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incompatible avec le ministère spirituel et, à cette occasion, une multitude d'ecclésiastiques furent déposés et réduits à la pauvreté.
Une question étroitement liée à celle du culte et qui, pour ce motif surtout, dominait toutes les autres, était celle du mariage de la réine. Le choix qu’elle allait faire d’un époux était de la plus haute importance, non-seulement pour chaque parti dans l’état, mais pour l’Europe entière, et parmi les souverains qui briguaient son alliance soit pour eux-mêmes, soit pour leurs fds, le premier comme le plus puissant était Charles-Quint.
Ce prince avait récemment éprouvé de grands revers. Le jeune Maurice, électeur de Saxe, dont une dissimulation profonde avait longtemps voilé les projets, leva le masque, se déclara tout à coup, en Allemagne, pour la cause protestante, et faillit surprendre l’empereur malade et presque seul à Inspruck. Trop faible alors pour lutter contre les princes allemands, fortifiés par le secours inespéré que Maurice leur apportait, Charles-Quint signa avec eux, en 1552, la paix de Passau, qui fut changée, trois ansplus tard, à Augsbourg,cn une paix définitive de laquelleadaté l’ère de la liberté religieuse en Allemagne.
L’empereur, repoussé ensuite avec de grandes pertes devant Metz, par le duc de Guise, et retiré dans les Pavs- Has, espéra un retour de fortune et un magnifique dédommagement à ses disgrâces en obtenant, pour Philippe, son fils et son héritier, la main de la reine d’Angleterre; il négocia dans ce but et Philippe fut agréé.
Ce mariage cependant rencontrait la plus vive opposition dans la nation anglaise : on savait que Philippe joignait à l’ambition insatiable, à l’orgueil et à la màu-
Pat!
de Pas&au.
Projet de mariage cnlrc Mark’ et Philippe If.
:»8« LIVRE IV. «.ll.vmnK II.
vaise foi de son père, d'au 1res vices plus dangereux encore, une opiniâtreté indomptable, le fanatisme et la cruauté : on se disait que l’Angleterre deviendrait avec le temps une des provinces de la monarchie espagnole au même titre que les Pays-Bas, la Lombardie, Naples et la Sicile, que l’exécrable tribunal de l’inquisition y serait établi et qu’il sévirait en Angleterre avec d’autant plus de barbarie que la nation avait incliné plus ouvertement pour la réforme.
Gardirier était alors chancelier du royaume et il lit preuve comme toujours de prudence et d’habileté : il approuva le projet d’union avec l’héritier de la monarchie espagnole, et il modéra en même temps l’impatience de la reine pour le rétablissement de l’ancien culte : il lui dit qu’il convenait de suspendre, jusqu’à l'accomplissement de celte union si désirée, toutes les innovations religieuses : la reine, après ce mariage, serait, dit-il, en état de perfectionner l’oeuvre sainte qu elle avait commencée : il était donc nécessaire qu’elle sc conciliât d’abord l’approbation du peuple, pour celte union, en la lui présentant sous le jour le plus avantageux. Le contrat fut rédigé dans les termes les plus propres, soit à rassurer les Anglais, soit à flatter leur orgueil. U fut spécifié que, malgré le titre de roi donné à Philippe, l’administration resterait entièrement dans les mains de la reine; qu’aucun étranger ne pourrait posséder de etiarges dans le royaume, qu'aucune innovation ne serait faite dans les lois, dans les coutumes et les privilèges de la nation; que les enfants mâles qui naîtraient de ce mariage hériteraient, non-seulement de la couronne d’Angleterre, mais de la Bourgogne et des Pays-Bas, et que si don Carlos,
MARIE
fils de Philippe, d’un premier lit, mourait sans postérité, celle de la reine, soit mâle, soit femelle, hériterait de la couronne d’Espagne, du royaume de Sicile, de l’état de Milan et de toutes les autres possessions espagnoles. Telles furent les principales clauses du contrat de mariage entre Philippe et Marie.
Ces articles furent publiés, mais la nation persista à voir dans ce contrat beaucoup moins l’éventualité de l’avénement de ses princes à la couronne d’Espagne que la subordination future et humiliante de la couronne d'Angleterre à la maison d’Autriche et l’introduction inévitable et prochaine, dans le royaume, de l’inquisition justement abhorrée. Il fallut dissoudre le parlement, tout disposé qu’il fût jusqu’alors à se soumettre aveuglément aux volontés de la refhe, et l’irritation des esprits occasionna une révolte qui eut des suites douloureuses et à jamais regrettables. Sir Thomas VVyatt, homme résolu et audacieux, fut le principal auteur de cette rébellion qui éclata à la fois dans les provinces de Kant et dans le Devonshire : elle avait poui objet le rétablissement de Jeanne Gray sur le trône, et le duc de Suffolk, son père, s’y laissa malheureusement entraîner, llien n’était mûr pour le succès d’une^seinblablc restauration. Wyatt s’empara cependant de Southwark, pénétra jusqu’à Westminster les armes à la main, et lit trembler la cour : mais, mal secondé, puis abandonné des siens après un combat meurtrier à Charing-Cross, il fut pris, et, comme il arrive toujours après l’avortement de semblables tentatives, le pouvoir que la révolte avait pour but de renverser, se trouva, par sa victoire, armé de nouvelles forces : il en abusa, et aux combats succédèrent les
Dissolution
du
parlement.
Révoltes
de
Sir Thomas Wyatt.
Dernier»
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Jeanne Grav.
supplices. On vit alors un des spectacles les plus déchirants que présente l'histoire : on vit deux jeunes époux, Jeanne Gray etGuilford, jouets malheureux de l’ambition de leurs proches, payer de leur vie des fautes qui n’étaient pas les leurs, qu’ils avaient eux-mêmes amèrement déplorées, et dont ils furent rendus responsables. Marie ordonna leur supplice; et d’abord elle envoya son chapelain à Jeanne Gray à l’effet de la convertir et de la réconcilier avec Home. Leur entretien eut lieu publiquement : Jeanne le mit ensuite par écrit, et il nous a été conservé signé de sa main. Elle y défendit sa croyance religieuse dans ce moment terrible et jusque sous la hache du bourreau, avec une force et une précision dignes de théologiens de profession. « Madame, lui dit le prêtre en terminant, je regrette votre opiniâtreté, car maintenant nous ne nous reverrons plus. » C’était lui dire que sa grâce eut peut-être été attachée à son abjuration. Mais Jeanne eût mieux aimé cent fois mourir que de racheter sa vie à ce prix. Elle se retira dans son appartement, pria avec ferveur et consacra ses dernières heures à la lecture du Nouveau Testament, dont elle avait toujours sur elle un exemplaire en grec. Elle en détacha un feuillet blanc où elle écrivit à sa sœur Catherine une lettre touchante et admirable pour la fortifier dans sa foi : on ne peut lire sans un profond attendrissement les lignes où cette jeune femme, âgée de dix-sept ans à peine, invite sa sœur â ne point s'assurer en sa grande jeunesse contre les chances d’une mort prochaine', mais à se trouver prête en tout âge et en
I. Tht life i irnth and arlin ».« of Iht lady Jant Gray. Rrprint of (015 P •
ioute saison à glorifier le Seigneur et à lui rendre témoignage. Elle eut ensuite une nouvelle controverse à soutenir avec plusieurs évêques et savants docteurs : la journée du lendemain fut désignée pour son supplice. Uuilford, son mari, devait être exécuté le premier : il lui demanda le malin même une dernière entrevue qu’elle n’osa lui accorder par la crainte de sentir son courage ébranlé dans leurs adieux suprêmes; et quand son tour fut venu, elle descendit et se présenta au shérif chargé de la conduire, avec un visage où ne perçait aucun signe de crainte ou d’abattement, mais auquel la confiance d'être réunie bientôt à l’objet de ses plus chères affections donnait un éclat inaccoutumé. Marie, craignant l’émotion populaire à l’aspect de tant de jeunesse, de mérite et de beauté moissonnés sur l’échafaud, avait ordonné que l’exécution serait faite en secret dans l’intérieur de la Tour, et Jeanne, en approchant du lieu du supplice, rencontra, par hasard peut-être, le corps de son époux qu’on rapportait tout sanglant et mutilé. A cette vue elle défaillit un moment : des larmes coulèrent en abondance sur ses joues : mais son grand cœur les eut bientôt taries : elle surmonta sa faiblesse, gravit d’un pas ferme les degrés de l’échafaud, et saluant les assistants, elle leur dit que sa volonté était exempte de tout crime contre la reine, que sa faute était moins d’avoir porté une main téméraire sur la couronne que de ne l’avoir pas rejetée avec assez de constance, qu’elle s’était rendue coupable moins par ambition que par respect pour ses parents, et qu’elle voulait prouver, par sa résignation à son arrêt, le désir sincère d’expier un acte qu’elle n’avait commis que par un excès de piété filiale. En aehe-
Arrestation et péril «l'Klisabctli
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vaut ces mots, elle s’agenouilla et reçut le coup mortel. Peu de jours après, le duc de Suffolk, son père, subit le même supplice auquel son ambition avait dévoué sa tille innocente.
L'histoire de la tyrannie, dit un auteur célèbre, n’otrrc pas un autre exemple d’une femme de dix-sept ans, mise à mort par l’ordre d’une reine, sa parente, |K)ur avoir obéi à l’ordre d’un père, ordre qui avait reçu la sanction de tout ce qu’il y avait de plus illustre dans la noblesse, de plus grave dans la magistrature et de plus vénérable dans le clergé. Exemple d’autant plus affreux que Jeanne réunissait, à la jeunesse, à la beauté, au génie, la science, la vertu et la piété : mort à jamais mémorable, capable à la fois d’honorer et de déshonorer un siècle *. Le lundi 12 février, jour de son supplice, est flétri dans l’histoire d’Angleterre sous le nom du lundi noir : ce même jour, cinquante -deux personnes furent exécutées à Londres et la princesse Elisabeth courut le |>lus grand danger. Elle avait refusé de se joindre aux rebelles , mais elle ne révéla point le complot dont elle avait eu connaissance et lorsqu’il éclata, elle était gravement malade à sa campagne d’Ashbridge. Elle en fut violemment arrachée et conduite malade encore à la Tour. En traversant les rues de Londres, elle fit ouvrir sa litière , où elle se montra vêtue de blanc , symbole de l’innocence; le peuple vit la pâleur de son visage, suite de ses longues souffrances et il en eut compassion : elle protesta sous serment qu elle n’avait