I. Froi*Mrd
KIM il AH It III.
gagé aucune action importante. La première grande bataille entre les deux nations, fut livrée sur mer en 1340. Une flotte française, forte de quatre cents voiles, montée, dit-on, par quarante mille hommes, et commandée par un amiral inexpérimenté, avait été réunie au port de l’Ecluse, où elle était étroitement resserrée lorsque la flotte anglaise, fort inférieure en nombre, vint l’attaquer. Les vaisseaux français ne pouvaient ni manœuvrer ni se mouvoir, et leurs équipages, exposés aux coups terribles des redoutables archers d'Angleterre, périrent presque tous sans avoir pu se défendre. Une armée flamande fermait la retraite aux Français; la victoire des Anglais fut complète, immense, et l’empire de la mer fut pour longtemps acquis à leur pavillon. Malgré ce grand succès, cependant la guerre traînait en longueur. La plupart des princes alliés d’Edouard, sur le continent, ne recevant point d’argent de l’Angleterre, se détachèrent peu à peu de son alliance : le trésor était vide; la France entin, supérieure à l’Angleterre en territoire comme en population , paraissait difficile à entamer : Edouard perdit confiance et signa avec Philippe une trêve, qu’il songeait à convertir en paix durable, lorsque de grands troubles survenus en Bretagne pour la succession de ce duché, offrirent au monarque anglais un allié inattendu et des chances inesperees de succès sur le continent.
Jean III, duc de Bretagne, était mort sans postérité, deux concurrents se disputaient son héritage : l’un était Charles de Blois, mari de la Hile de son frère puîné, le comte de Penthièvre, et neveu du roi de France;
Bataille de l'Ecluse.
Première
Irrre
conclue.
Guerro
de
succession
en
Bretagne.
l’autre, Montfort, descendant par sa mère du fameux Simon de Montfort, l’exterminateur des albigeois; il était, par un second mariage, le frère cadet du dernier duc et avait été déshérité par lui. La cour des pairs, dévouée au roi de France, adjugea le duché à Charles de Blois, son neveu. Montfort s’empara aussitôt des places les plus importantes de la Bretagne et fit hommage, pour le duché, au roi Edouard, dont il implora le secours. Cette guerre, dans laquelle Charles de Blois fut soutenu par la France et Montfort par l’Angleterre j dura vingt-quatre ans sans interruption, et offrit, au milieu d’actions héroïques, une longue suite de perfidies et de brigandages. Parmi les plus fameûx combats de cette lutte terrible , l’histoire cite le fameux combat des Trente , duel sanglant, dans lequel trente chevaliers bretons, sous Jean de Beaumanoir, vainquirent trente Anglais commandés par Bemborough. Deux femmes , deux héroïnes, rivalisèrent , à cette époque, en courage avec les plus célèbres guerriers; ce furent Jeanne de Pentbièvre, surnommée la Boiteuse, femme de Charles de Blois, et Jeanne la Flamande, femme de Montfort; elles furent l’âme de leur parti, et la défense d’Hcnnebon rendit Jeanne de Montfort immortelle '. Après une courte trêve de quelques années, obtenue par l’intervention des légats du pape, la guerre se ralluma et se prolongea dix -huit ans.
Philippe de Valois avait eu recours pour la soutenir
I. Bien a v a 1 1 (la comlcssc de Muntforl) couraflo d'homme cl cœur de lion. (Froiaurd, Chroniques, c. LVIII.)
É00CARD III. 17
à In perfidie et à la cruauté; dans un tournoi où les chevaliers bretons du parti de Montfort s’étaient rendus sans défiance, il en fil arrêter et décapiter douze. Les parents et les amis des chevaliers mis à mort, appelèrent l’ennemi pour les venger; l’un d’eux, Geoffroy d’Harcourt, menacé du même sort par Philippe, conduisit l’armée d’Edouard sur les côtes de Normandie, où rien n était préparé pour la défense; les Anglais, suivant le cours de la Seine, portent jusqu'aux faubourgs de Paris le ravage et la terreur. Philippe appelle à lui toute la noblesse française et rassemble une armée formidable devant laquelle Edouard se retire. La retraite des Anglais était difticile : fort inférieurs en nombre aux Français1 II., ils passèrent la Somme au gué de Blanquetaque et suivis de près par l’armée de France, ils s’arrêtèrent, prirent position sur une colline qui dominait le village de Crécy, et le roi Edouard les disposa en trois batailles parfaitement ordonnées, où se voyait la fleur de la chevalerie d’Angleterre, les comtes de Warvvik, de Northampton et d’Arundel, les sires de Man, de Ross, de Bourchier, de Lucy, etc., et messire Jean Chandos, l’un des plus renommés guerriers du siècle.
Les Français arrivaient à marches forcées: Philippe de Valois avait avec lui plusieurs princes et beaucoup de puissants seigneurs : le comte d’Alençon, son frère; le comte de Blois, son neveu; le vieux roi de Bohème, Jean de Luxembourg, le duc de Lorraine, les comtes de Flandre, d’Auxerre, de Sancerrc, messire Jean de Hainaut et une
I. Froissa rd dit que l'armée anglaise u’élail que le huitième de française.
l’armée
Reprise des hostilités entre la France et
l’Angleterre.
Descente de l’armée anglaise en
Normandie.
Bataille
de Crécy.
foule d'autres. La se trouvait toute l’élite de la noblesse, impatiente d’acquérir de l'honneur, et pour cela même mal disciplinée et voulant tout entière paraître au premier rang. Le roi, arrivé en vue de l’ennemi, essavaeu vain d’arrêter les divers corps de son armée qui avançaient toujours et sans garder aucun ordre sous la bannière de leurs chefs; reconnaissant enfin l'impossibilité de les ordonner selon que la prudence l’exigeait, il commande à ses archers génois de passer à l'avant-garde et de commencer l’attaque. Ceux-ci, harassés après une marche forcée, représentent qu’ils sont accablés par la fatigue et la faim, et que leurs arcs, trempés par la pluie, sont hors de service. L’ordre est réitéré : ils s’avancent bravement et lancent leurs traits sur les archers d’Angleterre, au premier rang de l’armée ennemie, jusque-là immobiles: ceux-ci, reposés depuis la veille et d’une habileté supérieure, s’avancent à leur tour et font pleuvoir une grêle de leurs flèches redoutables sur les Génois, déjà vaincus avant de combattre et qui fuient en désordre. A cette vue, le roi Philippe frémit de fureur : « Or tôt, crie-t-il à ses gens d’armes, tuez toute cette ribaudaillc, qui nous empêche la voie sans raison. » Et les malheureux Génois périssent massacrés et foulés sous les pieds des chevaux. Mais celle affreuse tuerie d’une partie de l’armée par une autre partie, met dans celle-ci même un affreux désordre dont les Anglais profitent pour l’accabler. Les gens d’armes français ne peuvent soutenir le choc et tombent en foule sous les yeux du roi ; cependant le corps sous les ordres du duc d’Alençon s’ébranle, et vient fondre sur celui que commande le prince de Galles, âgé de
edoi ard III.
quinze ans. Il renverse les archers anglais , pénètre jusqu’aux gens d’armes et là s’engage un combat furieux. Les comtes de Norlhampton et d’Arundel accourent en aide au jeune prince et ils envoient un chevalier, messire Thomas de Norwich, demander au roi Edouard assistance pour son fils. Le monarque, qui se savait sur tous les points très-inférieur en nombre aux Français, donna, dans cette occasion, une preuve de fermeté digne des temps antiques : « Messire Thomas, dit-il, mon fils est-il mort, ou si blessé qu’il ne se puisse aider? — Non, répondit celui-ci, mais il est en dure extrémité et aurait besoin de votre aide. — Messire Thomas, dit le roi, retournez vers lui et vers ceux qui vous ont envoyé et leur dites, de par moi, qu’ils ne m’envoient requérir pour rien qui leur advienne tant que mon fils sera en vie, et dites que je leur mande qu’ils laissent à l’enfant gagner ses éperons, car je veux, si Dieu le permet, que la journée soit sienne. » Cette réponse, rapportée à ceux qui combattaient avec le prince, stimula leur bravoure et ils firent grand carnage des Français; ceuxci, cependant, pour leur honneur, avançaient toujours, préférant la mort à une honteuse fuite. On vit alors un spectacle d eter.ielle mémoire : le vieux roi de Bohême, aveugle, Jean de Luxembourg, qui était là tout armé avec ses chevaliers, ayant entendu que la journée allait mal pour la France, dit a ses gens : « Seigneurs, vous êtes mes hommes, mes amis et mes compagnons, je vous prie donc aujourd'huv et requiers que vous me meniez si avant que je puisse férir un coup d’épée. » Et ceux qui étaient la près de lui et à qui son honneur était cher, lui accordèrent sa demande et pour acquitter leur parole
et ne point le perdre cm la foule des combattants, ils se lièrent |>ar les freins de leurs chevaux tous ensemble et mirent le roi, leur seigneur, devant pour mieux accomplir son désir, et ainsi s’en allèrent sur leurs ennemis et s’enfoncèrent si avant au milieu des Anglais, que tous y demeurèrent, et le lendemain ils furent trouvés sur la place tous morts et attachés ensemble
Déjà, du côté des Français, tout espoir était perdu. Le carnage fut immense : plusieurs princes, le comte d’Alençon, frère du roi; le comte d’Aumale, son neveu; les comtes de lilois, de Lorraine, d’Auxerre, de Saint- Fol, gisaient parmi les morts et avec eux douze cents chevaliers cl une foule de seigneurs du premier rang, entre lesquels le comte d’Harcourt, frère de ce Godefroy d’Harcourt, qui avait attiré les Anglais dans son pays. Le roi Philippe eut un cheval tué sous lui. lui-même fut blessé et il demeura, le coeur navré, jusqu’à la nuit tombante sur le champ de bataille2. Alors seulement et quand la nuit fut tout à fait close, le roi Edouard, son rival, assuré de son immense victoire, quitta ses positions et descendit, à la lueur des torches et en bon ordre, avec toute sa lia taille, vers le prince son (ils, le serra dans ses bras et lui dit : « Vous êtes mon lils : vous vous êtes aujourd’hui loyalement acquitté et êtes digne de tenir terre ;i. »
Le lendemain, au point du jour, un gros corps de cavalerie anglaise fut envoyé à la poursuite des Français; il rencontra le peuple des communes de France qui ac-
Froissatil, Chroniques , c. CCLXXXVlll.