‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 145 sur 196 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Les Russes assiègent Colberg et prennent Berlin. Le roi et Daun marchent en Saxe.

Bataille de Torgau.

Tandis que Frédéric manœuvrait contre Daun, en haute Silésie, que Hulsen luttait en Saxe contre l'armée des cercles , et que la grande armée russe restait dans l'inaction, une flotte de cette nation avait débarqué, vers Colberg, 8,000 hommes pour assiéger cette ville, et se procurer ainsi une bonne base d'opérations. La place fut investie le 29 août , par terre et par mer , et le bombardement commença de suite ; mais on avait affaire au major Heyden qui l'avait si vaillamment défendue dans la campagne de 1758. Les bourgeois rivalisèrent de courage avec la garnison et avec son gouverneur , qui était inébranlable. Enfin, le roi détacha le général Werner avec un petit corps de -4 bataillons et 10 escadrons au secours de Colberg.

Ce général arriva le 18 septembre, si inopinément, qu'il surprit le détachement de garde au pont de la Persante, le sabra ou fit prisonnier, traversa la ville avec sa cavalerie, reconnut le camp des Russes sur la plage, et résolut de les attaquer le lendemain ; mais ils avaient été si fort surpris de

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

l'arrivée de ce secours , qu'ils avaient abandonné leur camp et renoncé à leur projet.

Une partie de l'armée de siège s'était embarquée, et le reste s'était retiré sur Koslin : la flotte même mit à la voile le 23.

Ainsi finit celte entreprise pour n'avoir pas été combinée avec les mouvements de l'armée principale qui opérait loin de là, ou plutôt qui n'opérait pas; il est vrai que le général Olitz fut détaché avec 12 bataillons sur Droâsen , afin de soutenir au besoin le corps de siège ; mois il partit de Formée le jour même où la place fut délivrée.

Après une expédition aussi glorieusement terminée, le général Werner marcha par Stettin sur Passewalk contre les communications des Suédois ; ceux-ci s'étaient mis en campagne au milieu d'août seulement, et satisfaits de l'occupation de Prenzlow et de Passewalk, étaient restés dans la plus profonde inaction devant les petits corps qui les observaient.

Werner , après avoir culbuté leurs postes, enleva, le 3 octobre, toutes les redoutes en avant de Passewalk ; mais le général Ehrensward, qui y commandait, fit mettre le feu aux granges dans le faubourg , et menaça d'en faire autant à la ville : Werner se retira sur Stettin avec 600 prisonniers Suédois et 8 pièces de canon. Le reste des opérations de cette armée, qui n'entra en campagne que le 10 août, ne mérite pas d'être rapporté.

Invasion de» Russes dans la Marche.

Conformément au plan que nous avons annoncé, Tottleben s'était mis en marche sur Berlin , et parut, le 3 octobre, devant cette capitale qui fut aussitôt sommée.

Le général Rochow qui y commandait , assisté du général Seidlitz, qui n'était pas encore entièrement remis des blessures reçues à Kunersdorf, fit tous les préparatifs d'une vigoureuse défense et repoussa deux atta-

ques de vive force aux portes de Halle et de Cottbua. Le corps de Czernischef campa le même jour à Furstenwalde ; la principale armée russe ne se porta que le 8, vers Francfort sur l'Oder.

L'arrivée successive du corps prussien aux ordres du prince de Wurtemberg, qui avait été occupé contre les Suédoia, et du général Hulsen venant de Saxe , déconcerta un instant les ennemis du roi : mais le général Lascy , détaché comme on sait avec 15,000 hommes de l'armée de Daun, ayant aussi paru devant la capitale , au moment où Czernischef se canonnait avec le prince sur les hauteurs de Lichtenberg , les généraux prussiens trouvèrent la chance trop inégale. Persuadés que s'ils étaient battus , Berlin serait mis au pillage, et qu'il convenait de conserver intact un corps de 16,000 hommes, plutôt que de l'exposer à une ruine certaine; ils se retirèrent sur Spandau et abandonnèrent la capitale à son sort; le commandant capitula. La mésintelligence entre les Autrichiens et les Russes parut eu cette occasion dans tout son jour ; les premiers la poussèrent jusqu'au point de forcer les gardes russes et d'en venir aux mains avec elles ; les troupes de Lascy pillèrent la ville et commirent des dégâts immenses à Charlottenbourg. Tottleben fit entrer tous les grenadiers dans Berlin , et leur ordonna de faire feu sur les Autrichiens, s'ils maltraitaient encore les gardes. Ainsi cette capitale dut son salut, à la fermeté qu'un chef de Cosaques déploya contre des soldats pour ainsi dire compatriotes. Elle en fut quitte pour la ruine de ses établissements militaires.

Le séjour des alliés dans la capitale de la Prusse ne fut d'ailleurs pas de longue durée;

on apprit, le 1 1 , que le roi approchait :

les généraux eurent peur d'être coupés.

Lascy partit dans la nuit du 1 1 au 12 , et se dirigea sur Torgau ; Czernischef prit la route de Francfort le 12 au matin , et Tottleben le suivit après midi.

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