CHAPITRE DIXIÈME
cées contre un usage imposé par des souverains qui refusaient de se dessaisir d'un privilège dont avaient joui leurs prédécesseurs, et que défendaient des prélats qui lui devaient leurs richesses et leur importance. La contestation des deux puissances dura un demisiècle, et ce ne fut pas sans de mutuelles concessions que des prétentions si contraires purent être ajustées à l'amiable.
Cependant on doit faire observer que le droit que réclamaient les souverains avait dégénéré , à cette époque , en abus des plus pernicieux. Le lecteur est déjà au fait de la manière dont l'exerçait Guillaume-le-Roux, qui, pour son propre intérêt, refusa en mainte occasion de nommer aux bénéfices vacants , et d'autres fois dégrada les dignités de l'Église en les prostituant au plus offrant. En France et en Allemagne les mêmes maux existaient, et même à un degré plus étendu. En Normandie, l'indigence de Robert avait suggéré un perfectionnement à ce qui se pratiquait d'habitude : on vendait aux parents la reversion des évèchés en faveur de leurs enfants, et on accordait, pour une somme proportionnée, plus d'un diocèse au même prélat ». Tous les gens de bien étaient impatients de supprimer ces abus, et le zèle des pontifes était slimulé par les membres les plus vertueux de l'ordre épiscopal. Parmi ceux-ci nous devons compter Anselme. Durant son exil il avait assisté aux conciles de Bari et de Rome, dans lesquels on avait condamné de nouveau la coutume de l'investiture et renouvelé la sentence d'excommunication contre les coupables [1100]. A sa première entrevue avec Henri , il lui exprima en termes respectueux son inflexible résolution d'observer la discipline approuvée dans ces synodes, et le roi se déclara également déterminé à maintenir ce qu'il croyait être la légitime prérogative de sa couronne. Toutefois, il se trouvail alors sur un terrain très-glissant. Sans l'aide du primat, il ne savait comment abattre les partisans et résister aux forces de son frère Robert : il était plus prudent de dissimuler que de pousser le clergé dans les bras de son compétiteur ; et la controverse fui suspendue d'un commun accord, jusqu'à ce qu'on se fut procuré une réponse du pape : réponse qui , comme tous deux l'avaient prévu , fut défavorable aux prétentions du monarque *. Ce serait épuiser la patience du lecteur que d'entrer dans les détails de cette dispute ; de citer tous les messages qu'on envoya à Rome, et les réponses qui revinrent en Angleterre; les artifices employés pour tromper Anselme , les expédients imaginés pour l'ébranler. Enfin , à la requête