‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 11 sur 171 · I. Froiswd · texte numérisé non relu

I. Froiswd

tient toujours Transtamare , mais il est vaincu par le prince Noir à la journée de Najara , et fait prisonnier. Les fruits de cette victoire furent peu durables : Dugueselin rendu à la liberté, et vainqueur à son tour à Montiel , replaça une seconde fois Transtamare sur le trône de Castille, et don Pedre mourut de la main de son frère dans la tente môme de Dugueselin.

Cbarles V méditait à cette époque de recouvrer les provinces enlevées par les Anglais à son père, et voyait avec joie Edouard III affaibli par les voluptés encore plus que par l'âge ; tandis que son tils, le vainqueur de Poitiers et de Najara, atteint d'une maladie de langueur dont les symptômes étaient mortels, laissait échapper sa redoutable épée. Charles fomente la révolte dans le midi, où les Anglais traitaient les habitants en vaincus; de là, le vif désir qu'avaient ces provinces de secouer le joug de 1 étranger et d'être rendues à la France : un soulèvement éclate en Gascogne à l'occasion d'un louage, ou impôt que le prince de Galles établit sur chaque foyer ; les seigneurs gascons prétendent qu'ils sont demeurés jusqu'alors affranchis de toute taxe semblable, et, secrètement excités par Charles, ils en appellent à lui au mépris d'une des plus importantes clauses du traité de Bretigny, comme au suzerain de la Guyenne et du Languedoc. Rupture Le roi de F™nce> malgré sa renonciation formelle traité 'a *ou*e souveraineté sur ces provinces, reçoit l'appel je Rretiflny. des mécontents et fait citer le prince Noir, comme jeshostuTté?. son vassal, devant la cour des pairs : l'année suif|370) vante, son allié Transtamare remonte sur le trône de Castille : Charles V alors cesse de dissimuler, il donne des privilèges aux villes révoltées contre les Anglais

et soulève tout le peuple eu sa faveur; le parlement français rend enfin une sentence qui déclare, que faute d'avoir comparu devant la cour des pairs, Edouard est déchu de ses droits sur l'Aquitaine et sur ses autres possessions de France , et il les confisque au profit de la couronne. Un valet de cuisine est chargé de porter cette sentence au roi d'Angleterre , qui , saisi de fureur, se prépare à laver cet outrage dans le sang français. Une puissante armée , commandée par le duc de Lancastre, débarqua à Calais. Mais Charles Y se souvenait des grandes défaites des deux rois ses prédécesseurs; il défendit de livrer bataille, et l'armée anglaise, poursuivant sans l'atteindre un ennemi insaisissable, arriva de Calais en Guyenne presque détruite par les maladies, la fatigue et la disette. La fortune de l'Angleterre était chancelante ; à la ruine de son année se joignit la défaite de sa flotte, vaincue par la flotte castillanne, et dès l'année 1374, il ne restait plus aux An- u Frâna, glais en France que Calais, Bordeaux et quelques places d^™^';°

dans le Midi. Edouard vieillissait dans les bras d'une courtisane, Alice Perrers, qui prit sur lui un honteux empire, et ce roi, jadis si victorieux, et maintenant si humilié, sollicita de Charles V une trêve qui se prolongea jusqu'à sa mort.

Le mécontentement du peuple à la suite de ces revers fut encore accru par les vices de l'administration, à la tète de laquelle, durant une maladie du roi, était son frère le duc de Lancastre. Le parlement passa des plain- opposition tes aux actes, et les commîmes, par l'organe de leur ,dc .

■ ° la chambre

orateur, sir Peter de la Mare, demandèrent la réforme des

commune?.

abus; elles obtinrent' que plusieurs membres, désignés

par le parlement, fussent adjoints au conseil du roi; elles en firent chasser lord Nevil et le lord chambellan Latimer; à leur requête, enfin, plusieurs fermiers des douanes et de quelques monopoles furent emprisonnés, et un décret fut rendu contre la maîtresse du roi, Alice Perrers, portant défense d'intervenir dans une cause devant les cours royales, sous peine de confiscation et de bannissement. Ce parlement hardi, à qui fut donné le nom de bon parlement , avait été soutenu dans son opposition par le héros de Crécy et de Poitiers, le célèbre prince Noir, dont la mort prématurée mit l'Angleterre en deuil. Aucun prince destiné au trône n'a laissé un nom plus célèbre ni plus cher au peuple sur lequel il était appelé à régner. De nombreuses paires de sa vie nous offrent, dans cet àgc héroïque, le plus parfait modèle de la valeur et tic la courtoisie chevaleresques. Cependant, vers la fin, il céda trop à la colère : l'inflexible histoire ne saurait oublier la cruauté inouïe avec laquelle il châtia la ville de Limoges révoltée, et le sang de tous ses habitants égorgés 1 est une tache ineffaçable sur les lauriers du vainqueur de Crécy et de Poitiers.

Edouard III, occupé tout entier de son indigne maîtresse 2, achevait tristement, dans une obscure retraite à Kltham, sa vie si glorieusement commencée. Ses derniers moments furent une grande leçon pour sa postérité : délaissé de tous ses serviteurs, il >it, avant d'expirer, la femme pour laquelle il avait oublié les devoirs de la royauté, lui arracher du doigt un anneau de grand

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