cercles occupa le fameux camp des Saxons à Pirna.
Le maréchal Daun , convaincu que son premier projet n'était plus exécutaj^le, envoya le général
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Lascy, le 3 septembre, auprès cle l'armée des Cercles , afin de reconnaître la position des Prussiens, et de combiner de nouvelles opérations avec le duc de Deux-Ponts; le général Laudon fut porté à Hojerswerda pour couvrir la communication avec le corps de Dourlach qui s'établit à Lœbau; le général Wehlau fut détaché à Gorlitz pour couvrir la Lusace. Le 9 , Daun se transporta à Lolimen , en vue de donner au duc de Deux- Ponts les instructions nécessaires pour l'attaque qu'il méditait sur le camp du prince Henri; l'armée des Cercles devait former cette attaque de front le 10, tandis que celle des Autrichiens passerait l'Elbe entre Pirna et Dresde, prendrait à revers la position des Prussiens , et les couperait de Dresde. Le duc de Deux-Ponts , pénétré de la grandeur de ce projet, et voulant j concourir de tout son pouvoir, demanda le temps de s j préparer, et de différer l'attaque jusqu'à la nuit du 10 au 11. Tout était prêt, lorsque le bruit de l'arrivée de Frédéric déjoua ces combinaisons : le roi vient ^ faisait sur Daun l'effet de la tête de Méduse; il se hâta de mander au duc, dans la même nuit, que l'attaque n'aurait pas lieu. Tempelhof pense, au reste, que ce projet , qui a été attribué à Daun par les écrivains de son parti, n'a jamais existé que dans leur imagination. Quoi qu'il en soit , le génie , l'activité et la vigueur du roi y avaient pourvu , et il ne resta à ce gêné-
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rai, pour dédommagement, que de voir les entreprises de ses lieutenans sur la Silésie , favorisées par la réunion des troupes prussiennes en Saxe.
Frédéric partit de Custrin le 3 septembre , et après avoir fait quarante-quatre lieues en six jours, il était arrivé à Gros-Dobritz. Le général Zietben le suivit sur son flanc droit, et se réunit , le 9 , à l'armée , ainsi que le margrave Charles, qui , ayant quitté , le 28 août , le camp de Lowen • berg , par ordre du roi, avait poussé devant lui le corps de Laudon : celui-ci se posta sur les hauteurs de Radeberg , derrière la Roeder , où il fut observé , le 10 , par la brigade du général Putkamer. L'armée se trouva réunie , le 1 1 , au camp de Reichenberg ; le roi se rendit à Dresde, pour conférer avec le prince Henri, qui conservait sa position de Gamich.
Tant deforces en présence , annonçait des événemens importans et des actions sanglantes; cependant il semble que l'intérêt de Daun lui commandât de ne rien entreprendre , et de se borner à conserver sa position de Stolpen , pour forcer le roi à rester en Saxe, et favoriser les entreprises que le général Harsch faisait sur la Silésie. Cette position le rendait effectivement maître de toutes les routes qui conduisent de Dresde eu Silésie ; et , quel que fut le chemin que le roi eut pris pour s'y rendre, Daun pouvait toujours arriver avant
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lui à Bautzen , à Lœbaii , à Relchenberg, àGorlitz et à Lauban, et partout, prendre un poste où il eût été presque impossible de l'attaquer avec espoir de succès. D'un autre côté , il importait à Frédéric d'avoir ses communications libres avec laSilésie, afin de s'y porter, si les opérations y prenaient une tournure sérieuse, et doccuper une position qui empêcbât le maréchal de remporter un succès majeur sur le prince Henri en Saxe. Le résultat de celte campagne déjà avancée, dépendait donc de la première faute qui serait commise, et le roi avait besoin de toutes les ressources de son génie pour s'en tirer glorieusement, et faire abandonner à Daun un système réellement favorable à ses opérations actuelles.
Le camp des Autrichiens à Stolpen, à l'abri de toute insulte était un des plus forts de la Saxe; le front et le flanc droit étaient couverts par les rives marécageuses de la Wesnitz , dont l'encaissement est très-escarpé; le fort de Stolpen couvrait la gauche, devant laquelle coulait également un ruisseau fort encaissé. Tous les chemins qui conduisaient à ce camp, traversaient des défilés profonds, flanqués par les hauteurs opposées, ou par les forêts touflfues qui parsemaient le front; l'armée elle-même occupait des hauteurs presque inaccessibles. Le corps de Laiidon, campé à Radeberg, augmentait la dilîicul té