‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés (volume 2)Chapitre 51 sur 171 · Interrogatoire, seaucc du 43 mars U · texte numérisé non relu

Interrogatoire, seaucc du 43 mars U

par la garnison. Le gouverneur <le Compiègne, Guillaume de Flavy, était un très-vaillant capitaine, mais aussi un tyran souillé de. crimes, détesté de tous pour ses horribles cruautés et ses débauches 1 : il y a tout lieu de croire qu'il vit avec déplaisir la pucelle dans sa ville, et l'on prétendit qu'il l'avait d'avance vendue et livrée aux Bourguignons. Elle fut, dit-on, le jour même de son arrivée à Compiègne , intérieurement avertie de sa perte prochaine, dont cependant elle ignorait le jour et l'heure : on rapporte qu'après avoir communié dévotement à Saint-Jacques, elle s'appuya pensive contre un des piliers de l'église et dit à quelques habitants et aux enfants qui l'entouraient : « Bons amis et chers enfants, je vous le dis avec assurance, il y a un homme qui m'a vendue; je suis trahie et bientôt je serai livrée à la mort. Priez Dieu pour moi, je vous supplie ; car je ne pourrai plus servir mon roi ni le noble royaume de France 2. » Quoi qu'il en soit, jamais elle ne montra un plus brillant courage que le soir du môme jour, dans la sortie qu'elle tenta par la porte du pont à la tête de six cents hommes, tant à pied qu'à cheval. Le premier choc fut terrible : les Bourguignons furent surpris et presque désarmés : mais Jean de Luxembourg voyant le petit nombre des assaillants, fit sonner lalarme dans tous les quartiers du camp : Anglais et Bourguignons accoururent en foule , et les Français, trop inférieurs en forces, battirent en retraite. La pucelle se surpassa elle-même : deux fois elle revint à la

< . Le Brun de» Cliaimclles, d'sprcs les mémoires de Duclmj. 2. De branle, d'après les Chroniques de BreUflnc.

charge, puis elle se mit à larrièrc-garde marchant la dernière et toujours combattant. Les ennemis reconnaissaient son étendard, ils la distinguaient elle-même à sa huque écarlate, bordée d'or et d'argent, et la voyant si faiblement accompagnée, ils poussèrent jusqu'à elle. La barrière de la ville n'était qu'à demi en! r'ou verte », et avant qu'elle eût pu la franchir, un archer picard saisissant sa huque de velours, la tira en bas de son cheval : elle se releva combattant encore et parvint jusqu'aux fossés du boulevard devant le pont : là enfin, accablée, vaincue par le nombre, elle succomba, mais sans reconnaître de vainqueur 2, et fût saisie par Lionnel , bâtard de Vendôme, qui la céda à Jean de Luxembourg, commandant du siège, et sous la garde duquel elle demeura. Ce fut alors une joie, un triomphe sans pareil parmi les assiégeants : les Anglais surtout apprirent cet événement avec transport; on eût dit que toute la France était à eux : il leur semblait avoir plus gagné par la prise de cette jeune fille que par les lauriers de Crécy et d'A2incourt, et le régent Bedford fit chanter à cette occasion un Je Deum solennel -K

Rien ne fut épargné par le gouvernement anglais pour tenir la redoutable captive en sa puissance : il offrit, pour elle, la rançon d'un roi, 10,000 livres qui en feraient 60,000 aujourd'hui : il força Jean de Luxem-

1. Le tire de Fla»y fut même occuié de l'hoir fait fermer «ur elle cl d'avoir empêché les habitants de volor h son secours. (Voye» la dissertation à ec sujet dans l' Histoire de Jeanne d'Arc, par I.c Brun des Cbarmellcs.)

2. Elle ne se rendit pas, et n'ayant donné sa foi à personne, demeura libre de fuir et de rompre ses fers.

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