‹ Histoire d'Alcibiade et de la république AthénienneChapitre 23 sur 241 · Démosthène, adv.BcBOt · texte numérisé non relu

Démosthène, adv.BcBOt

4. G. Perrot, Stsais iur le droit publie et privé de la République athénienney p. ^8. — L'exagération de ce principe eût été un tribunal spécial pour chaque accusé , afin qu'un dltoyen ne pût être jugé que par ses pairs. Quelques critiques modernes, dont Schœmann {OpusetUaacademieaf t.I, p. 220-229),s*appuyantsur des textes assex yagues d'orateurs et de lexicographes, paraissent croire à Tezistenoe de tribunaux spéciaux pour certains prévenus. Selon eux, les accusés d'avoir divulgué les mystères d'Bleusis ne pouvaient être jugés que par un tribunal composé exclusivement de dikastes initiés. De même, 1 es crimes et les délits militaires ne pouvaient être jijgés que par dot héliastes ayant fait la même campagne que Taccusé, et ayant servi

ous les mêmes stratèges. Pour la divulgation des mystères , crime

A rissue de la séancoi dans laquelle les dikastes yo« taient toujours au scrutin secret, ils recevaient chacun trois oboles, comme indemnité de la journée perdue K Naturellement les héliastes qui n'avaient pas été désignés pour juger ce jour -là et qui avaient pu dès le matin retourner à leurs travaux ou à leur négoce nV ▼aient pas droit au triobole.

Les Nomothètes étaient des magistrats nommés ez« traordinairement quand une proposition d'abroger

qui entraînait un procès tout spécial, nous partageons, d'après le témoignage d'Andocide dans son plaidoyer des Mystères, Tavis de Schœmann, et nous croyons que le tribunal était entièrement composé d'initiés. Nais nous ne pouvons être d'accord avec lui pour la judicature des délits militaires, fitait-on à la fois héliaste et soldat? Nous en doutons, car on n'était héliaste que passé l'âge de trente ans, et en général l'armée athénienne se composait principalement de citoyens de dix-huit à trente ans. D'ailleurs, pourquoi un tribunal spécial pour les délits militaires, puisque, conséquence du service obligatoire, les héliastes étaient tous d'anciens soldats? de là, parfaitement aptes à apprécier le degré de culpabilité d'un soldat.

1. Aristophane et le scoliaste, Àves, v. 1540,i\ru6es, v. 682, Equités , V. 256; Âristote, PolUie., II, 10 ; Suidas, s. v. 'HXtaorTai ; Hésychius, s. T. AntaoTtxov; Bœckh, Économie politique des Athéniens y 1. 1 , p. 2S0, sq. — A l'origine, les héliastes n'étaient point payés. C'est Périclèsqui fixa à une obole l'indemnité judiciaire, et Kléon qui l'éleva à trois obolea. L'obole valait, comme on sait, environ 15 centimes.

une ancienne loi pour lui en substituer une nouvelle, avait été votée par TA^semblée. Us étaient au nombre de mille^ choisis parmi les six mille Héliastes de l'année.

Les Nomothètes, qui étaient en quelque aorte les jurisconsultes officiels de la République, avaient pour mission de décider en dernier ressort si la loi ancienne devait être abrogée, si la loi nouvelle devait être adoptée S Mais avant qu'un projet de loi pût être porté devant la Cour des Nomothètes , il fallait qu'il eût subi trois épreuves : Tezamen des Thesmothëtes, le visa du Conseil des Cinq-Cents, la discussion de l'Assemblée ; il fallait en outre que les Nomophylaques n'eussent pas apposé leur veto sur ce projet, comme illégal; et qu'aucun citoyen n'eût intenté à l'auteur de ce projet une action en accusation d'illégalité, YP«<p4 icapavofAwv. Lorsqu'un projet de loi avait été voté par l'Assemblée, il était bien rare, si les SyndiiLoi * n'opposaient pas de nouveaux arguments ,

1. Démosthëne, eontr. Timoer., 11, 18, 20, 21 23, 25; C. leptin,^ 146; Eschine, CXlesiph., 31. PoUux, VIII, 101; Schœmann, Ofnueula acadêmicaf 1. 1, p. 249.

2. Les ZuvÔtxoi étaient des orateurs officiels, i.ominés extraordin&irement pour défendre, dotant la cour des Nomothètes, une loi, dont on demandait Talirogation. Comme toute nouvelle loi proposée faisait double emploi, ou était en condradiction avec une loi ancienne, il fallait pour que la nouvelle loi fût promulguée que la loi ancienne

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que le yote de l'Assemblée ne fût pas conBrmé par les Nomotbètes. Ainsi, le plus souvent, le renvoi d'une loi devant les Nomothètes n*était qu'une simpie formalité.

Tous ces magistrats, tous ces fonctionnaires, tous ces ofSciers relevaient du souverain tout-puissant, immortel et irresponsable, véritable chef du gouvernement, du Peuple Athénien. Le Peuple Athénien! cet être multiple et complexe, toujours jeune et toujours fort, brave comme Cynégire et éloquent comme Bémosthène, confondant dans un même culte le nom glorieux d'Homère et le nom vénéré d'Athènè, défendant qu'on le raille sur le Pnyx et autorisant qu'on le bafoue sur le théâtre de Dionysos , tour à tour si sensé dans ses décrets, si inique dans ses jugements, si admirable dans ses magnanimes élans de patriotisme I Cette créature hybride où s'entrechoquent tontes les antithèses des vertus héroïques et des défaillances humaines, l'indomptable énergie à l'heure des périls suprêmes et l'énervement dans la prospérité,

tût abrogée. Les Syndikoi étaieDl au nombre de quatre ou de cinq. Démosthène, C. LepHn.t 146; C. Timocr,, 23

les généreuses colères et les emportements indignes, la reconnaissance et l'ingratitude, Tenthousiasme et l'apathie, la résolution et la perpétuelle variabilité, le noble amour des grandes actions et des grandes œuvres, et la basse jalousie des grands hommes, le vaillant mépris des ennemis sur Je champ de bataille et la pusillanime crainte des citoyens dans la cité 1 Ce justicier implacable qui se frappe lui-même en châtiant les coupables ! Ce tyran despotique qui exige tout de ses sujets ! Ce père juste et bon qui répartit également tout entre ses enfants I

Dans les républiques modernes où le grand nombre des citoyens exige le gouvernement représentatif, le Peuple uest pas gouvernant; il n'est que commettant, tl ne participe à la direction de la chose publique que très^indirectement. Son rôle politique se borne à élire des représentants irresponsables, qui eux-mêmes con-* fient à un citoyen, sans en appeler à leurs électeurs, la plus grande part de la souveraineté : le pouvoir exécutif. Ainsi, les républiques représentatives ne sont des démocraties qu'à deux, et mieux, à trois degrés, des républiques ne sont même pas à la république athénienne ce que la monarchie constitutionnelle est à la monarchie absolue.

Idéal démocratique, la constitution athénienne était

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établie de telle sorte que non-seulement le peuple régnait et gouyemait au moyen de magistrats i^esponsables et nommés pour une année^ qu'il avait choisis lui-même dans ses rangs, et qu'il pouvait révo* quer, juger et condamner; mais qu'encore le peuple assemblé régnait et gouvernait en fait lui-même, ainsi qu'un véritable souverain. Les magistrats athéniens n'étaient investis que d'un pouvoir très-limité, n'ayant pas le droit de décréter d'eux-mêmes ni mesure ni loi, n'ayant même pas celui de déférer certaines accusations aux tribunaux sans l'autorisation de l'Assemblée'. Aucune loi nouvelle, aucune mesure , aucune expédition, aucun armement, aucun envoi* [ni aucune réception d'ambassadeurs n'étaient promulgués , décrétés ou décidés, que par le peuple assemblé. Les ma* gistrats pouvaient proposer ces mesures à l'Kkklésia, mais il fallait, pour qu'elles fussent exécutables, qu'elles eussent été sanctionnées par le Peuple et signées de son vote, de même qu'un monarque signe de sa main tous les décrets et toutes les nominations. Soumises à la loi des extrêmes, l'absolue démocratie et Tautocratie absolue se touchent par plus d'un point.

Pour exercer la souveraineté qui n'appartenait pas aux citoyens individuellement, mais à la masse des ci-

1* Les 'EitfoYYtXCai, oa dénonciations de haute trahison, Toir p. 21

toyens réunis, le Peuple Athénien se réunissait sur le Pnyx en assemblée solennelle ^ Ces assemblées avaient lieu à des dates fixes ^ A la fin du v* siècle et pendant tout le lY* siècle, il semble qu'il y avait régulièrement quatre assemblées par Prytanie*, ce qui donnait le total

1. Aristophane, Egutï.^ T. 7S3; icAar., t. 20; PoUuz, VIII, 132. — Les assemblées n'eurent pas toujours lieu sur le Pnyx. Elles se tenaient quelquerois dans le temple de Dionysos et dans le théâtre du Pirée, à Munychie. Harpocration^ s. v. ndviv)(ioc 'AçpoSiTT); Poliuz, VIII, 20; Thucydide, VIII, 93; Lysias, corUr . Àgorat., 32.

L'archéologie moderne est fort divisée sur remplacement du Pnyx. Cependant la majorité des érudits, qui se sont occupés de la topographie d'Athènes^ reconnaissent pour l'ancien Pn^rx une collinede roches située en vue des Propylées, au nord du Mouseion et à l'ouest de TAréopage. Le sommet de ce rocher, disposé en hémicycle, a environ 10000 mètres carrés; on y Yoit encore une tribune (P^Sim), haute de vingt pieds et taillée dans le roc, et une estrade avec des sièges, — pour les Leziarques sans douie, qui avaient à écrire , car l'Assemblée se tenait debout. Consulter [sur la question si controversée de remplacement du Pnyx, outre les ouvrages de Chandler, de Spon, de 'Wheler, de Stuart : E. Curtius, AUUche Studien, 1. 1, p. 29 ; E. Bumouf, le Vieux Pnyx à Athènes {archives des Missions scientifiques, IS&O) ; Leaker The topography of Àthens, t. II, p. 179 sq., et la traduction, mise au courant des nouvelles découvertes, qu'a donnée du livre de Leakè^ M. Phocion Roque, chargé d'affaires de Grèce à Paris.

2. 11 serait téméraire de tenter de fixer ces dates. Selon Schœman (de Cofntltt>i(^ent«rmum), les Assemblées régulières se tenaient le 10, le 20, le 30 et le 33 de chaque prytanie.

3. On nommait ces Assemblées : les Assemblées fixées .d'avance, 'Exx>T)atat &^w\Usai. A l'origine de la démocratie, il n'y avait que une ou deux assemblées par année; après les réformes de Kllsthènes, il y en eut une par prytanie ; enfin, vers la fin du cinquième siècle et

de quarante assemblées ordinaires par année, sans compter les assemblées extraordinaires que les Cinq- Cents ou les stratèges convoquaient pour les affaires urgentes, ou que le Peuple assemblé décrétait quand le temps avait manqué pour terminer quelque importante délibération dans la séance du jour ^

Aqx assemblées régulières, dont chacun connaissait les dates , les citoyens montaient d'eux-mêmes au Pnyx. Hais quand les intérêts de la cité exigeaient une assemblée prompte et spéciale, il fallait convoquer le peuple. Dans ce cas, les hérauts parcouraient les dèmes de l'Attique en annonçant le jour et le but de rassemblée '. Pour les quatre assem* blées de chaque Prytanie, les Prytanes quelques jours avant la séance faisaient afficher sur l'agora, au pied des statues des Héros Éponymes, le programme des questions qu'on devait traiter '. Si ces magistrats le

pendant le quatrième siècle, le peuple se réunit quatre fois par prytanie. Cf. Le scoliaste d'Aristophane, Acham., v. 19 ; Etymologicum magfnum, Hésychias et Harpocration, s. t. Kvp(a; Pollux, VIII, 95 ; Suidas, 8. V. 'ExxXvioia; Scbœmann , de Comitiis Atheniensium,

1. Thucydide^ IV^ 118; Hésychius, s. t. KaTaxXviaia; Démosthène^ de Coron., 38; le scoliaste d'Aristophane, Acham,, y. 19. — On nommait ces Assemblées : les Assemblées convoquées extraordinaire^ ment, KaraxXTjala.

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