‹ Histoire d'Angleterre depuis les temps les plus reculés. T. 2Chapitre 36 sur 224 · Première partie du rèinic de Henri VI · texte numérisé non relu

Première partie du rèinic de Henri VI

1122 — il 20.

Henri V un ait en mourant exprimé le vœu que la régence de France fût offerte au duc de Bourgogne, dont il désirait assurer l’appui à son fils. Ce prince l’ayant refusée, Charles VI, de l’avis de son conseil, désigna le duc de Bedfort, frère du feu roi, pour ce poste aussi difficile qu’éminent : peu de jours après, il suivit Henri V dans la tombe, et tandis que les Anglais proclamaient Henri VI au berceau, roi de France, le dauphin Charles prenait lui-même les insignes de la royauté et fut salué roi, sous le nom de Charles VII, dans les provinces que les armes anglaises n’avaient pas encore soumises.

Les lords d’Angleterre 1 confirmèrent Bedfort dans sa charge de régent du royaume de France , ils nommèrent en son absence le duc de Glocester, son frère, protecteur du royaume , et confièrent la personne et l’éducation du jeune prince «à Henri de Beaufort, évêque de Winchester, fils naturel et légitimé de Jean de Gand, duc de Lancastre.

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Bedfort possédait toutes les qualités nécessaires pour continuer et mener à fin la grande entreprise de sou fri re, en affermissant le sceptre de la France dans la main d’un roi anglais. L’autorité du jeune Charles VII. prince indolent et voluptueux, esclave de ses maîtresses et de scs favoris, était reconnue plutôt qu’établie dans les provinces du centre, du sud-est et du sud, jusqu’aux frontières de la Gascogne : il avait reçu de ses ennemis le nom dérisoire de roi de Bourges, et peu d’efforts semblaient nécessaires pour consommer sa ruine. Bedford, maître de la capitale de la France, de la Guyenne et de presque toutes les provinces septentrionales du royaume, se voyait à la tète d’une armée accoutumée à vaincre, et comptait |>armi ses lieutenants les meilleurs généraux de l’époque, les comtes de Sommcrset, de Warvvick, de Salisbury, de Sutfolk et d’Arundel, sir John Falstaff et le célèbre Talbot. A ces grands moyens de succès, il joignit ceux que lui suggérait la prudence, et il s’unit étroitement aux deux plus grands feudataires de la couronne de France, au duc de Bretagne, Jean IV, et à Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fils de Jean sans Peur assassiné à Montercau, et qui, pour venger son père, fut longtemps en France le plus ferme soutien des Anglais. Ces princes se virent, s’unirent par des mariages, et signèrent à Arras un traité d'alliance qui menaçait d'effacer la France du rang des nations.

Durant les sept premières années qui suivirent la mort de Henri V, les armes anglaises furent presque constamment victorieuses : les Français, dont un corps nombreux d’Ecossais faisait la force principale, furent vaincus à Crcvenl sur Yonne, puis dans la sanglante bataille

IIE. MRI VI.

•le Verneuil, où le* Ecossais furent presque anéantis et où périrent leurs illustres chefs Douglas et le connétable comte de Buclian. On ne vit plus alors dans tout le pays (ju’invasions, combats, sacs de villes, incendies et ravages. La France, dit un historien célèbre, était devenue jusqu'au nord de la Loire comme une vaste solitude : les campagnes étaient désertes ; il n’y avait plus d’habitants que dans les bois et dans les forteresses; encore les villes étaient bien plutôt des logis pour les gens de guerre que des demeures pour les citoyens. La culture était délaissée, hormis à l’entour des murailles, sous l’abri des remparts, et à portée de la vue de la sentinelle du clocher. Dès qu’elle voyait l’ennemi, les cloches étaient sonnées, les laboureurs en toute hâte rentraient dans les villes; les troupeaux, aussitôt qu’ils entendaient le son du tocsin, s’enfuyaient d’eux-mèmes et se pressaient aux [sortes pour se mettre en sûreté. Le larcin et la rapine étaient devenus la profession commune de tant de malheureux sans asile '.

Le peuple attribuait avec raison aux Anglais tous ses malheurs : tant de souffrances entretenaient dans les âmes le sentiment national, et la flamme sacrée du patriotisme grandissait avec la haine de l’étranger. L’excès de la confiance produisit en même temps ses effets ordinaires dans ceux qui pouvaient se croire les maîtres delà France ; elle endormit leur vigilance, elle permit à la discorde de se glisser entre eux et de les désunir, paralysa leur activité, et, dans le temps même où Charles Vil se rapprochait de son puissant vassal, le duc de

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