‹ Histoire d'Angleterre (volume 3)Chapitre 291 sur 643 · CHAPITRE HCÏTIÈMF · texte numérisé non relu

CHAPITRE HCÏTIÈMF

bourg populeux1. En cas d'insurrection, les Normands trouvaient un asile dans ses murs, et on y détenait les principaux indigènes du district comme otages et cautions de l'obéissance de leurs compatriotes 2. Le roi n'était plus forcé de rechercher la popularité. Le principal objet de son gouvernement fut d'abaisser les indigènes et de relever les étrangers, et, en peu d'années, toutes les dignités de l'église , toutes les places lucratives ou influentes dans l'État et presque toute la propriété foncière passèrent aux mains tics Normands. Depuis le commencement de l'invasion , les Anglais avaient coutume de déposer dans les monastères leurs effets les plus précieux, lis espéraient en vain que ces sanctuaires seraient respectés par des hommes qui professaient la mémo religion. Mais, à sôn retour du Nord, Guillaume confisqua tous ces dépôts , sous prétexte qu'ils appartenaient à ses ennemis. Les commissaires royaux emportèrent non-seulement l'argenterie et les bijoux, mais, ce qui fut senti encore plus vivement , les Chartres d'immunités et les titres de propriété; et, non-seulement cela , mais aussi , dans bien des cas , les trésors des monastères eux-mêmes , les vases sacrés et les ornements de leurs églises 3.

A la requête du roi, le pape Alexandre avait envoyé trois légats en Angleterre : Ermenfrid, évèque de Sion, et les cardinaux Pierre et Jean. Ermenfrid n'était pas étranger au pays. Il était venu en la même qualité1 à la cour d'Édouard-le-Confesseur *. Le but de leur mission était la réforme du clergé anglais ; l'objet du roi était d'écarter des postes influents les évèques et abbés indigènes. Des conciles furent tenus à Winchester et Windsor. On déposa Stigand, qui avait essayé d'annexer le siège de Winchester à celui de Canterbury,et qui était suspendu de ses fonctions depuis nombre d'années5.

1. Les anciens écrivains font mention de l'érection des châteaux suivants : en 1006, ceux de Pcvenley, de Hastings et de Londres, et la réparation de celui de Douvres; en 1067, celui de Winchester ; en 1068, ceux de Chichester, d'Arundel, d'Exetcr, de Warwick, de Nottingham , d'York, de Lincoln, de Huntingdon et de Cambridge; en 1070, un second à York, un à Chester et un autre à Stafford. Voyez Orderic Vital, edit. Masercs, p. 2?8, note.

2. Ce fait, suffisamment probable en lui-même, est confirmé par l'histoire de Turgot dans Siméon (206) et Hoveden (2611.

3. Chron. Lttmb. adann. 1070. Siméon, 200. West. 226. Mat. Paris, 5.

4. Flor. 631. Ang. Sac. n, 250. Il est singulier que Hume présente Ermenfrid en cette occasion comme le premier légat qui eût jamais paru en Angleterre , lorsque, indépendamment de quelques autres exemples au temps des Anglo-Saxons, ce prélat lui-même était venu plusieurs années auparavant en Angleterre, revêtu de la même qualité.

5. Malmsbury dit [De Ponl. 116) que Stigand fut traité ave* une grande sévérité; mais son assertion est réfutée par Rudeborne, qui nous informe que le primat déposé eut pour prison l'intérieur du château de Winchester, et qu'il lui fut permis d'emporter tousses trésors. A sa mort ils tombèrent aux mains du roi, qui en donna une petite portion à l'église de cette ville Ang. Sac. t, 050.

Doux ou trois autres prélats furent justement privés de leurs églises à cause de leur immoralité; et plusieurs autres éprouvèrent le même sort, qui n'avaient pas d'autre crime que celui d'être Anglais. Wulstan, le célèbre évèque de Worcester, ne fut point inquiété : faveur qu'il dut probablement moins à sa réputation sans tache qu'à la protection d'Ermenfrid, dont il avait été précédemment l'hôte et l'ami ». Les écrivains normands vantent ce légat comme l'inflexible soutien de la discipline ecclésiastique; les Anglais le censurent comme le ministre obséquieux du bon plaisir roval.

Ce système de proscription ne s'arrêta point aux évèques. Les années suivantes , il descendit graduellement aux positions inférieures de l'église, au point que ce fut à peine si un seul indigène conserva quelque influence ou quelque richesse. Beaucoup de leurs successeurs furent des étrangers indigents et rapaces qui devaient leur promotion, non pas à leur propre mérite, mais à la faveur ou à la reconnaissance de leurs patrons 2. Cependant , il faut remarquer, à la louange de Guillaume, qu'à une ou deux exceptions près, il n'admit personne aux hautes dignités ecclésiastiques qui ne fût distingué par ses talents et ses vertus 5. Après tout , ce changement de hiérarchie , quoique accompagné de nombreuses injustices, fut un bienfait pour la nation. Il servit à réveiller le clergé anglais de l'état de torpeur où il était enseveli depuis si long-temps, et à l'élever par degrés au niveau de ses frères étrangers , sous le rapport de la culture intellectuelle. Les nouveaux évèques introduisirent une discipline plus stricte , excitèrent la soif de la science, et dépensèrent les richesses qu'ils avaient acquises en œuvres de magnificence publique ou de publique charité.

Le plus illustre d'entre eux , tant par sa capacité que par sa position, fut Lanfranc, né à Pavie, et pendant bien des années professeur de droit dans cette ville. De Pavie, il se rendit en Normandie , ouvrit une école à Avranches , et répandit le goût du savoir dans le clergé. En 4042, des motifs de piété l'engagèrent à se dérober aux applaudissements du public et à s'enfermer dans la pauvre et solitaire abbaye de Bec. Mais des talents comme les siens ne pouvaient pas rester long-temps dans l'obscurité : les ordres de l'abbé Herluin l'obligèrent à reprendre les fonctions de l'enseignement, et plus de cent écoliers assistaient à ses leçons. En 1063, Guillaume le fit abbé du monastère de Saint-Étienne ,

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