‹ Histoire d'Allemagne (volume 2)Chapitre 117 sur 298 · LIV. IX, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

LIV. IX, CHAP. VIII

prëreno , reçut ayec joie et bienveillance les humbles prévenances de ce pieux serviteur. Mais il fallait à un missionnaire aussi zélé de la reconnaissance, des encouragemens et des récompenses : il lui envoya donc au nom de Tapètre saint Pierre le manteau archiépisco* pal, et il ordonna qu'il fût compté désormais parmi les archevêques; pourtant il ne lui assigna pas, dans un pays inconnu, une rési* dence fixe , un diocèse déterminé , pas plus que le pape précédent ne lui avait assigné une résidence et un diocèse épiscopal.

En général Boniface prenait volontiers conseil auprès d'hommes plus ftgés, plus élevés que lui, auprès des illustres ; il eut également la prudence de soumettre au pape, afin de se ménager en tout cas Fassentiment d'hommes influens , toutes celles de ses ordonnances qui pouvaient soulever quelque doute ou quelque opposition, et de solliciter sa décision. Par lu il rendit son œuvre plus facile et toucha plus sûrement au but. Celte fois encore il avait envoyé au nouveau pape une série de questions , et Gr^oire lui transmit sa décision apostolique, que Boniface s'attacha toujours éncrgiquement à suivre avec ses collègues, et par l'accomplissement decettedécision on dut arriver d'un côté à une vie plus morale, et d'un autre côté, la puissance de l'Église romaine dut recevoir dans le Teutschiand un développement extraordinaire. Le pape en effet défendit aux fidèles de vendre leurs esclaves aux païens, parce que cet acte égalait le meurtre en impiété (1), et il contribua sans doute par lu à diminuer et enfin à détruire dans le monde chrétien l'odieux commerce d'hommes; il défendit aussi de manger de la viande de cheval , et par là il rendit peutêtre un immense service à l'économie rurale des Teutschs *, il défendit enfin le mariage entre proches parens , et par là il contribua certainement au progrès de la délicatesse dans la vie sociale ; il défendit aussi aux ecclésiastiques de prier pour les morts qui n'avaient pas quitté la vie dans la foi catholique romaine ; il ordonna de baptiser de nouveau ceux qui ne l'avaient pas été conformément aux rites de l'Eglise catholique romaine, au nom de la sainte Trinité, et par là il garantit la grande communauté do l'Église de la séparation de beaucoup d'individus. Ces prescriptions et d'autres encore sont toutes sanctionnées par les peines ecclésiastiques; mais elles sont aussi données

dans un langage qui prouve évidemment le progrès de la considération du pape dans le Teutschiand. Le pape Grégoire II n'avaitdonné à l'évèque Boniface que des conseils, que des avis ; le pape Grégoire III au contraire donna des ordres à l'archevêque Boniface.

Mais Boniface fut excité à un nouveau zèle par l'appui du pape et par la reconnaissance dont on avait payé le zèle qu'il avait antérieurement prouvé : il fonda deux nouvelles églises, à Fritziar en l'honneur de saint Pierre, prince des apôtres, et à Amanaburg en l'hon^ neur de saint Michel archange; il réunit à chacune de ces églises un couvent de bénédictins et continua de toute manière ses travaux pour le Sauveur et pour le siège apostolique. Il aurait volontiers prouvé sa fidélité, son zèle et sa re* connaissance envers le saint-siége par la conversion des Saxons, qui lui tenait à cœur; mais il fut assez sage pour préférer la consolidation de l'Église à une propagation plus étendue de la foi chrétienne, parce que cette propagation semblait devoir être bien plus certaine et l'è* difice était fondé sur des bases plus inébran^ labiés. Comme l'expérience lui apprit qu'en Bavière l'œuvre de saint Corbinian et d'autres hommes disposés en faveur de Rome était menacée de grands dangers par des hérésies que répandaitunprêlrenomméErmwolf,ilchercha, il est vrai, à exciter les ecclésiastiques d'Angleterre à l'œuvre pieuse de la conversion des Saxons leurs anciens compatriotes, parce qu'ils étaient de la même race (2); mais lui-même jugea nécessaire d'accourir en Bavière pour étouffer et détourner ce nouveau malheur. Le duc Hucbert favorisa Boniface, soit qu'il fût con-» vaincu de la nécessité de l'unité ecclésiastique, soit qu'il redoutât un homme placé sous la protection de Karl-Martell. Boniface réussit donc à détruire l'hérésie et à expulser de l'Eglise par l'excommunication celui qui la prêchait, et il rétablit par là la considération du siège apostolique en Bavière ; il put alors revenir auprès des peuples qu'il regardait comme principale^ ment confiés à sa surveillance.

Peut-être la connaissance que Boniface acquit de l'état des choses en Bavière le convainquit de la nécessité d'un nouveau voyage à Rome pour s'entendre avec le pape sur plusieurs points et pour mieux s'accorder avec lui sur les mesures qui devaient être prises à l'avenir* Karl-Marteli le chargea probablement aussi

d'une mission auprès du siège apostolique. Aussitôt que Boniface eut pris les précautions nécessaires et pourvu les églises de la Hesse et de Tburinge de fidèles surveilJans, il fit son troisième voyage à Rome avec une suite nombreuse de disciples zélés, vraisemblablement Tan 737. Il reçut du pape Taccueîl qu'il devait en attendre ; on lui rendit les honneurs auxquels il avait de justes droits. Il se rassembla autour de lui une grande multitude d'hommes pieux pour entendre de sa bouche les paroles de salut. Des Franks, des Bavarois, des Saxons de Ttle de Bretagne, des hommes enfin de tous les peuples du monde germanique écoutèrent ses discours et recherchèrent ses instructions. De cette manière, il forma à Rome aussi un grand nombre de disciples qui se répandirent chez tous les peuples teutschs pour annoncer parmi eux la doctrine de Tunité de rÉglise et de la suprématie de son chef, le pape. Cet homme infatigable passa une année entière à ces instructions et à d'autres opérations pieuses; puis richement chargé par le pape de reliques saintes et muni d'une lettre adressée aux princes et aux peuples du Teulschland et conforme & celles que Grégoire II leur avait jadis écrites, il revint dans le Teutschland. Luitprand, le vieux et respectable roi des Langobards, le reçut à Pavie avec de grands honneurs. Là il reçut d'Odilo duc de Bavière, qui avait succédé à son cousin Hucbert, une invitation à laquelle peut-être Karl-Martell ne fut pas étranger. Boniface se rendit à cette invitation d'autant plus volontiers qu'il avait déjà luimême le dessein de visiter de nouveau la Bavière; car ce pays, par sa position à l'égard de l'Italie, était de la plus grande importance pour la consolidation de la suprématie romaine sur les églises du Teutschland. Boniface croyait trouver de grandes hérésies parmi les Bavarois: les évêques et les prêtres lui apparaissaient comme les destructeurs des églises et comme les séducteurs du peuple; le duc lui-môme s'était laissé entraîner à des erreurs. Il resta en conséquence plusieurs années en Bavière , instruisant et prêchant, se portant sur tous les points. Il ne réussit pas , il est vrai , à arracher les ronces et les épines , car la pensée était singulièrement opiniâtre en Bavière , et des recherches scientifiques conduisaient souvent au delà des limites de la foi; mais au moins il réussit à fouler pour un moment la mauvaise I

herbe et à fonder de nouveau la doctrine qui semblait la véritable. Mais il fallait aussi prévenir le retour du mal ; il crut donc devoir donner à toute l'Église une nouvelle organisation, et le duc Odilo, qui fut arraché à Thérésie, donna son assentiment à cette réforme. Il partagea donc tout le duché en quatre diocèses épiscopaux dont il plaça le siège à Saltzbourg, à Freisingen , à Ratisbonne et à Passau , et la conservation de ces sièges épiscopaux pendant tous les siècles suivans témoigne de la justesse de coup d'œil avec lequel Boniface avait choisi ces villes. Il plaça aussi sur chacun de ces sièges un homme qui suivait sa doctrine et qui avait toute sa confiance : Jean fut consacré èvêque à Salztbourg, Érembercht à Freisingen^ Gaibald à Ratisbonne , Yivilo à Passau* Boniface crut avoir suffisamment pourvu à la consolidation de l'Église romaine dans le Teutschland méridional , et il revint dans le Teutschland central , qu'il considérait toujours comme le pays qui [lui avait été réellement confié et qui avait le plus besoin de sa surveillance, c'est-à-dire la Thuringeet la Hesse.

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