I. La liTre (».) ou pound, égale, en kilogramme
terre, empéeherd sans doute les fabriques de laine de prendra Tessor qui est réservé à celles de coton.
Coton. — La progression dans la quantité des importations de matière brute est indiquée ^ar le tableau suivant :
Années. Importations. Années. Importation.
En 1828, on exportait pour 18 767517 livres sterling de coton travaillé; en 1849, pour 26 771 432. Le prix des cotonnades a été toujours en diminuant; de 1830 à 1849, la réduction des prix est de moitié environ , et cependant ce qui coûtait 38 shillings en 1786 n'en coûtait déjà plus que 3 en 1830. La fabrication, en effet, se perfectionnait chaque année. En 1823, un ouvrier de quinze ans dirigeant deux métiers à vapeur pouvait tisser 7 pièces, chacune de 34 yards ■ en une semaine; en 1826, le même ouvrier dirigeant 4 métiers tissait 12 pièces de la môme dimension et dans le même espace de temps ; en 1833, assisté d'une jeune fille de douze ans, avec 4 métiers encore, il tissait 18 et môme 20 pièces ; en 1845, dans les mêmes conditions, il en tissait 22.
Ce fut en 1785 que la vapeur fut appliquée pour la première fois k cette industrie. En 1839 elle employait 1641 machines à vapeur de la force de 46 827 chevaux et 674 machines de la force de 12977 chevaux, mues parFeau. Le nombre des filatures en activité était alors dans les trois royaumes, de 1819; elles occupaient 259336 personnes, sans compter les teinturiers, les imprimeurs sur étoffes, ceux qui travaillent aux métiers à la main, etc. Si Ton ajoutait encore à ce nombre les ouvriers de toutes les industries nécessaires à celle-là, on trouverait, dit M. M'Culloch, que la fabrication du coton fait vivre douze à treize cent mille personnes.
En 1804, le nombre des heures de travail par semaine était de 74; et avec le, prix de son travail, Fouvrier pouvait se procurer 117 livres de farine et 62 livres de viande; en
1. La machine à filer le coton de sir Richard Arkwright tomba dans Tusage public en 1785, et 1^ première machme à vapeur de Wati est de la même anné? 1. Un yard égale 9 U millimètres.
484 CHIPITBK XXXIX.
1833, le même ouvrier ne travaillait que 69 heures, et, grâce à rabaissement du prix des denrées alimentaires, il pouvait se procurer 267 livres de farine et 85 livres de viande. Ainsi il travaillait moin% et était mieux nourri. L'abolition des lois sur les céréales a encore largement amélioré sa condition.
'^ L'impression sur coton date de 1676; en 1830, on a imprimé 347 450 299 yards de coton , dix fois plus qu'en 1800.
Soie, — Les manufactures de soie sont fort anciennes en Angleterre; mais elles n'ont pris d'importance que très-tard. De 1815 à 1849, la quantité de soie importée alla de an à six millions de livres (Ibs.). En 1824 on réduisit les taxes mises sur cet article ; dès lors il y eut accroissement dans la consommation. La fabrication anglaise pour les soieries est plus coûteuse que la fabrication lyonnaise : aussi la contrebande a-t-elle pris un grand développement. Néanmoins l'Angleterre vend beaucoup de ses étoffes de soie à l'étranger ; en 1830 pour 521 010 livres; en 1849 pour 998 334 livres. La France en a reçu, en 1847, pour 171 764 livres sterling. Cependant pour cette branche d'industrie, les manufacturiers anglais sont vaincus par la supériorité de goût des ouvriers français dans l'arrangement des couleurs et la disposition des dessins. On comptait en 1839, dans les trois royaumes, 263 manufactures en activité, lesquelles employaient 207 machines à vapeur d'une force de 2457 chevaux et 34233 personnes.
Lin. — Le lin étant en Angleterre une production indigène, on ne peut calculer à l'aide des tableaux de douane, comme pour le coton et la soie, la quantité mise en fabrication. Jusqu'à la fin du dernier siècle, le lin était ûlé par les femmes dans leur ménage. Ce fut au commencement de celui-ci que des filatures mécaniques s'élevèrent dans le nord de l'Angleterre et en Ecosse ; c'est plus récemment encore qu'on a appliqué la vapeur à^ cette fabrication. En 1820, l'importation du lin en Angleterre n'était que de 376 170 cwt^; elle a été en 1849 de 1 806 786. Le plus beau
1. Le hundred-weigbt (cwt.) égale 112 1^., égale en kilogrammes 50,78.
lin vient de France, qui exporte chaque année pour l'Angleterre de 30 à 40 000 pièces de batiste. En 1835, on comp^ tait dans le royaume-uni 347 fabriques occupant 33 283 personnes*
Si nous récapitulons maintenant tout ce qui concerne les fabriques de tissus de la Grande-Bretagne, dont le relevé a été fait, nous aurons, pour les années 1835 et 1839, le tableau suivant, qui montre, s'il n y a point quelque erreur dans les chiffres de 1835, que cette industrie aurait à peu près doublé en quatre ans.
Nombre Force des machines évaluée Ouvriers des fabriques. en chevaux-vapeur. employés.
Coton 987 34 008 172605
Laine 740 15003 46685
Un 90 2274 12910
Soie 131 1675 18390
Coton 1819 59804 259385
Laine 1738 27804 86446
Lin 392 11090 43487
Soie 268 3 379 34 318
Un résultat très-digne de remarque, c'est que le rapport entre le chiffre des chevaux-vapeur et celui des ouvriers employés se maintient à peu près le même, et que par conséquent le développement de la fabrication à la mécanique ne réduit pas le noml^re des bras utilisés.
Quincaillerie^ plaqué, — C'est à Birmingham, dont la population s'est accrue de 150 pour 100 en quarante ans, que s'est concentrée cette fabrication. \,e prix des objets fabriqués a diminué, de 1812 à 1832, en vingt ans, de 40 pour 100 au moins. L'exportation, en 1820, était d'une valeur de 949085 livres sterling; ej^ 1849, elle s'élevait à 2 201 316 livres.
486 CHAPITRE XIXIX.
Beaucoup d'articles de cette fabrication sont exécutés à Birmingham , non pas dans de vastes usines, mais par un grand nombre d'ouvriers travaillant pour leur compte, comme beaucoup de nos ouvriers en soie de la fabrique lyonnaise. A Birmingham et dans son district, les choses se passent ainsi : un capitaliste élève une vaste construction contenant un grand nombre de chambres et ayant une machine à vapeur qui correspond avec chacune de ces chambres. L'ouvrier qui a reçu une commande pouvant l'occuper huit jours, un mois, etc., loue pour ce temps une ou plusieurs de ces chambres , et peut ainsi , sans capital , être à la fois ouvrier et patron. Il serait à souhaiter que de pareils établissements se formassent en France. Car le service si souvent parasite des intermédiaires ou courtiers deviendrait ainsi inutile.
La coutellerie se fabrique surtout à Sheffield ; le plaqué dans cette ville et à Birmingham. Cette dernière industrie a pris un grand développement à Tîntérieur, à cause de l'impôt qui frappe les objets d'or et d'iargent. On exportait en 1827 en articles de plaqué, joaillerie et horlogerie, pour 169 456 livres sterling; eh 1849 on en a exporté pour 233068 livres sterling.
Acier, — Depuis quelques années cette industrie a pris à Sheffield une très-grande extension. En 1835 cette ville comptait 56 fourneaux destinés à cette fabrication ; aujourd'hui elle a 62 établissements contenant 554 fourneaux. Les I du fer qu'elle emploie viennent de l'étranger, car les fers anglais ne donnant que d'assez mauvais acier, on tire une grande quantité de matière première de Suède , le seul pays dont le fer se transforme aisément en aciers excellents. En 1814 l'exportation de l'acier brut n'était que de 323 tonnesS elle a été en 1849 de 8095 tonnes, dont 5216 pour les Ëtats-Unis.
Verrerie. — Cet article a été frappé d'un droit très-élevé jusqu'en 1845. Cependant depuis 1789 la production a doublé. En 1845 on diminua l'impôt, ce qui permit aux fabri-
1. La ton (20 hundrcd-weight) égale, en kilogrammes, I0li>,649.
SUDATION ÉCONOBilOUE. 487
eants de baisser leurs prix. Dès lors le commerce de la verrerie a pris une extension considérable.
Machines. — C'est ici le triomphe de TAngleterre. Aussi la valeur des machines exportées a-t-elle été croissant, depuis 1822, où elle était de 116 220 livres, jusqu'à 1847 où elle est montée à 1 263 016 livres. Mais depuis lors elle diminue: 817656 livres pour 1848, 700631 pour 1849. L'état troublé de r£urop6 depuis 1848 est sans doute pour quelque chose dans cette diminution. Mais disons aussi que depuis l'exposition de 1844 où pour la première fois l'industrie française se montra préoccupée d'une manière sérieuse de se former un puissant outillage, la France trouve en grande partie chez elle les machines qu'elle achetait auparavant à l'Angleterre. Depuis 1843 l'exportation des machines anglaises n'est soumise à aucun droit.
Fer. — Les hauts fourneaux de l'Angleterre et du pays de Galles produisaient :
En 1740, n 350 tonnes de fer; En 1823, 442066 tonnes de fer. En 1796, 124 879 » En 1840, 1500000 »
Sn 1806, 350000 » En 1848. 2093736 »
A la première époque le nombre des hauts fourneaux était de 59, à la seconde de 626.
Étain. — C'est dans le Cornouailles que l'exploitation est le plus active. Le nombre de tonnes d'étain produit par les mines de ce comté ont été :
En 1750, 2876 tonnes. En 1825, 4170 tonnes. En 1800, 2Ô22 b En 1834, 4180 »
Les importations et les réexportations d'étain étranger étaient :
1820 imporl. 1 309 Cwts., export. 3 047 CwU.
La quantité d'étain anglais exporté était, en 1820, de 25 852 cwts. ; en 1849 de 35 292 cwts.
Cuivre. — 11 est aussi exploité surtout dans le Cornouailles. En 1771 les mines de ce pays en produisirent 2347 tonnes; en 1848 elles en donnèrent 12870. La valeur de la produc-
488 chàpitrs xxxix.
tion de ce métal dans le royaume excède t million de livres sterling, le double de la valeur produite au commencement de ce siècle. Après l'Inde, c'est la France qui consomme le plus de cuivre anglais.
Houille. — L'Angleterre en produit d'immenses quantités, et cette denrée de vil prix a été pour elle une source de plus solide richesse, que le^ mines d'or du Pérou ou que les dia* mants de Golconde. Les plus précieuses inventions d'agents mécaniques n'eussent en effet exercé qu'une faible influence sur la production, sans cette houille qui donne la vie aux machines en leur donnant la force. Qu'on veuille bien se rappeler que 36 litres de houille brûlés sous une chaudière à vapeur produisent une force qui en quelques minutes enlèvera 91 000 litres, d'une profondeur de 106 mètres. Or pour accomplir le même ouvrage il faudrait les bras de 20 hommes, travaillant, avec une pompe ordinaire, un jour entier. C'est-à-dire que l'on fait avec quelques sous de houille ce qui coûterait, en employant des hommes, plus de 60 francs. Aussi les produits manufacturés ont-ils baissé de prix dans une proportion énorme, et la baisse de prix ayant accru la demande, le nombre des ouvriers, qu'il semblait que l'emploi de la vapeur dût restreindre, a augmenté.
Dans l'ancienne méthode d'exploitation des houillères, on n'osait de peur du feu grisou, pousser trop loin les galeries, et pour soutenir les plafonds on laissait des piliers de houille, qui faisaient rester dans la mine 40 ou même 50 pour 100 du charbon qu'elle contenait. Avec la lampe de Davy on peut maintenant pénétrer partout ; et un système d'étais avec des 'madriers de bois,^ a permis de ne rien laisser dans la mine de ce qu'il y avait à prendre.
En 1819 il a été transporté par mer, dans les différents ports du royaume-uni, aux colonies, ou à l'étranger, 4365040 tonnes de houille. En trente ans cette industrie s'est augmentée de 160 pour 100, car les chiffres de 1849 donnent 11 380745 tonnes, dont 2 410 959 tonnes pour l'exportation étrangère. Mais toute la houille anglaise ne se rend pas par mer aux lieux de consommation. Les canaux intérieurs, les cb<^ ' ' fer en portent à l'intérieur des quantités considé-
rables. La seule industrie du fer doit en consommer 10 millions de tonnes par an. Le prix est encore aujourd'hui à peu près le même qu'en 1801, 10 shillings la tonne.
Sel. — Le Cheshire et le Staffordshire en produisent abondamment. En 1849 on en a exporté 18604907 bushels; c'est plus du double de ce qu'on exportait en 1827. La consommation intérieure dépasse 12 millions de bushels. Avant 1825 il y avait un impôt sur cette denrée; on l'a aboli en cette année, et le prix du sel a depuis lors diminué de moitié. Aussi la consommation s'est*elle accrue, en cinquante ans, de 470 pour 100.
Salaires.
De 1821 à 1836, à Londonderry le salaire des tailleurs et des charpentiers tomba de 20 sh. à 16; celui des maçons de 20 à 18; celui des cordonniers de 15 à 12 sh. ^ , celui des ouvriers agricoles de 10 à 7. Â Manchester le salaire des maçons, entre 1821 et 1832, descend de 24 sh. à 18. Celui des tisserands de Manchester, de 1814 à 1825, tombe de 15 4 à 6 ^; à Glasgow, de 1814 à 1831, il varie de 13 à 6; à Arbroath de 16 à 12; à Bolton de 24 à 5 ^; à Barrowford, de 26 sh. à 5 sh. 4 d. Dans le Middlesex les laboureurs perdent en 20 ans un tiers, ils n'ont plus que 12 sh. au lieu de 18.
Les compositeurs et les matelots sont les mieux payés ; les premiers, de 1810 à 1836, à Londres, ont gagné chaque semaine, ceux des journaux du matin, 48 sh., et ceux des journaux du soir, 43 sh. ^; la paye des marins employés au commerce transatlantique varie, de 1820 à 1830, entre 50 et 60 sh. ; pour ceux qui sont employés au commerce de la mer Baltique, la solde ne dépasse pas 60 sh. , mais elle ne va qu'une fois au-dessous de 55. On voit qu'en général il y a diminution sur les salaires. Mais le prix du blé ayant baissé dans une proportion plus forte, puisqu'il était en 1801 de 110 sh. 5 d., et qu'il n'était plus en 1836 ^ 48 sh. 4, il y a progrès et amélioration; car ce n' le taux élevé des salaires qui fait le bien-être des ou mais le rapport favorable du taux du salaire avec le t
blé. Qu'importe que l'ouvrier reçoive moins au bout de la semaine , si avec ce qu'il reçoit il peut se procurer en plus grande abondance les choses nécessaires à lui et aux siens! Il n'y a pas en effet que le prix du blé qui ait diminué, celui des vêtements, par exemple , a baissé dans une proportion encore plus forte. Ils sont meilleurs et bien moins chers qu'autrefois. En somme , par conséquent , la condition de l'ouvrier s'est améliorée , et l'institution des caisses d'épargnes , bien plus fortement constituée en Angleterre que chez nous, est une précieuse ressource pour les temps de chômage, plus rares au reste chez nos voisins qu'ailleurs, parce qu'ils ont plus de marchés différents ouverts devant eux.
£n terminant ici ce que nous avons à dire de Tindustrie anglaise , rappelons qu'à la grande fête de l'industrie universelle, qui pendant six mois a amené chaque jour au palais de cristal une foule immense partie de tous les points du globe^ l'Angleterre a tenu le premier rang que personne ne songeait à lui disputer, et que sur 172 médailles de première classe (council medals) décernées par le jury aux exposants de toutes les nations, elle en a obtenu à elle seule 79. Cependant elle a vu avec étonnement se placer à côté d'elle une rivale qu'elle croyait moins en état de soutenir le combat dans cette lutte pacifique du travail. La France a reçu 56 médailles de première classe; 23 de moins que l'Angleterre, il est vrai, mais 19 de plus que tous les autres pays réunis, et proportionnellement au nombre respectif des exposants, plus que l'Angleterre même. Eu égard en effet à ce nombre, la France a eu 60 récompenses sur 100 exposants, l'Angleterre 29, les autres pays 18. Pour les médailles de seconde classe, l'Angleterre en a eu 1244, les étrangers 1632; pour les mentions hono-
1. Le palais de cristal élevé dans Hyde-Park avait, dans sa plaâ grande loDgneor, 1851 pieds anglais pour rappeler le chiffre de l'année de rexposuion. I^a largeur êiait de 408, sans compter une addition considérable faite sur le côté septentrional; la hauteur au centre du transsept de 108 ; la surface de 772 784 pieds carrés, ou environ 19 acres. On a employé à sa construction 4000 tonnes de rer. 11 fut visité par 6 170 000 personnes La recette totale s'éleva à 505 i07 livres sterling.
rables ; à l'Angleterra 746 , aux étrangers 1326. Ceux-ci n'occupaient que les | des places réservées aux exposants et eurent en sgmme les f des récompenses. Il faut dire aussi qu'ils n'avaient naturellement envoyé que leurs plus beaux produits, tandis que les exposants anglais avaient fait un choix bien moins sévère. La supériorité de l'Angleterre fut nettement reconnue pour les machines, les métaux, le verre, certaines porcelaines; l'Angleterre eut plus de prix que n'en emportèrent tous les étrangers réunis*. Pour les tissus , les beaux-arts et beaucoup d'industries particulières, les étrangers eurent les f des récompenses sur f laissés aux Anglais, et ils en eurent quatre fois autant que ceuxci (988 sur 262) pour les matières premières et les denrées alimentaires. Ceci est grave parce que ces chiffres s'accordent avec ceux que nous avons déjà donnés et qui tous tendent à montrer que l'Angleterre cesse d'être un pays agricole, pour devenir une immense manufacture.
CommiiiilcatloiMi Intérieure* et cabotage.
Les Anglais disent Urne is money, le temps est de l'ar* gent. Nul peuple, en effet, n'économise le temps plus parcimonieusement , et nul ne tire de cette économie plus d'avantages matériels. Une chose qui excite au plus haut point l'admiration des étrangers en Angleterre, c'est la facilité des communications. Depuis le commencement de ce siècle, on a apporté à tout le système de viabilité du pays d'immenses perfectionnements ; et aujourd'hui il est sillonné , dans tous les sens , de grandes routes , de canaux et de chemins de fer. Cette facilité de communications est pour beaucoup dans la réduction du prix de toutes les denrées. Qu'on jette, en effet, les yeux sur une grande carte d'Angleterre, et on verra qu'au sud du comté de Durham il n'y a pas un seul lieu qui se trouve à plus de 24 kilomètres d'un canal ou d'un cours d'eau navigable ; que presque tous s'en trouvent à moins de 16; et que du cœur
1. Il faut dire aussi que le jury fit la part très-belle à UAngleterre en accordant S8 médailles de première classe ou plus de la moitié aux machines, c'est-à-dire h industrie essentiellement anglaise.
492 CUAP1TB£ XXXIX.
de chaque ville manufacturière part un canal qui rend trèsfaciles les communications avec toutes les parties du royaume et avec les ports. De sorte qu à la porte même des manufactures on débarque les matières premières, ou on embarque les objets fabriqués, sans frais, ni perte de temps, ni avaries, toutes choses qui, chez nous, amènent une élévation considérable dans les prix de revient et de vente. De là les droits dont nous sommes obligés de frapper les produits similaires des autres pays, pour protéger la fabrication nationale, plus chère que la fabrication anglaise. La taxe mise sur le fer étranger à l'importation fait perdre ainsi, chaque année, à notre agriculture seulement, plus de 25 millions, qu'elle paye de trop aux maîtres de forges indigènes.
Routes. — En 1818, les rues pavées et les routes formaient, dansTAngleterre et le pays de Galles, une étendue de 114829 milles; en 1829, les routes à barrières avaient une longueur de 20875 milles ; et, en Ecosse, de 3666 milles. Dans ce dernier pays, ainsi qu'en Irlande, les voies de communications ont reçu de grands perfectionnements. Beaucoup ont été construites d'après le système de Mac Adam, et aujourd'hui, sur les routes qui avoisinent Londres, les voitures font d'o^ dinaire 16 kilomètres à l'heure; c'est moitié seulement de la vitesse de nos chemins de fer, et cependant le nombre des accidents diminue.
Chemins de fer. — Mais ce sont surtout les chemins de fer qui ont produit la révolution économique que nous signalons. On avait déjà, dès le xvir siècle, pour l'exploitation des mines de Newcastle, des chemins de fer en bois. En 1767, on substitua le fer aux rails en bois. Jusqu'au commencement de ce siècle, ces voies ne servirent qu'à des exploitations particulières. Le premier acte par lequel le parlement soit intervenu dans la construction d'un chemin de fer est de 1801. Depuis cette époque, 1111 actes ont été passés, dont 615 pour la création de lignes nouvelles ^ La première sur laquelle on
I. Un fait curieux, c'est que, pour obtenir leur act of incorporation^ c'est-à-dire U reconnaissance officielle et la sanction de leur société, seize lignes seulement ont dépensé, à acheter des voix au parlement, la somme de 17 089 200 de francs. On voit que si les juges auparlement coûtent cher, ils rapportent aussi d'assez joii9 bénéfices. Nos mœurs parlementaires n'en étaient pas venue» là.
SITUATION ÉCONOMIQOE. 493
ait transporté des voyageurs, fut celle de Liverpool à Manchester, ouverte en septembre 1830. De 1826 à 1830, la moyenne des sommes que le parlement a autorisé diverses compagnies à réaliser pour la construction de chemins de fer, est de 816 846 livres pour chaque année; de 1846 à 1850, la moyenne annuelle s'élève à 47 567 355 livres. On avait construit et on exploitait, à la lin de 1849, dans les trois royaumes , 6996 milles de railways, dont 494 pour rirlande, et 846 pour TÉcosse, lesquels représentent un capital de 197 600 000 livres sterling. Au 29 juin 1860, la longueur des lignes ouvertes était :
En Angleterre , de 4901 milles.
En Ecosse, de 891 »
En Irlande, de 515 »
Total 6307 milles.
Ce chiffre s^est élevé, au 31 décembre, à 6621 milles; longueur totale des lignes autorisées , 11 980 milles. . On a transporté, dans Tannée 1849, plus de 60 millions de passagers, près du double du chiffre de 1845; tandis que par les autres moyens de transport il n'en a été transporté que 11 200000. L'année 1860 a donné 72 854422 voyageurs. La vitesse est telle, sur certaines lignes, que la distance d'Exeter à Londres, 312 kilomètres, est franchie en 4 heures ^, et celle de Londres à Liverpool, 338 kilomètres, en 6 heures. C'est 69 kilomètres ^ à l'heure sur la première ligne, 56 ^ sur la seconde, et déjà commerce et voyageurs trouvent qu'il y a trop de lenteur. Cette vitesse n'est pas acquise aux dépens de la sûreté des voyageurs. Si nous ne comptons pas les morts par imprudence, il y a eu :
En 1848, 1 voyageur tué sur 6440087, et i blessé sur 452818; En 1849, 1 » 12768308, et 1 » 760018;
En ISÔO, 1 » 6071203, et l » 426049.
Les chemins de-fer anglais sont tous entre les mains des compagnies. Us ont rapporté en 1849 (l'année financière finissant au 30 juin) 11 200001 livres; on estime que pour 1860 la recette aura été de 13 millions de livres sterling.
Canaux, — Le premier canal important fut construit en Il 28
494 GHAPITRB XXXIX.
vertu d'un acte de 1755 ; il commençait à la rivière de Her-
sey et allait à Gerrard's Bridge et Sainte-Hélène. Quatre aes plus tard (1759), le duc de Bridgewater obtint rautorisation d'établir un canal souterrain qu'il fit creuser à ses frais de Worseley à Manchester, et qui est encore regardé comme un des plus beaux et des plus hardis ouvrages de ce genre. Le duc y gagna une fortune immense en même temps qu'il enrichit tout le pays. Ce succès donna une puissante impulsion. Au commencement de ce siècle fut construit le canal Calédonien, long de 6 milles et demi, et qui a coûté 1 149613 livres. En Grande-Bretagne, les canaux forment une étendue de 2200 milles environ, et les rivières naviga- . blés ont une étendue de 1800 milles. De sorte que le développement de la navigation intérieure est de plus de 4000 milles. En Irlande, où Ton a négligé beaucoup les facilités naturelles qu'offrait le pays pour la construction des canaux , ceux-ci n'ont qu'une longueur de 300 milles; les rivières sont navigables sur 200 milles de leur parcours.
Bateaux à vapeur, — Après des essais tentés pendant plus d'un siècle par diverses personnes pour trouver un autre propulseur que le vent, Fulton construisit enfin et fit manœuvrer sur l'Hudson, en 1806, son bateau à vapeur ^ Le premier vapeur qu'on ait vu en Angleterre fut en 1811, ia Comète, qUi avait une force de trois chevaux et faisait sur la Ciyde le service desjpassagers. En 1813, on construisit pour le même service V Elisabeth de 8 chevaux de force et la Clyde de 14. Dès lors la révolution dans la navigation cooh mença et elle n'est pas encore finie.
En 1849, le commerce a employé dans le royaume-uni et les colonies: 1276 bateaux à vapeur jaugeant 173 580 tonnes; c'est en 1848 qu'on en a construit le plus : 128, jaugeant 16 476 tonneaux. Presque tout le commerce, avec les porta de l'Europe occidentale et septentrionale, se fait maintenant par bateaux à vapeur, et des départs à jour fixe ont lieu de l'Angleterre pour toutes les parties du monde. Deux fois par mois les lettres parties de la Grande-Bretagne arri-
1. Papin, dès la fin du xvii* siècle, avait également construit et fait manœuvrer sur une des rivières d'Allemagne uq bateau a vapeur.
SUDATION ÉCONOMIQUE. 495
vent dans llnde, une fois par mois en Chine. La malle de rinde passait il y a encore quelques années par le détroit de Gibraltar, elle passe maintenant par Marseille, ce qui lui fait gagner de 4 à 6 jours, la dislance jusqu'à Malte étant plus courte par Marseille de plus de 1000 milles que par Fal-^ mouth et le détroit; mais l'Angleterre cherche à lui ouvrir une autre route par Ostende, l'Allemagne et Trieste. La malle de rinde a transporté en 1834 de l'Inde en Angleterre, 158933 lettres, journaux, imprimés, etc., et de l'Angleterre dans l'Inde 105 739. Les chiffres de 1849 sont : pour l'aller 660 132, et pour le retour 1 134 896, au total 1 795 028, ou près de sept fois plus. Entre le Caire et Suez, l'Angleterre a établi un service de dromadaires, elle voudrait y construire un chemin de fer qui permettrait de faire en 4 heures la traversée du désert. Un canal de grande communication entre la mer Rouge et la Méditerranée servirait mieux, peut«étre, les intérêts de toutes les nations européennes.
En 1849 il y a eu pour le cabotage du royaume-uni : à l'entrée 18 343 voyages de bateaux à vapeur d'un tonnage de 4 283515 tonneaux; à la sortie 18 362 d'un tonnage de 4203202 tonneaux. Pour la grande navigation, il est entré dans la même année 3354 steam-boats anglais jaugeant 688608 tonneaux, et 811 vapeurs étrangers jaugeant 151 809 tonneaux; il est sorti 3111 vapeurs anglais jaugeant 633106 et 826 vapeurs étrangers jaugeant 157 370. Au total, le mouvement commercial par bateaux à vapeur pour 1849 a été pour le cabotage de 8 486 717 tonneaux, pour la grande navigation de 1 630 893. Dans ce chiifre ne sont pas compris les bateaux entrés ou sortis sur lest ou avec des passagers seulement.
Cabotage à la voile, — En 1824, le tonnage des bâtiments faisant le cabotage le long des côtes de la Grande-Bretagne, était de 8 552 177 tonneaux ; en 1849, de 10 489414. Ces vaisseaux transportent principalement du charbon de terre; en 1849, il est entré dans le port de Londres seulement 11 798 navires, qui ont amené Î380 786 tonnes de charbon de terre. Le cabotage enïre la Grande-Bretagne et l'Irlande a employé, en 1849, à l'arrivée, 8607 vaisseaux jaugeant
496 CHAPITRE XXXll.
1 478 059 1. ; à la sortie, 18 000 jaugeant 2 159 954 1. Ces! une augmentation de 250 pour 100 sur Tannée 1801.
S m. ÉCHANGES.
COMMERCE EXTÉRIEDR ; RIÎFORMES PROGRESSIVES. — DOUANES ET ENTRE- PÔTS. — POIDS ET MESURES. — BANQUES. — ARGENT MONNAYÉ. — COR- PORATIONS.
Commeree extérieur) réformes proflTCAstTes.
La Grande-Bretagne , par sa position , est naturellement appelée à une grande prospérité commerciale. Dans l'antiquité, où la vie sociale n'était guère développée qu'autour du bassin oriental de la Méditerranée, c'est Milet, Tyr, puis Alexandrie qui sont le grand marché dû monde. Au moyen âge, l'activité humaine se déplace et se porte à l'Occident; l'Italie, située au centre, se couvre de riches cités commerçantes. Mais les régions occidentales s'éveillent de plus en plus à la civilisation, et, par delà l'Atlantique, un nouveau continent est découvert , qui bientôt devient le siège d'une race infatigable ; l'Angleterre se trouve alors entre le nouveau mondeet l'ancien, et devient leur lien naturel. Cette remarque est de sir John Herscheli , qui , pour regarder sans cesse au ciel, n'en voyait pas moins bien ce qui se passe sur la terre.
Outre les immenses avantages de sa position géographique et ceux qu'elle tire de son sol, bloc de fer et de houille au milieu de l'Océan , l'Angleterre a, pour devenir la première puissance commerciale du globe, une impérieuse raison, les trop rapides développements de sa population qu'elle ne peut plus nourrir, et dont chaque année il lui faut jeter une partie à la mer, pour faire des uns des matelots, des autres des colons. De 1811 à 1831, le nombre des familles s'est accru, en Grande-Bretagne, de 869960 ou de 34 pour 100, et, sur ce chiffre, il n'y eut que 65 136 familles ou 2 ^ pour 100 qui se soient adonnées à l'agriculture , le reste est allé encombrer les manufactures et la flotte marchande. De 1831 à 1841, il n'y a plus même cette faible augmentation pour les familles agricoles. Le ifttobre d'ou^iers agricoles mâles âgés de vingt ans était, en 1831, de 1 243 067 sur une population
de 16539318 âmes; en 1841, on n'en compte plus que 1 207989 sur une population de 18 720394. Aussi TAngleterre, forcée de produire chaque jour davantage, a été amenée à multiplier par tous les moyens ses relations commerciales pour placer ses produits et payer ce qu'il lui faut acheter au dehors de denrées alimentaires. Le dernier moyen auquel elle s'est arrêtée a été le free trade^ la liberté commerciale ; mais d'abord elle avait usé du système contraire, de la prohibition.
Depuis l'acte de navigation publié en 165i; qui fonda la puissance maritime de l'Angleterre, le système protecteur, s'étendant à tous les produits similaires des manufactures étrangères, alla en augmentant de sévérité jusqu'aux guerres .contre Napoléon. A cette époque, la France et l'Angleterre, ne pouvant se prendre corps à corps, cherchèrent à se tuer à coups de tarifs. Nous avons parlé ailleurs (voy. p. 318) du décret de Berlin et de Milan et des ordres du conseil qui interdisaient tout commerce entre l'Angleterre et le continent : de pareilles mesures sont inefficaces. Napoléon atteignit un but auquel il ne songeait pas : il rendit l'Europe manufacturière, mais il ne parvint pas à tuer le commerce britannique. Tous les habitants des côtes devinrent contrebandiers et réparèrent ainsi l'injustice de la loi. Une seule maison de Hambourg employait cinq cents chevaux au transport des denrées anglaises débarquées en fraude qui étaient de là conduites en France avec un fret cinquante fois plus fort que celui qu'on prend aujourd'hui pour Calcutta. Napoléon lui-même fut obligé d'accorder des licences ou permis d'importer des denrées coloniales que ses courtisans vendaient ensuite aux marchands. Une seule fut ainsi échangée contre un million. Les prohibitions tombèrent avec la guerre^; mais le système protecteur subsista jusqu'en 1820, époque où une commission des marchands de la Cité leur porta les premiers coups. Déjà, en 1816, une atteinte avait été faite à l'acte de navigation par un traité qui établit que les navires
1. Durant cette guerre, pendant les douze années 1801-1812. le chiffre des prises faites par les Anglais et qui se trouvèrent en assez bon état de conservation pour continuer à naviguer sous pavillon britannique, monta à 36 867 navires jaugeant 4 958 598 tODDeaaz, c'est-à-dire d'un tonnage, en moyenne, à» 134 tonneaux.
britanniques et américains seraient reçus dans les ports des deux nations sur un pied parfait d'égalité. Depuis lors, surtout en 1822, nombre de taxes ont été supprimées ou diminuées; mais le gouvernement anglais, en entrant dans ceitie voie , voulut y entraîner à sa suite les gouvernemeots étrangers, et exigea, pour abaisser les droits sur certains articles, des concessions réciproques qui ne lui ont encore été qu'assez rarement accordées, avec Fextension qu'il désirait. Cependant, ^Ue est en Angleterre la puissance de l'opinion qui pousse àia liberté commerciale, que, sans plus attendre de dédommagements de notre part, on a réduit le droit sur les eaux-de-vie, en 1846, de 22 shillings 10 pence par gallon à 15 shillings. Il en est résulté que la consommation a monté de 1 203 435 gallons, chiffre de 1838, à 2 187 500 gallons, chiffre de 1849, et que le nouveau droit a rendu au trésor près de 300000 livres sterling de plus que l'ancien.
Aujourd'hui, le système prohibitif ne subsiste plus que pour les bois de construction. Nous avons précédemment montré comment les protectionistes ont perdu naguère la clef de voûte de tout le système, le droit sur les céréales, dont les torys réclament en ce moment même (ministère de lord Derby et de M. Disraeli) le rétablissement, sans beaucoup de chances de succès. Ainsi , après avoir grandi par la prohibition , l'Angleterre veut se maintenir et grandir encore par la liberté : c'est intelligent et habile.
De 1819 à 1835, le commerce extérieur fit peu ou point de progrès et se trouve même, en moyenne, inférieur au chiffre d'affaires de certaines années antérieures à 1815. La moyenne des exportations britanniques fut :
1801-1810, de 40 737 970 livres sterling.
1811-1820, de 41484 461 »
1821-1830, de 36 697 623 »
1831-1840, de 45944 267 »
1840-1849, de 55896021 »
. C'est en 1831 , à la fin d'une période de décadence commerciale, que commencèrent les réformes dans le sens du libre échange. Les chiffres des périodes suivantes montrent ce que l'Angleterre y a gagné.
vaMma de la iraieur déelai^e des ex]Nirta«toni0 dM produits
manufactarés du royanme-niil.