CHAPITRE TREIZIÈME
On ne se soumettait pas sans murmurer à des exactions si fréquentes et si vexatoires ; et un factieux démagogue de la ville de Londres profita de l'occasion pour diriger le mécontentement public contre les hautes classes de la société. William Fitz-Osbert , également distingué par la longueur de sa barbe et par la véhémence de son éloquence , se proclama « l'avocat du peuple, » mais en même temps eut soin de flatter les désirs du prince. Il ne niait pas que la guerre ne fût juste et nécessaire , ou que la nation ne fût tenue de fournir des subsides au souverain ; mais il prétendait que les citoyens riches et puissants trouvaient moyen de dérober leurs épaules au fardeau, et de le rejeter sur celles qui étaient le moins en état de le porter. Il passa la mer pour exposer ses idées au roi , qui ne l'accueillit pas défavorablement; il revint en hâte à Londres, et, par ses harangues incendiaires de la croix de Saint-Paul, il mit toute fa cité en fermentation. Des associations se formèrent; cinquante-deux mille personnes s'obligèrent à obéir aux ordres de leur a avocat, » et les plus riches habitants tremblèrent pour leur fortune et pour leur vie. L'archevêque Hubert crut de son devoir de s'opposer à ce démagogue ; et dans une assemblée de citoyens, par sa douce et persuasive éloquence, il les décida à donner des otages , comme garantie qu'ils garderaient la paix du roi. Fitz-Osbert vit alors la tempête qui s'amassait. D'un coup de hache il * fendit la tête à l'officier envoyé pour l'arrêter, et, s'enfuyant dans l'église de St-Mary-le-Bow (Sainte-Marie-de-l'Arç) , il fortifia la tour contre ses adversaires. Mais le peuple, séparé de son chef, resta tranquille. Le quatrième jour, à dessein ou par accident, le feu fut mis à l'église , et Fitz-Osbert , comme il essayait de s'échapper dans la confusion , fut poignardé par le fils de l'officier qu'il avait tué [7 avril]. Il n'était pas mort sur le coup : on s'empressa de le juger, de le condamner, de le traîner à la queue d'un cheval « aux ormes » de Tyburn , et de le pendre chargé de chaînes avec neuf de ses sectateurs. Ses amis le proclamèrent martyr, et le bruit courut qu'il s'était fait des miracles sur son tombeau. Quelques exemples de sévérité dispersèrent les enthousiastes qui s'assemblaient autour; et en peu de semaines les doctrines et le nom de Fitz-Osbert furent oubliés *. Sa destinée, toutefois, laissa, dans l'opinion de bien des gens, une tache honteuse sur le caractère de Hubert; car, durant le conflit, les droits du sanctuaire avaient été violés , et cela par ordre de celui dont le devoir était de maintenir les immunités de l'Église. Que ce grief et plusieurs autres fussent réels ou supposés, ses ennemis appelèrent