CHAPITRE XVI
trichienne sur la scène, avant que les alliés fussent en lice.
Frédéric s'apercevant de la timidité du maréchal autrichien , résolut de détruire le magasin que les Russes avaient établi de nouveau à Posen, afin de retarder leur entrée en action , et de déranger l'ensemble des mouvements de ses ennemis. Le général Wopersnow fut chargé de cette entreprise avec 0 bataillons et 15 escadrons tirés de la Silésic, qui arrivèrent, le 18 mai, à Gnhrau; mais la nouvelle de l'invasion de la Marche par une division autrichienne, fit changer la destination de ce corps qui se réunit à Naumbourg sur le Bober, avec les divisions des généraux Seidlitz et Ctetteriti.
Daun voyant la Saxe découverte par l'éloignement du prince Henri, voulut en profiter pour jeter , entre les deux armées , le corps de Wchla , fort seulement de 4,000 hommes, tandis que le général Gemmingen appuierait cette faible diversion en marchant, comme nous l'avons dit, sur Chemnitz et Zwickau. Une telle entreprise devait avoir le résultat de toutes ces misérables opérations , qui passaient alors pour d'habiles conceptions. Wehla marcha jusqu'à Spremberg, mais fut assez prudent pour se retirer en Bohème par Hoyerswerda, et éviter par là d'être coupé.
Sur ces. entrefaites, le bruit circula que Daon avait reçu de sa cour l'ordre de pénétrer en Silesie. Ce bruit ayant été appuyé par la reconnaissance que Laudon fit, le 21 mai, de la position du roi , les corps prussiens, détachés à Naumbourg, furent rappelés. Celui de Fouquct vint cantonner entre Kamenz et Franckcnstein, et le roi campa entre Johnsdorf et Grissau. Tous les mouvements du maréchal se bornèrent néanmoins à menacer le comté de Glatz et les communications de son adversaire. Frédéric appréciant trop bien le caractère des généraux autrichiens pour être dupe de ces démonstrations, conserva son camp jusque dans les
premiers jours de juillet, et fit seulement renforcer quelques postes importants.
Pendant que ces choses se passaient , la position des armées en Saxe et en Franconie était à peu près la même. Le prince Henri avait fait cantonner la sienne entre Dresde et Zwickau. L'armée des cercles ayant quitté, le 2 juin, son camp de Forcheim , occupa, le 23 , celui de Hocheim , sur la route d'Asfurth à Konigshofen. Ses troupes légères battaient le pays sur la direction do la Werra , vers Meinungen , d'un côté , et vers Salfeld, Schleitz, et Hof de l'autre.
La grande armée autrichienne, sous Daun, campait à Schurtz. Deville, Laudon , Beck et Harsch occupaient toujours les mêmes positions. Ce calme était causé par la résolution d'attendre les Russes ; dès que la cour de Vienne put enfin calculer avec certitude leur arrivée à Posen , et l'époque à laquelle ils commenceraient leurs opérations en Silésie, elle ordonna au maréchal Daun de s'avancer sur la Queiss. La grande armée autrichienne partit de Schurtz, le 28, et se porta sur deux colonnes à Horzitz et Ncudorf.
Laudon et Beck restèrent, ce jour-là, dans leurs positions avec les troupes légères , et marchèrent ensuite à Hohen-Elbe et Eipel pour couvrir ce mouvement. Un corps aux ordres du général Harsch fut laissé à Pless, afin de couvrir les frontières de Bohême.
Les généraux Haddick et Gemmingen reçurent ordre de passer l'Elbe, et de se diriger vers la haute Lusace pour couvrir le flanc gauche de l'armée contre le prince Henri.
Le roi informé, le même jour, qu'on observait du mouvement dans les corps ennemis, fit lui-même une reconnaissance sur Schatilar, et ne put obtenir de rapport exact sur la direction qu'ils avaient prise. Il présumait bien, que Daun dirigerait ses premières opérations vers la haute Lusace, afin de seconder les Russes ; mais ce mouvement lui sembla prématuré , car les colonnes de ces derniers ne s'étaient pas encore réunies
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TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES
à Posen, et il paraissait probable que le général Dohna trouverait l'occasion d'en attaquer une, et de l'accabler ; ce qui suffisait pour déranger les plans de la cour de Vienne, «•t mettre Daun dans l'embarras. En effet, la première colonne, commandée par le général Frolof Bagrew, arriva seulement le 22 juin, àUscie sur la Netze : en supposantquc Dohna ne fût pas en état d'entraver ses opérations, il n'était pas vraisemblable qu'elle pût arriver aux frontières de Silésie avant quelques semaines, vu la difficulté défaire suivre les vivres en Pologne. Or, dans cet intervalle, la Bohème restait ouverte du côté de Konigsgrati, car les généraux llarscli etDcvillc étaient trop faibles pour la couvrir : dans cette hypothèse, Frédéric voyait une belle occasion de prendre l'offensive ; il pouvait aisément pénétrer dans le cercle de Konigsgratz, couper ces deux corps de la grande armée, pénétrer même dans le cercle de Buntzlau ; le maréchal perdant par là ses communications et ses principaux magasins établis à Jung-Bnntzlau et sur l'Elbe, eût été forcé de rétrograder, peut-être même de livrer bataille avec des chances défavorables.
Ces considérations tinrent le roi en suspens, il était difficile d'accorder le mouvement audacieux des Autrichiens avec la prudence ordinaire de leur général. Comme il importait néanmoins de connaître la direction que l'ennemi avait prise, il ordonna au général ^ edel de se porter avec 12 bataillons et 14 escadrons par Schatzlar sur Trauteuau, et détacha Seidlitz, avec 8 bataillons et lo escadrons, sur liirschberg et Lahn, en vue d'y attaquer le eorps autrichien qui avait longé les montagnes de Ricsengebirge, pour se porter sur la Queiss, et gagner le flanc droit des Prussiens. Le corps de Bulovv, inutile à Tonhausen, dut rejoinl'armée.
Tandis que ce» mouvements s'opéraient, l'armée autrichienne continuait le sien derrière la chaîne de Riesengebirge. Le 29,
elle campa en trois divisions, à Gitschin, Lomnitz et Horzitz. Elle séjourna le lendemain et se porta, le 1" juillet, à Turnau, Bredl et Gitschin. Laudon prit poste, le ÏO, à Uohenstadt,et le 1", ù Bohmisch-Gablenz; le général Beck à Hennersdorf. Le 2 juillet, deux colonnes de l'armée se réunirent à Reichenberg ; la troisième marcha à Turnau, Laudon à Busch-Ullersdorf, et le général Beck à Hochstadt. On séjourna, le 3, dans ces positions, afin d'attendre le train d'artillerie, dont la marche était très-pénible dans un pays montagneux, où les chemins naturellement difficiles étaient encore gâtes parles pluies. La troisième colonne se réunit aussi, ce jour-là, à l'armée.
Le roi enfin informé, le 1 er juillet, du mouvement de Daun , ne douta plus que son but ne fût de favoriser les Russes et de les renforcer ; en conséquence , l'armée se prépara à suivre le général Seidlitz par liirschberg, dès qu'on saurait positivement si le corps de llarseh, resté à Jaromirs, n'était pas assez fort pour tenter, conjointement avec celui de Dc\ille des entreprises dangereuses contre Glatz et le camp de Landshut. Seidlitz passa le Bober, le S, campa à Husdorf, près de Lahn, et poussa des patrouilles le long de la Queiss. Un de ces détachements s'enjjagea avec Tarantgarde de Laudon, qui reconnaissait Greifenberg et Lowenberg. Dès que le général autrichien fut informé de la position de Seidlitz, il se retira à Gebardsdorf, près de Friedberg, où il réunit sa division.
Daun suivit son mouvement le «>, et marcha sur 4 colonnes à Friedland ; il campa, le 6, dans l'ordre de bataille, ci-contre, à Gerlachsheim , où il attendit des nouvelles des Russes. Le 8, Genuningen futdétachéa lllersdorf, et le général Wehla à Ostrii, pour couvrir les derrières contre les entreprises du prince Henri. Laudon inareha, le 10, à Lichtenau, vers Laubau pour couvrir le flanc gauche, et fut remplace par Becl a Gebardsdorf.