‹ Histoire critique et militaire des guerres de Frédéric II, comparées au système moderne, avec un recueil des principes les plus importants de l'art de la guerre, rédigée sur de nouveaux documentsChapitre 43 sur 196 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

découvrir leur marche ; la cavalerie de l'avant-garde surprit le corps du général >o»tiU, composé de 3 régiments de dragons •axons, de deux régiments de hussards autrichiens, postés près Borna ; on en tua une partie ; on prit 1 1 officiers et 540 soldats ; le reste fut poussé sur l'armée. L'infanterie de l'avant-garde s'était jetée dans les broussailles en avant de Polkendorf, Lampersdorf et Katlau, afin de protéger cette attaque. Pendant ce temps, les colonnes poursuivirent leur marche dans le meilleur ordre ; jamais on ne vit un plus beau coup d'œil ; les têtes conservaient toujours la même hauteur et les distances nécessaires pour ce former. L'armée était ainsi à même de presser son mouvement.

L'enlèvement de Borna donna au roi la facilité de reconnaître l'ennemi; sa ligne appuyait la droite au bois do Nipern, le flanc couvert par des étangs et le village ; elle s'étendait de là en arrière de Frobelwitz et de Leuthen ; l'aile gauche postée eutre Sageschutz et ce dernier village ; le corps de Nadasty appuyait à cette aile, et formait un crochet prolongé jusqu'aux marais de Gohlau; une division de cavalerie liait ce corps avec la gauche de la grande armée, qui se trouvait à Leuthen.

L'apparition de l'avant-garde prussienne vers Larapersdorf , et le combat contre le corps de Nostitz, qui se replia sur l'aile droite des Autrichiens, firent croire au comte de Luchesi, qui la commandait, que le roi allait l'attaquer; il sollicita plusieurs fois des renforts. A la fin, le maréchal Daun ne pouvant découvrir les mouvements du roi, qui étaient cachés par les hauteurs, fut ébranlé par ces sollicitations , et marcha lui-même à l'aile droite avec la réserve.

Frédéric connaissait trop le terrain pour ne pas saisir, au premier coup d'œil , le

(1) Cette manœuvre est indiquée sur l'ordre de inarche de l'armée. (Pl. 13.) Od a mal à propos pointillé quatre colonnes sur les plans de cette bataille

côté faible des Autrichiens ; la droite de leur position étant trop bien couverte pour l'attaquer, il résolut de porter tous ses efforts sur la gauche, et, à cet effet, il refusa la sienne. Dès que les têtes de colonnes eurent dépassé Borna, elle firent changement de direction à droite, et se formèrent avec la plus grande simplicité sur deux lignes, par une seule conversion des pelotons de la tête en F (1); l'avant-garde resta à gauche, et fut destinée à commencer l'attaque.

L'armée, qui marchait alors sur deux lignes dans son ordre de bataille, la cavalerie aux ailes, l'infanterie au centre, arriva un peu après midi sur les hauteurs entre Lobetintz et Kartechutz; on était déjà si près de l'ennemi, que Tempelhof lui-même découvrit toute sa ligne depuis le moulin à vent de Lobetintz : l'avant-garde reçut ordre d'attaquer. Aussitôt qu'elle eut laissé à droite les villages de Kartechutz et Strigwitz, elle se forma ; 6 bataillons de sa droite se placèrent en potence pour couvrir le flanc gauche de la cavalerie, et les quatres autres attaquèrent le village sous la protection de la batterie de 10 pièces de 12.

Nadasty avait été placé sur l'aile gauche , afin de déborder les flancs de l'armée prussienne : on vit en effet sa cavalerie déboucher en arrière du bois et attaquer celle des Prussiens. Elle réussit d'abord à la faire ployer ; mais les bataillons de l'avant-garde , formés en H, dirigèrent sur elle un feu nourri qui la força de se retirer précipitamment. Alors le feu d'artillerie et de mousquet erie commença des deux côtés ; il était une heure ; les 6 bataillons indiqués ci-dessus attaquèrent l'abatis gardé par les grenadiers wurleinbergois, elles en délogèrent.

Le général Wedel, avec les 4 autres bataillons de l'avant-garde, marcha sur la grande batterie ennemie placée sur les hauteurs de

qui ont été publiés. Ces quatre colonnes cessèrent d'exister par le changement de direction qui eut lieu en g g.

Sagschuti, et l'enleva après une courte résistance. Toute la division de Nadasty fut mise par là dans le plus grand désordre ; quelques bataillons seulement tentèrent de se reformer en arrière d'un fossé, mais ils furent bientôt culbutés.

Cependant Dnun qui avait détaché mal à propos sa réserve pour soutenir sa droite, découvrant les colonnes du roi sur sa gauche, y dirigea la cavalerie d'Esterhazy, et la seconde ligne d'infanterie sous les ordres des généraux Maquire et Angern ; l'armée prussienne avançait toujours, en se prolongeant à droite, et comme l'avant-garde suivait la même direction, l'ennemi se trouva constamment débordé sur son flanc gauche, tandis que les 6 bataillons de droite de l'avant-garde le prenaient à revers par la disposition de leur marche. De cette manière, les corps de la ligne ennemie qui arrivaient successivement au soutien, étaient battus aussitôt qu'ils voulaient se former.

Leur aile gauche se retirant ainsi en désordre, le roi ordonna à la grande batterie de l'avant-garde de se diriger à gauche et de suivre le mouvement de l'armée : cette précaution fut très-utile. Les Autrichiens voulurent établir, en arrière de Gohlau, une ligne en potence, afin de couvrir leur flanc; mais la batterie la prit d'écharpe, tandis que son front fut exposé au feu de la mousqueterie ; il fut impossible aux troupes de s'y maintenir.

La cavalerie prussienne de l'aile droite, qui avait été jusqu'alors paralysée par les broussailles, haies et fossés, trouva enfin en arrière de Gohlau un terrain favorable pour agir. Les hussards de Ziethen (1) tombèrent sur l'infanterie de Bavière et de Wurtemberg qui se relirait en désordre, en sabrèrent une grande partie et firent 2,000 prisonniers.

^1) Tempelhof a laissé une lacune dans ta relation ; c'est le défaut d'indication de la destination et de remplacement de lu cavalerie qui était à l'avantgarde; le* hussard* de Ziethen en faisaient partie;

PERATI0NS MILITAIRES.

Dans cet intervalle, les généraux autrichiens formaient, avec le reste de leur armée, un crochet, dont l'angle saillant appuyait à Leuthen , et plaçaient toute l'arti llerie qu'ils purent réunir, sur les hauteurs en arrière de ce village ; on l'avait occupé dès le commencement par une division d'infanterie, à laquelle se réunirent successivement la réserve venue de la droite, et les fuyards qui se jetèrent dans le cimetière et dans les maisons : tous paraissaient résolus à s'y défendre jusqu'à la dernière extrémité. L'armée prussienne arrivée en L, n'était pas moins résolue d'emporter ce poste à tout prix. Les deux bataillons de la garde et un de Retzow donnèrent directement sur le village, où s'engagea alors le plus terrible combat qu'on ait jamais vu. Les ennemis se défendirent avec acharnement; Frédéric fit avancer sur eux toute son infanterie, de manière que l'aile gauche qui devait être constamment refusée, se trouva aussi enga gée, et prit une part très-aclive au combat.

Enfin, la garde pénétra dans Leuthen et força les Autrichiens à l'abandonner. Cet événement contribua beaucoup à la victoire; néanmoins, ils ne paraissaient pas disposés à céder entièrement le champ de bataille ; ils se défendirent encore longtemps de l'autre côté du village derrière quelques ravins, où les grenadiers et d'autres corps d'infanterie tinrent ferme; mais le désordre se manifesta bientôt dans l'armée, et elle commença à prendre la fuite.

Pendant l'attaque du village , le général Driésen chargea en front avec la cavalerie de l'aile droite, celle de l'aile gauche des Autrichiens, tandis que les dragons de Bareith, se dirigeaient à droite pour la prendre en flanc. Quoique les Prussiens fussent exposés à un feu de mitraille très-meurtrier, ils parvinrent cependant à culbuter

je suppose de là que cette cavalerie se réunit a celle de la droite, et qu'elle formait une des trois ligues portées sur le plan de la bataille.

CUAPITRE VI.

ce corps ennemi, et à l'expulser du champ de bataille. Driésen porta alors sa division w l'infanterie autrichienne , la chargea arec impétuosité, et lui prit des bataillons entiers.

La droite des Impériaux n'eut pas un meilleur sort ; elle avait quitté sa position pour se prolonger à gauche, pendant que le reste «'étant reformé à Leuthen y tenait encore ; elle se porta en P ; la cavalerie de l'aile gauche du roi, qui était jusqu'alors restée à Lobetintz, s'apercevant de ce mouvement, marcha de suite à l'ennemi, le chargea, déborda ses flancs, et après l'avoir culbuté, tomba sur l'infanterie. Ces deux attaques contribuèrent à accélérer l'évacuation de Leuthen.

Les Autrichiens tentèrent enfin de se reformer, pour la troisième fois; mais l'armée prussienne continuant vivement sa marche dans la même direction, ils furent encore débordés sur leur droite : leur cavalerie Avant d'ailleurs quitté la partie, celle du roi chargea l'infanterie et fit un grand nombre de prisonniers ; il ne leur resta alors d'autre parti que de se retirer derrière la Schweidnitzwasser, par les trois ponts de Rathen , Lissa et Goldschmiede ; les Prussiens prirent , après la bataille, leur dernière position entre Gukerwitz et Lissa.

L'armée ayant fait halte, Frédéric accourut à cheval devant le front, et demanda »i quelques bataillons avaient envie de le suivre jusqu'à Lissa. Les grenadiers de Manteufel , de Wedel , et le régiment do Bornstedt prirent aussitôt les armes et le suivirent. Les maisons du village étaient encore remplies d'Autrichiens, parmi lesquels se trouvaient beaucoup de blessés.

Le roi se rendit au château, accompagné de quelques officiers de son état-major, et passa au milieu d'un grand nombre d'officiers autrichiens pour occuper l'appartement qui lui était préparé ; mais lorsque les grenadiers entrèrent dans le village, on lira sur eux de toutes les maisons ; ils ne

balancèrent pas un instant, s'y précipitèrent, et passèrent au fil de l'épée tout ce qui résista. Lorsque les généraux prussiens furent arrivés à Lissa, le roi leur dit d'un air satisfait, qu'il convenait de se reposer après des travaux aussi pénibles ; les remercia dans les termes les plus obligeants, des nouvelles preuves de zèle et de bravoure qu'ils venaient de lui donner, et les chargea de donner à toutes les troupes des témoignages de sa satisfaction.

L'armée marcha le 6, par lignes et par la droite, et passa la Schweidnitiwasser. L'ennemi s'était retiré derrière la Lohe, et avait réuni ses débris aux environs de Breslau.

Le général Buccow occupait Hœfgen et Mochber avec l'arrière-garde ; il se retira à l'approche des hussards prussiens. Le prince Charles partit à trois heures après-midi, et se retira successivement par Borau sur Schwcidnitz, et de là en Bohême.

Ziethen fut chargé de le poursuivre, le 7, avec 11 bataillons et» 65 escadrons; il le força à quitter la Silésie en quatorze jours; la garnison de S, 000 hommes, que les Autrichiens avaient laissée à Liegnitz, capitula avec la faculté de se retirer, ce qui paraît inconcevable , puisque les Prussiens pouvaient la forcer de se rendre. Les armées prirent alors les quartiers d'hiver.

Tempelhof fait le calcul suivant des pertes que les Autrichiens essuyèrent par les résultats de cette bataille mémorable :

6500 , tués ou blessés , mais attendu que la plupart des derniers furent pris à Breslau il n'en compte que 8,000

Prisonniers (1) 21,500

Prisa Breslau, d'après un étal nominatif 17,U6

A reporter 41,646

(1) Ceci parait exagéré; d'autres relations ne portent que 5,000 prisonniers faits le jour même de la bntaille,et 17,IKX) à Breslau.

TRAITÉ DES GRANDES OPÉRATIONS MILITAIRES

Report 41,646

Pris par Ziethen dans la poursuite. 2,000 Mis hors de combat à Neumarck,

la veille de la bataille 800

Déserteurs au moins 6,000

Total. . . . . 50,446

D'après des rapports exacts le prince Charles rentra en Bohême

nvec

Infanterie réglée 9,000

Cavalerie et troupes légères. . . 28,000

Ce qui porterait la force de l'armée le jour de l'action, à 87,446

L'auteur considère cette bataille comme faisant époque dans les annales de l'art militaire, et renfermant non-seulement la théorie, mais encore le développement pratique d'un système dont Frédéric est l'auteur. En jetant un coup d'œil sur les dispositions de l'armée prussienne, on verra qu'elle formait un angle aigu avec celle des ennemis ; sa ligne était donc en direction oblique relativement à celle des Autrichiens: cet ordre oblique, au jugement de bien des militaires instruits, devait décider de la victoire; jusque-là on n'avait eu qu'une idée imparfaite de son application et de ses dispositions , aucun général n'avait saisi tous ses avantages ; dès lors les généraux allemands en ont fait pendant longtemps la base de tout ordre de bataille. Tempelhof le compare au sabre de Scanderberg, dont lui seul pouvait se servir avec succès, et imagine complaisamment que Frédéric eut le droit exclusif de l'employer (1).

La nature de cet ordre indique assez que l'attaque doit s'effectuer sur l'une des ailes de l'ennemi, et qu'il faut renforcer la partie do la ligne qui doit opérer, afin de pouvoir

(1) On a fait un grand mot technique de cet ordre oblique; on a voulu prouver qu'Épamiuoudas en fut l'inventeur, et s'eu servit à Lcuctres. On l'a appliqué aux plans de Pharsale pour l'armée »le César;

le déborder et le prendre en flanc et » "* e ~ vers; cependant, comme l'ennemi a au** 1 les moyens de porter des renforts au point menacé, il importe de lui donner le change, de mauière à le laisser dans l'incertitude sur le choix de ce point, jusqu'à ce qu'on y soit formé; alors seulement il convient àv marcher sur lui avec impétuosité, pour le surprendre, lui ôter tous moyens de combiner sa défense, et le culbuter sans tirer un coup de fusil.

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