‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 145 sur 171 · Macaulay.il/xMprd · texte numérisé non relu

Macaulay.il/xMprd

3. Elitabelb montrait une prédilection marquée pour l'ancienne hiérarchie ecclésiastique, pour l'observation du célibat par le» prélre» : elle aimait le* pompe» du culte et les représentations extérieure*, et de» cierge» brûlaient constamment dans son oratoire devant l'image de Jésus crucifié.

ÊLISABKTII.

Caractère absolu

et souveraine puissance dans ses mains, et leur fit oublier que, malgré le maintien d'institutions protectrices en apparence des libertés publiques, ils vivaient de fait sous un régime très-arbitraire et à peu près absolu '.

Quelles garanties, en effet, les citoyens pouvaient-ils avoir pour leur fortune, pour leurs libertés, pour leur du vie, lorsqu'à côté des tribunaux de la loi commune, fonc- 8dïiu!SL tionnaient en permanence des cours exceptionnelles armées de pouvoirs sans limites, comme la cbambre étoilée, la cour de baute commission ecclésiastique et les cours martiales 2 ; lorsqu'il suffisait en outre d'un arrêt du conseil pour suspendre des procédures commencées, pour dispenser de l'observation des formes légales, pour infliger des peines corporelles ou des emprisonnements illimités sans qu'on fut admis à donner caution3; lors-

1. Hume. en convient el nous semble, a-.cet égard, s'écarter moins de la vérité que les éminents écrivains qui de 00$ jours ont refusé de voir dans le gouvernement d'Elisabeth les principaux caractères du despotisme.

2. La juridiction de» cours martiales était étendue a une foule de cas non spécifiés par la loi. Il suffisait d'un ordre de la reine pour être justiciable de ces cours. Tout homme qui aurait apporté ou fait circuler dans le royaume, soit une bulle du pape, soit des libelles séditieux, devait être jugé selon la loi martiale par les lords lieutenants ou leurs délégués. (Slrype, Annales, t. lit, p. 570.) En 1590, a la suite de troubles sérieux dans la cité de Londres el dans les faubourgs et de quelques graves excès commis par le bas peuple, commission fut donnée a sir Thomas YYilford, maréchal prévôt, a l'effet de faire saisir tous rebelles ou délinquants incorrigibles qui lui seraient désignés par les officiers judiciaires el de les faire attacher au gibet en présence de ces officiers. La même commission lui donne pouvoir de parcourir les roules publiques autour de Londres, d'arrêter tous les vagabonds et individus suspects, de les remettre aux juges de paix et de faire pendre tous ceux qui seront reconnus comme les plus coupables, (llallam, llist. contt., ch. V. Voyei aussi Kymer, XVI, 279.)

3. Le long emprisonnement de Catherine Grey est une des preuves les plus évidentes de ce fait. Dans les temps de trouble, dit Hume, les prisons de l'Étal étaient remplies : le temps de ces emprisonnements arbitraires n'était pa»

qu'enfin les magistrats et les juges n'exerçaient leurs pouvoirs que d'une façon précaire, et que les jurés répondaient devant la chambre étoilée d'un verdict contraire au vœu de la reine ou de ses ministres 1 1

Quel frein sérieux les parlements pouvaient-ils opposer au pouvoir arbitraire et à ses abus? Leur convocation n'était ni annuelle ni périodique in même obligatoire en aucun temps pour le souverain : le nombre des représentants n'était pas limité : la couronne déterminait les lieux auxquels se trouvait attaché le droit de représentation 2 el décidait seule des conditions qui donnaient capacité d'être élu : elle en usa pour balancer dans les communes l'influence des francs tenanciers des comtés, en présentant d'autorité aux suffrages des bourgs ses officiers, ses pensionnaires et ses légistes voués, comme leurs devanciers, à

limité et le* captifs étaient traités avec la plus gran.le inhumanité, sans pouvoir recourir à la protection des loi*. On pouvait aussi élre appliqué a la question par un ordre de la reine, pour de* causes légère», et *ur ce p«.iiit tous le* historiens (ont d'accord avec Hume el Lingard. Il suffisait souvent de l'ordre d'un seul membre du conseil ou même de la volonté d'un homme puissant pour retenir en prison les sujets de la reine durant un lemp* illimité. Voyez a ce sujet, une plainte des juges du royaume adressée au lord chancelier Hatlon el au trésorier William Cecil, et consignée dans les rapports du grand juge Anderson. fHallam, Hùt.conslit. d'Angtet., ch. v.)

4 . Si dans une affaire importante la réponse des jurés se trouvait contraire aux conclusions de l'accusation, ceux-ci se voyaient cités devant la chambre étoilée pour y rendre compte de leur conduite, heureux s'ils en étaient quille* pour une rétractation et pour quelques durs reproches au lieu d'aœenJcs énormes ou d'un emprisonnement sans terme. La prééminence de ce tribunal arbitraire rendait impuissantes toutes les juridictions inférieures. (Hallam, «( supra, c. V.)

2. Elisabeth augmenta la chambre des communes de soixante-deux membres envoyés, soit des lieux qui dans de» temps reculés avaient cessé de jouir du droit de représentation, toit d'autres lieux a qui ce droil était accordé pour la première fois. (Hallam, iïid.)

la défense de sa prérogative. Les parlements sans doute étaient appelés à sanctionner de leurs votes les mesures législatives, mais quelles garanties légales présentaient-ils dans un temps on la couronne revendiquait le droit de dispenser des lois, et lorsqu'en vertu d'un statut d'Henri VIII, toujours en vigueur quoique abrogé sous Edouard VI, force de loi était donnée aux proclamations émanées du trône? Les parlements avaient, il est vrai, conservé le droit précieux de consentir aux impôts, de voler seuls les subsides, et ce droit lit plus tard leur force ; mais sous les princes de la maison de Tudor, sous Elisabeth comme sous Henri VIII, il fut trop soin eut illusoire : la couronne était ingénieuse à multiplier les moyens de grossir son épargne sans recourir aux parlements et sans demander au peuple des subsides, déguisant ses exactions sous les noms d'emprunts de dons gratuits, d'aliénations de domaines 2, de droits de pourvoiric et de

1. Ce* emprunt» volontaire! en principe étaient «le fait obligatoires, et les comnmsaire» iliai get.de le* repnnir «'arrogeaient unpouvoirarliitioire.Ou en trouve un remarquable exemple rappelé dau* la collection de Lodge : on y voit que lord Shrevrsbury, qui dirigeait celle répartition, fut invité à rejeter sur uu nommé llayuold Devill.qui n'avait point de famille et Taisait l'usure, la part d'emprunt qui était échue a un autre du nom de Joliffe.

2. Elisabeth aliéna de nombreux domaines de la couronne et de l'Eglise. La spoliation des propriété» ecclésiastiques Tut portée si loin, ou moyeu d'aliéualious continuelle», que, pour l'arrêter, il fut interdit aux propriétaires d'aliéner leurs bit us excepté par de» baux d'au moins vingt-un ans. Une réserve cependant fut faite en faveur de la couronne, et ta reine continua a eu déposer pour se» avides courtisan». Klle se comportait avec une grande rudesse divers le» évoques qui tenlaieiit de s'opposer a une spoliation : l'uu d'eux, nommé Gux, évéqucd'Ely, avant osé entrer eu lutte a ce sujet avec le gu nie des sceaux Hailoii, Elisabeth lui écrivit en res termes : Orgueilleux prêtai, vovt tarez te que mus étiez araul que je M Mm eusse (ail ce que mm êtes ; si vous H oblemprrez pus immcdialanenl i ma i équité, par Uiea je mus itefroquerai. On voit, par le style de cette lettre, dans quelle étroite dépendante le» evéque»

M VRK IV. Cil U'IIKK llf.

douanes, de garde et de tutelle, d'octroi de monopoles, de confiscations et d'amendes. KHc était donc, à cette époque, en possession de nombreux privilèges qu elle n'a plus aujourd'hui et dont chacun était incompatible avec la liberté des sujets, et les historiens du règne rapportent une multitude d'actes qui ne sauraient émaner que d'un pouvoir arbitraire et absolu

On aurait tort d'en conclure que ce pou\oir immense, ait été alors considéré comme usurpé ou tyrannique : Elisabeth l'exerça avec l'assentiment général, sans l'appui d'une armée ou d'aucune force étrangère : ses mesures les plus despotiques frappaient non sur le peuple en masse, mais individuellement sur les particuliers, et elle fut toujours habile a se concilier l'opinion |K>pulairc, soit en l'associant à ses rigueurs contre les hommes puis-

élai.nl alor* visa-vis de la cou-onne. Eltabelb t'attribuait \t droit de In dépoter et il parait, a quelque* exception» près, qu'il» donnaient lien à degré ve« reproches, et que, dans le pillag* général de* biens d'églite, il* prirent grand soi» d'eux -même* et de leur» famille*, It» minière* le* plu» intègres d'Elisabeth ne se firent aucun scrupule de participer a cette spoliation : C'rvl ainsi que William Cecil entoura *a maison de Rurleigb de domaine* qui avuieut appartenu au siège de Pélrrhorough : Walsingbam seul iloniin l'exemple d'un noble désintéressement. (Hallam, ut tUftrà.)

\. On «e ferait difficilement une idée aujourd'hui en Angleterre de* restriction* innombrable* apporte.-» par le gouvernement d'Klisabclh aux liberté» de se* sujet». Il* ne pouvaient, sa lia son autorisation, «e réunir pour lire l'Ecriture «ainlc ou pour conférer anr des matière* de religion. Pern»nni' dans In nobb-sse n'était libre de se marier sans l'agrément du souverain (a) : il fallait l'obt. iiir pour voyager a l'étranger : la reine s'arrogeait une autorité absolu*» sur le commerce extérieur : aucune marchandise ne pouvait être importée ou etporlée sans son contentement.

« Oaaa uae lettre juvlifcative par le comte «TE»»»i aut lard» Au commmI « «an r»t»«i

4'lrtande, il m» plaint qu'un ail fait tuhir un long emprisonnement su -nn.ir ir S»alhna)-l<"> cnapnhle d'avoir ep«u«e «a c*n»in« «in» | »veu «te la rnne. Kireb. Mémoire*, II, VU.

sants de la noblesse et du clergé, contre les papistes et les dissidents, soit en se montrant préoccupée des intérêts publics dans les questions générales relatives aux subsides, à l'industrie et au commerce. Aussi ne s'éleva-t-il contre son gouvernement aucune opposition sérieuse ou marquée d'un caractère national, et en jugeant Elisabeth il ne nous appartient pas de nous montrer, pour ses contemporains, plus difficiles ou plus exigeants qu'ils ne le furent eux-mêmes. On \ \l alors en Angleterre ce qui s'est produit souvent ailleurs, dans des temps agités, entre les justes craintes de la guerre civile et de la guerre étrangère, on y vit les sujels plus préoccupés de l'indépendance du pays que des libertés intérieures, plus jaloux de grandir en force et en richesse que d'étendre leurs immunités ou leurs privilèges. La concentration de l'autorité dans une main habile et vigoureuse fut un besoin universellement senti ; il v eut harmonie à cet égard entre le génie du souverain et le vœu public, et le poids du sceptre se perdit dans la prospérité du règne.

Malgré toute la fermeté de la reine et les rigueurs de son gouvernement, la police du royaume laissait encore beaucoup à désirer. Un document contemporain, digne Prt,ife d'une attention sérieuse1, nous a transmis l'exposé des ,"»"rr,Mr désordres commis durant l'année \ 59fi dans le seul comté de Somerset : nous y voyons quarante condamnations capitales, soixante-douze personnes condamnées aux peines corporelles delà marque et du fouet : l'auteur nous apprend que la cinquième partie des crimes commis n'é-

I. Voyii ce <l<unni<nl dan» lr* Avnnlts ileSlrypc, I, IV, |». 190.

lait pas déférée à la justice, qu'une multitude de gens sans a>eu et de scélérats désolaient les campagnes et que les antres comtés d'Angleterre étaient affligés des mêmes

désordres. Nous apprenons par un autre contemporain que dix mille bohémiens s'étaient introduits dans le royaume au temps d'Henri VIII et y commettaient encore de grands maux sous Elisabeth. L'auteur invoque contre eux l'exécution de la loi martiale •.

On a justement attribué ce défaut de sécurité à l'intérieur, cette imperfection de la police locale sous Elisabeth, à la modicité de ses ressources et à l'impossibilité où elle était d'accroître, silon les besoins, le nombre des agents, officiers ou magistrats, chargés de l'exécution des lois, et de leur allouer un salaire suffisant. Elisabeth d'ailleurs se faisait gloire de son économie, souvent excessive, mais qui eut pour base la prudence plus que l'avarice et pour mobile le besoin de ménager ses sujets dans l'intérêt de sa popularité et celui de conserver vis-à-vis d'eux son indépendance.

Revenus Le revenu ordinaire de la reine, dit Hume, d'après les meilleurs documents, était fort au-dessous de 500,000 li-

couronne. »

vres sterling et le revenu des douanes s'élevait à 15.000 livres. Elisabeth reçut en outre de ses parlements, durant le cours entier de son règne, vingt subsides et trenteneuf quinzièmes qui, évalués ensemble à la somme totale de 3,000,000 sterling, ne donnent en moyenne pour chacune des quarante-cinq années de règne, que 66,000 livres, et si l'on réfléchit aux dépenses énormes occasionnées par la guerre avec l'Espagne et par les expéditions

Page 1