Elle élail surnommée la bonne reine Aune
2. Malgré les torls «meneurs qu'avait eus Glocester a l'égard du roi, sou arrestation, l'une de» scènes le plu* dramatiquement racontées par Froissard, fut un odicui cl injustifiable glicl- «p«n>.
o8 LIVRE m. ciuhtui II.
tage de leur docilité, se lit accompagner à Westininster d'une forcé 'militaire imposante. Tous les actes du parlement impitoyable furent alors annulés et plusieurs arrêts tout contrairesjfurent rendus par un grand nombre de ceux qui avaient prêté leur concours aux précédents. Les comtes d'Arundel et de Warwick furent condamnés à mort pour crime de trahison; le premier fut immédiatement exécuté à la Tour : le roi commua la sentence du second en exil. Le duc de Glocester, prisonnier à Ca- ( lais, fut à son tour sommé de comparaître; mais une de lettre arriva le troisième jour, annonçant que le comte- OCC8,er' maréchal ne pouvait produire le duc devant le roi en par- (l397 k ment, attendu qu'il avait été trouvé mort dans sa prison. Les lords appelants soutinrent néanmoins l'accusation et demandèrent un jugement : le duc fut déclaré traître el tous ses biens furent confisqués au profit de la couronne.
Les pairs rendirent encore quelques autres sentences : de nouveaux cas de trahison furent définis; les lords, les communes et le clergé, par ses commettants, jurèrent d'observer les nouveaux statuts, et il fut décidé que les prélats prononceraient l'excommunication contre quiconque entreprendrait de les faire révoquer ou de les modifier. Richard alors combla de faveurs ses partisans fidèles et ceux de ses anciens adversaires qui avaient récemment embrassé son parti et donné des
*. D'après un acte qui était censé contenir la confession de J . lin Uall, domestique du comte de Noltiugbam, et qui fut lu au parlement sous le règne suivant, lu duc aurait péri k Calais, étouîfé entre deux matelas. Uall fut immédiatement mis a mort sans avoir été entendu, nuu plus qu'aucune des personnes nommée* comme complice» du crime. L'intérêt qu'avait Henri IV, successeur de HitliarJ, a noircir sa mémoire, rend cet acte susped.
KICHAKD 11. 5î>
gages de dévouement De ee nombre étaient le comte de Nottinguam et son cousin Henri, comte de Derby, (ils du duc de Lancastre : Ricbard parut ne se souvenir que de leurs récents services : le premier fut créé duc de Norfolk, le second, duc d'Hereford, et une amnistie générale fut proclamée.
Le roi, méditant de rendre son pouvoir absolu, ajourna le parlement, puis le convoqua à Shrewsbury, ville plus dévouée que Londres à sa personne, et là il fit confirmer par les lords et les communes des mesures extraordinaires et subversives de la constitution; ils accordèrent au roi, pour sa vie, la taxe sur les laines et les cuirs : les cas de trahison furent multipliés, au point qu'il était difficile d'échapper à une accusation capitale, autrement qu'en prenant la volonté du roi pour règle unique et absolue : pour lui obéir enfin, des attributions inconstitutionnelles furent données à un comité de dix- huit membres, dont douze pairs et six députés des communes. Le parlement autorisa ce comité, conqtosé tout entier des créatures du monarque, à exercer en son absence tous ses pouvoirs
La fortune souriait à Ricbard; mais la prospérité, i>«|»oii*nie l'écueil des mis, lui devint funeste, et lorsqu'il tînt tous RicfcJjj „ ses ennemis abattus, il se perdit lui-même. 11 se mit audessus des lois, obligeant les juges à les interpréter selon ses caprices, levant des emprunts forcés, révoquant (tardons et ses grâces et les mettant à prix, déployant
I. Richard, nvec l'assentiment do ce comité, décida les causes cl publia des is dans Irf mêmes formes que si les dcui chambres eussent siégé. Il arrêta que toute personue qui tenterait d'annuler ou de révoquer tes nouveaux statuts encourrait la peine de trahison. ( ringard.)
un luxe excessif et ruineux, consumant dans les orgies les subsides levés sur des objets d'utilité publique, et mettant dix-sept comtés en quelque sorle bors la loi. pour des faits accomplis dans les premières années de son règne. Il perdit ainsi toutes les sympathies qu'il avait gagnées jadis par son courage et ses malheurs : toute l'Angleterre appela de ses vœux un nouveau règne; les cœurs se tournèrent vers Henri de Lancastre, récemment créé duc d'Hereford, également eonnu sous le nom de Bolinghrokc, et la popularité de celui-ci s'accrut avec les rigueurs dont il fut l'objet.
Hereford, dans ses anciens complots contre le roi, avait eu pour complice le duc de Notlingham , maintenant comme lui rentré en grâce et créé duc de Norfolk. Us eurent ensemble un entretien secret, à la suite duquel Hereford dénonça Norfolk au roi comme ayant tenu des proj>os séditieux et médité de le renverser du trône. Norfolk opposa une dénégation formelle à son accusateur. Cette cause, déférée d'abord au parlement, le fut ensuite à une haute cour de chevalerie, et dans l'impossibilité de prononcer sur un fait qur n'avait eu aucun témoin, la cour autorisa le combat entre les deux parties. Norfolk et son accusateur Hereford entrèrent dans la lice, à Coventry, aux yeux d'un peuple immense, et déjà Hereford marchait la lance en arrêt sur son adversaire, lorsque le roi jeta entre eux son sceptre et prit ainsi, selon le langage du temps, la bataille dans ses mains, refusant de permettre un combat dont 1 issue, tlisait-il, serait funeste à l'un des champions qui, tous deux, lui étaient alliés par le sang; mais il les redoutai I également, et sous prétexte que la tranquillité publique
MCflAM) II. 01
l'obligeait à les éloigner, il les exila l'un et l'autre, Hereford pour dix ans et Norfolk pour la vie. Le premier ayant bientôt après hérité par la mort du fameux Jean de Garnit, due de Lancastre, du nom de son père et des grands biens de sa maison, Richard, qui les con- Henri <io voitait, prétendit «pie la sentence de bannissement, pro- '''Zc^*' noncée contre son cousin, Henri de Bolingbroke, duc 'j^"1^* d 'Hereford, nouveau duc de Lancastre, le rendait in ha- é^Mén*
L Hi<h«r.l.
bile a succéder, et il confisqua ses biens au profit de sa couronne. Cet acte odieux mit le comble à l'irritation du peuple, dont l'exilé devint l'idole : les esprits fermentèrent, des complots furent tramés dans plusieurs provinces et la rébellion devint imminente. Richard s'aveugla sur son péril, et lorsque sa présence paraissait le plus indispensable en Angleterre, il la quitta pour aller châtier quelques insurgés en Irlande, laissant le duc d'York, son oncle, régent du royaume et le champ libre à ses ennemis.
Henri de Lancastre vivait alors retiré à Paris, où il é|>oiisa la princesse Marie, du sang royal de France, et fille du duc de Berry, l'un des oncles du roi Charles VI. Ayant appris la confiscation de ses biens, et le départ du roi pour l'Irlande, il formate projet de ressaisir ouvertement son héritage et fut encouragé dans cette entreprise par les membres les plus influents du clergé, et entre autres par le primat Arundel, qui vint en France le convier à franchir le détroit. Ce fut le principe des liens étroits qui unirent à l'Eglise la maison de Lancastre, antérieurement favorable à ses adversaires. Cette union, qui fit leur force commune, fut basée sur le besoin absolu qu'elles avaient l'une de l'au-
tre. Hereford débarqua en Angleterre, dans le Yorkshire, avec quinze lances seulement et un petit nombre de serviteurs. Il venait, disait-il, pour recouvrer son héritage; mais l'accueil qu'il reçut éleva rapidement ses espérances jusqu'au trône : les puissants comtes de Northumberland et de Westmoreland se déclarèrent pour lui : le duc d'York, régent, n'osa le combattre ni Pat- Retour tendre et se retira vers l'ouest. Le chemin de Londres
de
Henri de était ouvert : Lancastre marcha aussitôt sur la capitale, "sL™ * ralliant à lui tous les mécontents et annonçant qu'il
P1*^™ venait redresser les griefs du peuple et punir les mé- «< chants qui avaient dévoré les revenus de l'État et abusé
«s pagres. ^ k faveur <\u monarque. L'unanimité qu'il rencontra et la rapidité avec laquelle cette révolution s'accomplit, ne sont comparables qu'à ce qui se manifesta trois siècles plus tard, à la chute des Stuarts, et sont la preuve la plus concluante de l'excès auquel le mal était alors parvenu. Partout Lancastre fut reçu avec enthousiasme : à chaque pas son armée grossissait, et à Saint-Albans, près de Londres, il comptait déjà soixante mille hommes sous sa bannière. Il traversa la capitale sans s'arrêter, se dirigeant vers l'ouest, à la poursuite du régent, qu'il atteignit à peu de distance du château de Berkley, de sinistre mémoire 1 : les deux princes se virent, s'entendirent, et la perte de Richard fut résolue. Peu de jours après, la forte place de Bristol ouvrit ses portes à Lancastre, sur l'ordre du régent : trois des principaux favoris du roi, surpris dans ses murs, furent condamnés et sur-le-champ mis a mort.
I C'«l à Berkley qu'Edouard II mourut cruellement .M*s»ioe.
Le malheureux roi apprit presque eu même temps le débarquement de son ennemi mortel et ses rapides succès: «Oh! s'écria-t-il, rappelant ses perfidies, si j'avais cru son père, cet homme ne m'offenserait pas aujourd'hui : trois fois déjà je lui ai pardonné, et voici sa quatrième offense.» 11 lit partir aussitôt le comte de Salisbury avec l'ordre de rallier ses partisans dans le pays de Galles, où il se disposait à le suivre avec sa flotte et un corps d'Irlandais levé à la hâte. Les Gallois répondirent d'abord à son appel, et Salisbury réunit à Conway une armée nombreuse sous l'étendard royal. Mais diverses causes retinrent le roi et la défection se mit dans les rangs de cette armée avant que Richard eût débarqué : il n'en trouva plus qu'un faible débris, et se vit aussi abandonné de ses Irlandais : mettant alors toute son espérance dans les fortes murailles du château de Conway, réputé imprenable, et d'où il pouvait fuir el s'embarquer pour la Guyenne si l'Angleterre se dérobait à lui, il s'y enferma avec une garnison peu nombreuse, mais fidèle.
Ses ennemis, pour le contraindre à en sortir et pour
Arrestation
s'emparer de sa personne, eurent recours à la ruse. de
Richard
Northumberland ayant mis en embuscade, à quelque distance, un corps nombreux de cavaliers et de gens de (,39î)) trait, se présenta presque seul aux portes de la forteresse : il négocia une prétendue convention entre le roi et son ennemi ? et invita Richard, sous la foi du serment, à sceller ce traité en allant au-devant «le Henri de Lancastre jusqu'au château de Flint pour y recevoir son hommage. Le roi le crut; il sortit, fit quelques pas, et, apercevant l'embuscade, il voulut rentrer au château : mais le comte, jetant le masque, arrêta Richard ; sa
fM LIN KK III. Cil A IMTKK II.
troupe accourut cl les enveloppa : « Nous sommes trahis, «lit le roi, en s'ad ressaut à sa suite; mais sou\enez-\ous que Notre Seigneur fut aussi vendu et livré entre les mains de ses ennemis. » Il ne résista point et fut conduit au château de Flint, où Lancastre était attendu '.
U' lendemain, montant à la tour, il vit l'armée de son ennemi forte de quatre-vingt mille hommes et formée en grande partie des gens de Londres qui le haïssaient 2, se dérouler sur la plage, en se dirigeant vers le château qu'elle environna, déployée en une courbe immense de la mer à la nier. A celte vue, il frémit, il pleura et maudit le traître Northumherland, à qui il s'était livré. Il conféra ensuite quelque temps avec le primat Arundel et quelques autres lords, ses ennemis, qui avaient précédé le duc au château : Bolinghroke parut enfin lui-même, et fléchit le genou devant le roi, qui se découvrit à son approche : « Beau cousin de Lancastre, lui dit Richard, vous êles le bien\enu. — Sire, répondit le duc, je suis venu avant mon temps, et pour cette cause : votre peuple se plaint de ce que, depuis bientôt vingt-deux ans, vous Je traitez avec rigueur : mais, s'il plaît à Dieu, je vous aiderai à le mieux gouverner. » Il donna Tordre du dé-